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HISTOIRE DU MONTREAL
De l'automne 1654 jusqu'à l'automne 1655 que les vaisseaux partirent du Canadas.
Cet automne, entre plusieurs combats qui se rendirent ici il y en a un qui fait connoître que les Iroquois sont bien adroits à surprendre et qu'il faut bien être sur ses gardes pour n’en être point attrappé, ayant la guerre contre eux : voici le fait—un parti de ces barbares se cacha dans les déserts à l'ombre des souches qui y étoient, lorsque nos gens alloient au travail ; or comme il falloit toujours être sur ses gardes, nos françois mirent une sentinelle du côté d'où l'ennemi étoit à craindre, cette sentinelle étant postée monta sur une souche afin de mieux découvrir et comme la souche étoit un peu grosse cela lui donna moyen de se tourner tantôt d'un côté, tantôt de l’autre, afin de voir ce qui se passoit en la campagne et s’il n’y avoit pas d'ennemis ; or à mesure qu'elle tournoit la tête d’ur différent côté, un certain Iroquois s’'avançoit toujours de souche en souche, quand la sentinelle regardoit vers le lieu où il étoit, il ne branloit pas, si ellle regardoit ailleurs il s’approchoit incontinent autant qu'il le pouvoit sans se faire découvrir, enfin le renard vint si près du mal-perché que, tout d'un coup sautant sur lui, il le prit par les jambes sur ce bois où il étoit monté, soudain il le chargea sur ses épaules et s’enfuit avec ce fardeau tout de même qu'un voleur emporteroit un mouton ; il est vrai que ce prisonnier crioit plus haut et se débattoit d’une autre manière, enfin cet
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innoceri voyant après s'être bien débattu que ce sauvage étoit fort, il se laissa porter sans régimber d'avantage à la boucherie où il fut bientôt payé de son peu de précaution à découvrir ; rien ne fut plus étonné que nos gens ‘ lorsqu'ils entendirent leur brebis bêler et le loup l’emporter, on vouloit courir sur cet épervier et lui faire làcher prise, mais il fut bientôt secouru par un nommé La Barique qui commandoit le parti iroquois lequel fit faire tout d’un coup bride en main à nos gens et demeurer sur une défensive où ils eussent été battus sans que M. le Major vint au secours, lequel voyant que La Barique étoit le principal soutien de nos ennemis il commanda à un fort bon tireur qu'il avoit auprès de lui de percer au plustôt ce tonneau d’un coup de fusil, afin qu'en ayant tiré le jus les ennemis ne s’en pussent d’avantage prévaloir et fortifier. Cet homme commandé ne manqua pas son coup, il fit son approche sur ce personnage, lequel étoit monté sur une souche où il exortoit ses gens et leur disoit ce qu’ils devoient faire dans le combat, comme si c’eut été un européen. Notre françois étant parvenu à la portée raisonnable de son fusil, il en frappa si droit et si rudement La Barique qu’elle en tomba par terre et commenca à ruisseler de toutes parts, à cause que le fusil étoit chars é de gros plomb et qu'il le reçut quasi tout dans son corps ; les ennemis furent si découragés par la chûte de cet homme qu'ils croyoient mort, qu'ils s'enfuirent aussitôt et nous laissèrent les maîtres du champ : cela fait, on l’amena ici. Lorsqu'il fut revenu à soi sa cruauté se changea totalement par la douceur qu'on lui fit paroître en le guérissant autant qu'il se pouvoit ; il est vrai qu'ilen est demeuré extrêmement estropié et inhabile à tout, mais il a bien vu qu'il n’a pas tenu aux françois s’il n’a pas été entièrement remis ; c'est aussi pourquoi il a été réellement gagné par cette hu-
manité que depuis il a pris toujours nos intérêts fort à cœur, ce qui n’a pas empêché que ses amis qui le croyoïient mort ne nous fissent cruellement la guerre pour s’en venger ; entre autre son frère qui étoit tellement acharné sur nous, à cause de lui, que tous les jours nous l’avions sur les bras, même une fois il fit quatre attaques différentes dans une journée afin de se venger ; mais à la dernière ayant oui La Barique qui l’appeloit et qu'on avoit porté exprès sur le lieu du combat, il lui cria, ‘“ Est-ce toi, mon frère ? es-tu encore en vie ?”—“ Oui, lui dit-il, et tu veux tuer mes meilleurs amis.” À ces mots il vint à lui doux comme un agneau et promit de ne nous jamais faire la guerre : il dit qu'il alloit promptement chercher tous les prisonniers françois qu’il y avoit dans leur pays, qu'il alloit travailler à la paix pour revenirdansun certain temps qu’il marqua afin de la conclure : Tout ce qu’il promit il le garda, hormis que n’ayant pas pu résoudre les esprits de ses camarades aussi vite qu'il l’avoit promis, il fut obligé de retarder plus qu'il n’avoit dit, mais dans ce retardement il arriva une affaire qui rendit souples tous ces gens-là à tout ce qu'il vouloit d'eux, voici comme la chose se passa. Les Iroquois ayant ce printemps détruit L’Isle-aux-Oics et mis à mort tout ce qui s’y rencontra, hormis les petits enfants de Messrs. Moyen et Macar, une partie d’entr'eux amena dans leur pays ces petits prisonniers et le reste nous vint faire la guerre en cette isle, où ils firent plusieurs attaques et entrèrent en plusieurs pourparlers avec le Sieur de La Barique que l’on portoit toujours sur les lieux afin de leur parler, cet homme ne put jamais réduire à la raison ces animaux féroces, toujours ils tendirent à faire quelque méchant coup ; ilest vrai que Dieu nous assista bien puisque pendant qu'ils furent ici à nous faire des ambuscades, jamais ils nous tuèrent
qu'un homme nommé Daubigeon (1). Peu après ce meurtre ils en furent bien châtiés, car ils tombèrent à notre discrétion, ce qui se fit ainsi: Ce meurtre étant commis, ils passèrent de l’autre côté du fleuve et envoyèrent ensuite quelques uns d’entr'eux feignant vouloir parlementer et être de ces nations qui n’avoient jamais eu de démêlés avec nous, feinte dont ils ont usé en plusieurs de leurs trahisons passées et qui leur étoit ordinaire, mais au même temps M. Lemoine revenant de Quebec dit à M. de Maison-neufve. ‘“ Voilà des gens qui ont fait un tel coup à l’Isle-aux-Oies qui ont tué Daubigeon et qui veulent encore nous trahir, il faut les prendre, car ce sont des fourbes et des menteurs” afin de les attaquer, M. de Maison-neufve leur fit crier que le lendemain ils vinssent parlementer, cela dit, il se retirent de l’autre côté de l’eau, sans s'approcher plus près ; le lendemain venu, voici deux Iroquois qui paroissent dans un canot avec un petit anglois au milieu, —ils viennent un peu hors la portée du mousquet du chàteau, alors Mons. le Gouverneur voulut envoyer à eux plusieurs personnes, mais M. Lemoine l’en empêcha lui disant qu'ils s’enfuyeroient et que s’il vouloit il yroit tout seul à eux dans un petit canot de bois, avec deux pistôlets cachés au fond de son canot, que dans cet état iliroit aborder sur la même bature où ils étoient, qu’étant seul de la sorte ils le laisseroient venir sans se deffier qu’'étant sur eux il se léveroit tout d’un coup avec ses pistolets et qu'ayant pris le dessus il leur feroit prendre malgré eux le courant qui vient vers le château, que depuis qu’ils seroient dans le courant l’on en seroit les maîtres :
(1) C’est le même, sans doute, que les Régistres de la paroisse nommaient Julien D'Alignon et qu'ils disent ‘“ mort de blessures, le 31 mai 1655.” M. de Belmont le nomme aussi Vaubigeon (J. V.)
Quoique la proposition fut hardie elle fut néanmoins acceptée, mais pour en favoriser l'exécution M. le Gouverneur fit glisser des mousquetaires le long de l'eau jusques vis-à-vis des Iroquois, lesquels étoient assez proche de terre, ces mousquetaires ne se montrèrent que quand il fut temps, ce qui aida à bien réussir ainsi qu'on l’avoit projetté :—Ces Iroquois étant logés,comme ils étoient considérables, un de leur capitaines nommé La Plume parut aussitôt avec menace qu'il se vengeroit si on ne lui rendoit ses gens, on lui dit que ses gens étoient bien et qu'il les pouvoit venir voir, mais à ces paroles en menaçant il répondit qu’il y viendroit d’une autre manière, sur quoi il se retira sur l’autre côté du fleuve ou nos françois se résolurent de l’attaquer la nuit suivante, avec la permission de M. de Maison-neufve, mais un capitaine iroquois qui ne participoit en rien à leur trahison et qui étoit ici, voyant les préparatifs s’en faire pria qu'on n’en fit rien, ce qu’on lui accorda parce qu'on l’aimoit. Le lendemain cet homme alla voir Laplume et les autres afin de tout pacifier et avoir tous les esclaves françois comme nous souhaitions, ce qui lui fut refusé absolument, et peu après que les nouvelles
en eurent été rapportées au Château voilà que tous les.
Iroquois en plein midi traversent à notre barbe de notre côté afin de nous venir escarmoucher, mais M. de Maison-neufve ne leur en donna pas le temps, car il commanda au Major de lesaller charger sur le bord du rivage où il les voyoit aborder, ce qui se fit si heureusement que M. Lemoine, lui 4ème prit le commandant,lui 5ème sans qu’il osât tirer aucun coup, parce qu'ils leur mirent le fusil dans le ventre auparavant qu'ils les eussent apperçus : quant au reste des Iroquois il fut mis en fuite et en déroute par M.le Major. Ces barbares voyant qu’on leur avoit oté la meilleure plume
de leur aile commencèrent à ramper et demander la paix avec toutes sortes de soumissions, ce qui fut moyenné par l'ambassadeur que nous avions ici : lequel dit que le célèbre La grand'armée, grand capitaine Aniez venoit en guerre, qu’il s’en alloit au devant de lui et qu'aussitôt qu'il lui auroit appris les capitaines que nous avions pris il lui feroit faire ce que nous souhaiterions. Ils’en alla et rencontra La grand'armée avec un parti d’Aniez les plus lestes et mieux faits qu’on eut encore vus : quand il l’eut trouvé il lui dit,—“Vous allez en guerre et vous ne savez pas que tels et tels nos capitaines sont captifs au Montreal et que faisant quelque coup vous allez les faire tuer par les François.” Ces paroles firent tout d’un coup échouer ses grands desseins et penser uniquement à la paix, que cet ambassadeur dit qu'il l'obtiendroit s’il la demandoit aux françois qui étoient bons ; cet avis luifit faire un beau et grand pavillon blanc qu'il fit mettre au derrière de son canot ; en cet équipage il passa en plein jour devant le Montreal, mit pied à terre un peu au dessus ; vint parlementer et demanda qu’on lui fit venir les prisonniers, ensuite les ayant vus il proposa la paix pour les ravoir, on lui dit qu’on l’acceptoit pourvu que l’on ramenât tous les prisonniers françois, ce que faisant on leur rendroit les leurs. Il donna parole de le faire dans un certain temps à quoi il fut fort ponctuel, il ramena les 4 enfants de Messieurs Moyen et Macar, Messieurs de St. Michel et Trottier avec le nommé Laperle qu'on avoit perdu aux Trois-Rivières, sans espérance de le revoir, et autres, enfin on leur fit rendre tous les captifs de ce pays : au reste comme ces deux familles de Moyen et Macar étoient considérables le pays reçut en ceci un grand bienfait du Montreal, ces enfants là étant des plus considérables du Canadas, ce qui se voit par les alliances, car Madelle. Moyen a épousé
un capitaine de condition et de mérite appelé M. Dugué lequel a été épris d'elle par les charmes de sa vertu, Melle, Macar l’ainée a épousé M. Bazire l'un des plus riches du Canada, la cadette sa sœur, qui est morte, avoit épousé un brave gentilhomme nommé M. de Villiers: En même temps que les Iroquois nous eurent rendu nos prisonniers nous leur remîmes les leurs (1) et nous conclûmes une paix laquelle a duré un an tout entier : que si le Montreal a servi en ces paix, pourparlers et trèves qu'il faisoit, c'é-
toit toujours à ses dépens non seulement à cause de la’
vie qu’on y exposoit afin d’y obliger les ennemis, mais encore à cause des dépenses qu’il falloit faire pour cela tant en voyages de Quebec que présents et autres choses, car dans les premiers temps on étoit là-bas (2) habiles à recevoir et non pas à donner : s’il falloit un présent c’étoit aux Messieurs du Montreal à le faire, si on en recevoit quelqu'un il ne falloit pas le retenir mais le faire descendre, ainsi on a toujours ici eu la gloire de servir au pays en toute manière avec un détachement entier et parfait.
‘(1) Au nombre lesquels étoient selon M. Belmont, six capitaines froquois. J. V, (2) À Québec. ( ) idem.
HISTOIRE DU MONTREAL
De l'automne 1655 jusqu'à l'automne 1656 an départ des navires du Ganadas,
Il s'est passé si peu de chose durant cet an entre les [roquois et nous qu'il y a peu de chose à donner au public à ce sujet, ce qu'on peut dire, c'est que pendant cette année on avança merveilleusement les habitations, car encore que l'on craignit la trahison de ces barbares néanmoins on savoit bien qu'on n'en seroit pas attaqué si peu que l'on fût sur ses gardes et qu’ils ne commenceroient jamais à rompre la paix, s'ils ne voyoient à faire quelque coup sans se mettre au hasard, c’est pourquoi on alloit hardiment quand on étoit un peu en état où l’on n’eut pas osé paroitre qu'avec un grand nombre, c’est ce qui donnoit lieu pendant ces paix forces à faire des découvertes qui servoient pendant le temps des guerres; ce qui est remarquable en ce chapitre c’est que les Iroquois ayant toujours la guerre avec les Hofaouads (1) et Hurons quoiqu'ils fussent en paix avec nous, ils firentun furieux massacre de ces pauvres gens au mois d'août de cette année, ou entre autres le PèreGareau (2) fut tué ici près d'un coup de fusil, après quoi aussitôt que ce meurtre fut fait audessus, ce bon père fut rapporté au Montreal et y mourut peu après. Comme je n'écris l’histoire du Montreal qu'à cause que l’on n’en a
(1) Outaouais (J. V.)
(2 Le P. Léonard Garreau, Jésuite, blessé à mort le 30 Août 1656, décédé le ? Septembre fut enterré à Montréal le 3, (Rg. de la P.) Voir appendice, No. V. (J. V.)
pas quasi parlé, on me dispensera de rapporter au long ee qui regarde ce saint homme, d'autant que les RR. Pères Jésuites n'auront pas manqué de s'acquitter de leur devoir à l'égard d'un si digne confrère au sujet duquel je dirai seulement qu'heureux le serviteur de Jésus-Christ qui meurt comme lui exposé actuellement pour le service de son maitre. Sur la fin de cette année on eut au Montreal l’affliction du départ de Mr. De Maison-neufve pour la France, il est vrai que comme il n’y alloit que pour le bien du pays, que comme cette isle recevoit toujours de grands biens dans tous ses voyages, l'espérance du bonheur que l’on croyoit devoir accompagner son retour n’étoit pas une médiocre consolation pour radoucir les amertumes de son départ : Toujours il avoit de grands desseins et jamais cette planète ne s’éclipsoit à son Montreal qu'elle n’y eut paru par après avec l'éclat de quelque nouvelle conquête, que si cela s'est vérifié dans tous ses autres voyages cela se vérifie d'autant plus avantageusement en celui-ci, que l'âme surpasse le corps et le spirituel le temporel en dignité : Jusqu'ici son principal but étoit de grossir cette Colonie par le nombre des hommes, dontilmoyennoit la venue, maintenant il v veut établir un clergé pour la sanctification des peuples ; C’est pour cela qu’il passe la mer et expose sa vie en ce nouveau trajet, encore qu’il feignit un autre sujet pour son voyage: Il jugea ne de* voir pas retarder ce dessein pour deux raisons, la première parceque les Révds. Pères Jésuites se trouvoient pressés de toutes parts pour les missions étrangères et éloignées des sauvages qui sont écartés dans les boïs, ce qui lui faisoit craindre assez souvent de n'avoir pas toujours l'assistance spirituelle qu'il auroit souhaitée et qu'ils auroient bien desiré lui donner sans ces conjonctures : secondement le souvenir des desseins de M. Ollier,
et de tous les Messieurs associés qui avoient toujours eu la vue sur Messieurs du Séminaire de St. Sulpice ainsi qu'ils lui avoient déclaré, lui fit croire qu'il ne pouvoit procurer trop tôt à cette isle la venue des Ecclésisstiques de cette Maison, à cause des biens spirituels et temporels qu'ils y pouvoient faire. Ayant bien pesé toutes ces choses il les proposa à Melle. Mance, laquelle étant de son même sentiment il se détermina d'aller trouver, cette année, feu M. Ollier, l’illustre fondateur du Séminaire de St. Sulpice, afin de lui demander des Messieurs de son Séminaire pour avoir le soin de cette isle, comme aussi de faire intervenir Messieurs les Associés de la Compagnie afin de réussir dans sa demande : Que la Providence divine est admirable, elle avoit choisi ce lieu pour être le sépulcre et pour y inhumer à ce monde plusieurs des enfants de ce digne tondateur et les faire mourir aux douceurs de l’Europe: Pour cela, dès l’an 1640 nous avons vu qu'il s’adressa à feu M. Ollier et feu M. de la Doversière et le fit acheter ici un droit de sépulture par ses cent louis d'or dont nous avons parlé, qui furent les premiers de l'argent donné pour le Montreal: la providence a fait faire à feu M. Ollier en cette rencontre comme autrefois elle fit faire à Abraham, lorsqu'elle le fit acheter 40 cicles ce tombeau qu'il acheta des..….........(1) pour toute sa lignée: Ce bonheur de mourir aux vains appas de la terre est très-œrand, il ne faut pas s'étonner si Dieu n’a pas voulu donner gratis le lieu où cette mort se devoit opérer et s'il en a voulu être payé par des mains qui lui étoient aussi aimables que celles de ce bon fondateur et que même depuis il en avoit voulu tirer jusqu’à ce jour tant d’autres sommes d'argent, tant par lui que par ses enfants, sans parler des dépenses prodigieu-
(1) Hlisible, Des fils de Heth, (?)
ses que Messieurs les Associés ont fait autrefois ; mais laissons tout ce que nous pourrions dire à ce sujet, et disons que M.de Maison-neufve faisant ce trajet pour cette sainte entreprise, laissa le commandement au brave M. Closse, qui s’acquitta de cet emploi, pendant toute l’année, au contentement d’un chacun, faisant voir à tous qu'il savoit et qu'il méritoit de commander.
HISTOIRE DU MONTREAL
DÉS de RENE pong
De l'automne 1656 jusqu'à l'automne 1637, au départ des vaisseaux du Canadas,.
Le 27 du mois de Janvier il arriva ici un grand malheur à Melle. Mance, laquelle se rompit et se disloqua le bras tout en même temps d’une étrange façon, sans que les chirurgiens pussent trouver le moyen de le rétablir, mais ce qui n'étoit pas possible aux hommes, s’est trouvé depuis facile à la main du tout-puissant, laquelle avoit permis ce malheur afin de mettre la mémoire de feu M. Ollier en vénération par l'effet miraculeux de cette guérison jugée de tous incurable soit en Canadas, soit en France, ce que nous verrons dans son lieu : En attendant, accompagnons un peu M. de Maison-neufve en son voyage et le voyons convier Messrs. les Associés à demander à feu M. Ollier qu’il envoyät des Ecclésiastiques à Montreal, proposition qui fut si bien reçue que tous jugèrent qu'il l'en falloit presser fortement, mais on n’y eut pas grand peine car M. de Maison-neufve allant trouver M. Ollier après s'être entretenu avec lui de toutes ces choses il le pria de se ressouvenir d’une lettre que Melle Mance lui avoit écrite l'an dernier, laquelle l’avertissoit qu'il étoit temps d'exécuter tous les beaux projets qu’il avoit toujours fait pour le Montreal, qu’il ne devoit pas retarder davantage à lui envoyer des ecclésiastiques de son Séminaire ; Ce zélé serviteur de J.-C. qui ne pouvoit refuser telles propositions les accepta d’abord, il eut bien voulu y venir se sacrifier lui-même tout accablé qu'il étoit et près de son tombeau par ses mortifications et aus-
térités extraordinaires, mais n’y ayant de possibilité à la chose, il jetta les yeux sur M. L'abbé de Quélus (1), sur Messieurs Souart et Gallinier et M. Dallet (2) qui tous quatre acceptèrent le parti avec autant d'obéissance et de zèle qu'on en sauroit souhaiter : Le temps étant venu de partir chacun plia la toilette avec autant de diligence et promptitude qu'Isaac lia son fagot, s’en allant vers ce lieu qu'on regardoit pour celui de son sacrifice : Quant à M. de Quelus auquel l'assemblée générale du Clergé avoit voulu auparavant procurer une mitre pour venir ici annoncer l’évangile, il n'y vint pas avec moins de joie sous une moindre qualité, voyant que la plus grande gloire de Dieu ne s’étoit pas trouvée conforme à celle qu'on avoit eu de l’honorer du bâton pastoral : La conduite de Dieu est admirable en toutes choses, M. de Maison- neufve et Melle. Mance se disoient d'année en année, il faut demander des ecclésiastiques à M. Ollier avant qu’il meure, même il ne faut pas beaucoup tarder car tous les ans on nous mande qu’il se porte mal, ils se disoient assez cela tous deux ensemble mais pour cela ilsn’en poursuivoient point l'exécution, il n’y eut que cette année qu’ils entreprirent cela chaudement,— Voyons un peu combien il étoit temps de le faire, incontinent que ces quatre MM. furent partis M. Ollier mourut (3), ils partirent en carème et lui il mourut à Pâques, s’il fut mort plutôt peut-être que l'ouvrage seroit encore aujourd’hui à entreprendre, même si ces quatre messieurs eussent différé le carême à partir, n'ayant point été engagés dans ce voyage qu’ils ne pouvoient pas honnêtement abandonner après sy être mis, apparemment ils ne seroient pas partis voyant cette mort arriver, mais la providence qui veilloit sur son (1) I signait Queylus. (JT. V.,
(2) I signait D'Allel. (3. V.) (3) Décédé à Paris, le ? avril 1657, d'après l'Abbé Faillon (J. V.\
serviteur exécuta tous ses desseins avant que d’en sortir, voulüt qu’il commencçât l'exécution de celui-ci et le mit en état d’être poursuivi avant que de l’attirer à soi ; jusques alors il avoit été servi de lui par tous les coins de la France, mais pour dilater son cœur davantage et donner des espaces à l'excès de son amour, il voulut le porter par ses enfants, avant sa mort, jusques dans les pays étrangers, il ne voulut lui faire cette grâce qu’à la mort, parce qu'il vouloit que l’arrivée de ces quatre ecclésiastiques du Séminaire de St. Sulpice fut un témoignage authentique au Montreal de l’intime amour que lui portoit son serviteur, par le legs pieux qu’il lui faisoit de ses enfants pour le servir après lui, Dieu seul sait combien ces quatre Missionnaires évangéliques furent affligés lorsqu’étant encore à Nantes, avant que de faire voileils apprirent la fâcheuse nouvelle de ce décès, mais enfin, comme ils étoient dans le dessein de mourir à tout pour Dieu ils ployèrent le col comme des victimes qui n’alloient pas pour éviter le sacrifice, pour cela ils ne tournèrent pas la tête en arrière, ils suivoient toujours M. de Maison-neufve comme celui qui les devoit mener dans cette terre destinée pour être le champ de leurs combats aussi bien que le théâtre de leurs triomphes. Quand ce fut le temps de partir ils montèrent tous gaiement dans le vaisseau et se disposèrent à affronter généreusement pour Dieu les plus élevés flots de la mer, il est vrai que au commencement elle sembla être la maîtrese et fit mal au cœur à plusieurs, mais la partie supérieure qui dans les âmes généreuses et chrétiennes ne cède pas volontiers aux souffrances corporelles devint la maitresse par la vertu de la patience qui les fit triompher de toutes les peines et hasards de la mer : Ilest vrai que Dieu les assista bien en ce voyage et que par une protection de sa main il les délivra äe plusieurs grands et éminents
périls dans lesquels ils devoient faire naufrage, mais enfin le Ciel qui les destinoit à autre chose les délivra de tous ces accidents et les ayant mis dans le fleuve St, Laurent ils naviguèrent heureusement vers Québec, ce qui ne se fit pas sans œoûter auparavant des rafraichissements de ce pays; parce que le Père Dequan (1) Supérieur des Revds. pères Jésuites et feu M. Daillebout ayant sçu leur venue ils s’en allèrent au-devant d'eux jusqu’à l'Isle d'Orléans ou ils les régalèrent avec des témoignages d'une si grande bienveillance que cela les obligea de venir passer quelques jours à Québec (2) avant que de monter au Montreal, contre la résolution qu'ils en avoient faite, quoi plus on complimenta M. L'abbé de Quélus sur les lettres de Grand-Vicaire qu'on savoit qu'il avoit ou qu'on présumoit avoir de M.L’Archévèque de Rouen. Ayant reçu leurs compliments et civilités sur ce sujet, il fut convié, surtout par un des RR. PP. Jésuites, de s'en vouloir servir pour Quebec, ce qu'il ne vouloit pas faire d’abord, mais enfin il acquiesça aux instances, il n’y avoit rien de plus doux dans un pays barbare comme celui-cique d'y voir ces belles-choses, mais un temps si serein ne fut pas longtemps sans se brouiller, les tonnerres commencèrent à gronder et nos quatre nouveaux missionnaires ne s'enfuirent pas pour en être menacés. Ils se rewardèrent comme des novices sous le père maître et se résolurent de souffrir tout au long la rigoureuse de leur noviciat. Laïssons-les tous quatre sur la croix avec le R. P. Poner (3), très-digne religieux de la Compagnie de Jésus, ne disons rien de leurs peines afin
(l) Le R, P.Jean Dequen. (J, V.)
?) Ils débarquèrent à Québec le 29 Juillet 1657, suivant le journal MS. des Jésuites, et non pas le trente mai, comme dit la Liste des prélres, imprimée à Québec en 183%, chez T, Carv. (J. V.)
(3) Lisez toujours Poncet: il signait ainsi, (J, V.)
que le ciel découvrant un jour toute chose à la fois, . fasse voir en même temps la sincérité d’un chacun dans son procédé, et la raison pourquoi il a permis tout ce qui s’est passé : J'espère que nous verrons que comme tous ont eu bonne intention, que tous aussi en auront des récompenses, tant ceux qui auront jetté les balles que ceux qui les auront reçues : Quant à ce qui est du reste des choses qui regardent le Montreal nous n’avonsrien à vous en dire pour cette année, si ce n’est la joie singulière qu'on y reçut d'y voir tous ces quatre Messieurs, mais cette satisfaction ne dura pas longtemps et fut bientôt mélangée de tristesse par la venue du R. P. Ponset qui fit descendre M. l'Abbé de Quélus à Québec afin d’y exercer pendant ce temps les fonctions curiales.
HISTOIRE DU MONTREAL
De l'automne 1657 jusqu'à l'automne 1658 au départ des vaisseaux du Canadas.
Nous avons une histoire bien funeste pour commencer cette année, si toutefois nous pouvons trouver quelque chose qui puisse être nommé de la sorte entre les gens de bien, la chose arriva ainsi : Le 25 Octobre 1657, un excellent menuisier appelé Nicolas Grodet que la compagnie du Montreal avoit fait venir avec toute sa famille par Normandie dès l’année 1641,son gendre Jean Sainct-Père, homme d’une piété aussi solide, d’un esprit aussi vif et tout ensemble, dit-on, d’un jugement aussi excellent qu’on ait vu ici, furent cruellement assassinés à coups de fusils avec leur valet (1) en couvrant leur maison, par des traitres hiroquois qui vinrent en paix parmi nous, comme n'ayant plus de guerre les uns avec les autres depuis cette paix dernière et solennelle dans laquelle il nous avoient rendu nos gens et nous leur avions remis ceux des leurs qui étoient dans nos prisons. Certes cette perlide rupture nous fut bien fâcheuse, car il est bien difficile de recouvrer des gens tels que nous les perdimes, il est bien sensible de voir périr les meilleurs habitants qu’on ait par des lâches infâmes qui après avoir mangé leur pain les surprennent désarmés, les font tomber comme des moineaux de dessus le couvert d’une maison : au reste le ciel trouva cette action si noire, que ces barbares s'enfuyant trop vite pour recevoir ici la punition de leur
(L) 1657, Oct. 25, Nicolas Godé, Jean St.Père et Jacques Noël, assassinés par les froquois. (Heg. de la Paoisse.) (J. V.)
ai
crime, il les punit par des reproches qu'il tira de la langue d'un de ceux qu'ils avoient tués, ce que j’avance est un dire commun qui prend son origine de ces mêmes assassinateurs, lesquels ont assuré que la tête de feu St. Père qu'ils avoient coupée leur fit quantités de reproches en l'emportant,et qu'elle leur disoit en fort bon [roquois,quoique ce défunt ne l'entendit point en son vivant :“Tu nous tues, tu nous fais mille cruautés, tu veux anéantirles fran-
‘çois, tu n’en viendras pas à bout, ils seront un jour vos
maîtres et vous leur obéirez, vous avez beau faire les méchants.” Les [roquois disent que cette voix se faisoit entendre de temps en temps le jour et la nuit à eux,que cela leur faisoit peur et les importunant, tantôt ils la mettoient dans un endro: , tantôt dans un autre ; que même parfois ils mettoient quelque chose dessus afin de l'empêcher de se faire ouir, mais qu'ils ne gagnoient rien, qu'enfin ils l'écorchèrent et en jettèrent le crâne de dépit, que toute fois ils ne cessoient pas d'entendre la voix du côté où ils mettoient la chevelure, que si cela est comme il y «a peu d'apparence que ceci soit une fiction sauvage, il faut dire que Dieu sous les ombres de ce mort vouloit leur faire connoître en leur faisant ces reproches ce qui a arrivé depuis, que si on en veut douter je donne la chose pour le même prix que je l'ai reçue de personnes dignes de foi, entre lesquels je puis dire que la dernière qui m'en a parlé et qui dit l'avoir oui de la propre bouche de ces Iroquois est un homme d'une probité très-avérée et qui entend aussi bien la langue sauvage que je puis faire du françois, cela étant j'ai cru devoir vous rapporter la chose dans l’ingénuité qu'on y peut remarquer, et je croirois manquer si je lalaissois dans l'obscurité du silence. Depuis ce désastre arrivé on commença mais un peu trop tard à se tenir sur ses gardes et à ne plus souffrir les Iroquois plus proche que la portée du fusil, ce qui fit qu'ils ga-
gnèrent fort peu sur nous, le reste de cette année, et que tout ce qu'ils firent tourna à leur désavantage. Le petit printemps nous fournit une histoire qui mérite d’avoir ici son lieu et place, ce fut l’arrivée de 50 François lesquels abordèrent ici le 3 Avril sous le commandement de M. Dupuy à la conduite des RR. PP. Jésuites qui avoient été obligés de quitter la mission des Onontahé, crainte d'y être cruellement brûlés par ces barbares, plusieurs de leurs gens moins disposés qu'eux à ce genre de mort et à tous autres qu'il plairoit à la providence envoyer en eurent une telle frayeur qu'ils n’en furent guéris qu'à la vue du Montreal,lequel a fait plusieurs fois de semblables miracles ; au reste tout ce monde arrivé on tâcha de leur faire les meilleures réceptions qu'il fut possible et pour tacher d’y mieux réussir on les sépara et on en mit une partie au Château et l’autre partie en cette communauté à laquelle on accorda la grâce d'y précéder (1)les RR, PP. Jésuites. Depuis cette flotte arrivée ici il ne se passa rien qui mérite d'être écrit jusqu'aux nouvelles de France, lesquelles nous apprirent que le tonnerre qui avoit menacé l’an dernier nos quatre missionnaires, comme nous avons vu, avoit fait grand bruit en plusieurs endroits du Royaume, ce qui fit que M. l'Abbé de Quélus quitta Québec pour venir consoler le Montreal de sa présence, il y vint demeurer au grand contentement de tout le monde mais surtout de Messrs. Souart et Gallinier qui ne craignirent pas de s’avancer bien loin dans les bois sans crainte des ennemis, afin d'aller au devant de sa barque, pour lui témoigner la joie qu’ils avoient de son retour. Or M. l'Abbé de Quélus étant au Montreal, aussitôt Melle. Mance qui étoit depuis 18 mois estropiée d’un bras par l'accident que nous avons marqué, lui dit :
(1) Posséder (?)
“ Mons. voila que mon bras s'empire au lieu de se guérir, il est déjà quasi tout desséché et me laisse le reste du corps en danger de quelque paralysie, je ne le puis aucunement remuer, même on ne me peut toucher sans me causer les plus vives douleurs, cet état m'embarrasse fort; surtout me voyant chargée d’un hopital auquel je ne puis subvenir dans l’incommodité ou je suis et l’état ou je me vois obligée de rester pour :e reste de mes jours, cela étant voyez ce qu’il est à propos que je fasse; ne seroit-il pas bon que j'allasse en France trouver la fondatrice pendant qu’elle est encore vivante, et que je
parlasse à Messrs. de : “'ompagnte du Montreal afin d'obtenir de la fondatri' +1 + eut, un fonds pour des religieuses, puisque auss : .u compagnie du Montreal
n'est pas présentement en état de faire cette dépense avec les autres que ce lieu requiert, et que je ne peux plus vaquer aux malades; que si je puis réussir je tâcherai d'amener ces bonnes Religieuses de la Flèche aveclesquelles feu M.Ollier et les autres associés ont, il y a déjà longtemps, passé contract pour le même dessein(1) ; qu’en dites-vous, Monsieur ?” “Vous ne pouvez mieux faire,” lui dit-il témoignant beaucoup de joie et de cordialité ladessus. Delà à quelques jours M. Souart part pour Québec, M. L’Abbë lui ayant dit qu'une des Mères Hospitalières de ce lieu là avoit grand besoin de changer d'air, que comme c’étoit une personne de mérite, il falloit tâcher de lui sauver la vie, qu'il feroit fort bien de descendre pour cela, parce que ayant la connoissance de la médecine outre son caractère sacerdotal, aussitôt qu'il donneroit son suffrage à ce qu’elle montât ici pour changer d'air, on ne manqueroïit pas de la faire venir; ce bon M. ayant oui ce discours se disposa de partir au plus vite
(1) Le 31 décembre, 1656. (J. V.)
pressé par cette même charité qui sans lui donner loisir de réfléchir le porte tous les jours chez les malades, afin de les assister, quand il en est requis selon que Sa Sainteté atrouvé bon de lui permettre; si ce M. dessendit promptement à Québec il remonta encore aussi vite à Montreal avec cette bonne Religieuse malade et une de ses compagnes. Ces deux Religieuses étant à terre, M. L’Abbé de Quélus qui n'avoit pas pensé à dire la raison pour laquelle il avoit trouvé à propos d'envoyer M. Souart à Québec, soudainement vint avertir de tout ceci Melle, Mance qui ne savoit rien de tout ce qui se passoit lui disant: “ Voilà deux bonnes filles hospitalières (1) qui arrivent à cause que l’une d'entre elles a eu besoin de changer d’air, elles vous vont venir saluer et demander le couvert;”après cela ces deux bonnes filles entrèrent, auxquelles cette bonne demoiselle un peu interdite fit la meilleure réception qu'elle pût,ensuite de quoi elle leur dit agréablement: “ Vous venez, mes Mères, et moi je m'en vais. ” Que si cette répartie d'esprit fit voir son soupçon cela lui étoit pardonnable, d'autant que l'innocence de cette conduite eut paru un peu jouée à beaucoup d'autres; Après avoir causé quelque temps avec elles elle prit son temps pour aller voir M. de Maison-neufve, lequel croyant quelle avoit fait venir ces deux Religieuses étoit étonné de ce qu'elle ne lui en avoit rien dit, c’est pourquoi il la regarda un peu froid, surtout parce qu’il soupçonnoit quelque dessein d’é. tablissement contre le contrat que feu M.Ollier avoit fait conjointement avec les associés en faveur des Reli. gieuses de la Flèche ; mais un peu d’éclaircissement sur le tout leur ayant fait connoitre qu'ils n’étoient pas plus savants l’un que l’autre en cette matière, et que ces bon-
(1) Les RR. MV. Marie Réné Boulié de la Nativité et Jeanne This, Agnès de St, Paul, Elles arrivèrent à Montréal vers la fin de Septembre 1658, (J. V.)
nes filles ne venoient que pour prendre l'air afin de se guérir, ils se mirent à rire de la fausse allarme, se séparèrent bons amis et Melle. Mance s'en retourna trouver ces chères hôtesses avec lesquelles elles fut deux jours et deux nuits, après lesquelles elle les laissa dans sa maison de l'hopital, et s'embarqua pour la France, toute remplie d’un religieux amour vers ces deux bonnes et pieuses filles, aussi bien que pour toute leur maison où Dieu est admirablement bien servi, d’où elle auroit bien voulu dérober pour toujours un aussi riche trésor que ces deux hotesses, sans Îes filles de la Flèche auxquelles elle pensoit uniquement à cause de l'élection qui en avoit été faite (1). Étant à Québec elle y séjourna 8 jours à l'hopital ou elle fut fort régalée en témoignage des reconnaissances du bon accueil qu’elle avoit fait à leurs sœurs au Montreal, ensuite de quoi elle s’embarqua pour ne mettre désormais pied à terre que dans l'Europe. (2)
(l) Voir App. VL (J. V.) | (2) Elle partit de Québec le 14 Oct. 1658, (Journal des Jésuites.) J. V.
HISTOIRE DU MONTREAL
De l'automne 1658 jusqu'à l'automne 1659, au . départ des navires du Canadas.
Le Montreal ne nous fournit pas des matières fort considérables pour l’histoire jusqu'à l’arrivée des vaisseaux de cette année, d'autant que chacun se tint si bien sur ses gardes à cause de la guerre, que l’onse para de l'embuche de l'ennemi, ce que nous pouvons dire seulement c'est que messieurs du Séminaire de St. Sulpice ayant pris deux terres aux deux extrémités de cette habitation cela servit grandement à son soutien à cause du grand nombre de gens qu'ils avoient en l’un et l’autre de ces deux lieux qui étoient les deux frontières du Montreal. Il est vrai qu’il leur en a bien couté surtout les deux premières années à cause d’une pieuse tromperie que leur fit M. de la Doversière, qui sachant la nudité ou tous les habitants étoient alors leur dit qu’ils n’avoient pas besoin de mener beaucoup de gens, qu’ils en trouveroient assez au Montreal pour faire leurs travaux, qu'ils n’avoient qu’à bien porter des étoffes et denrées, que moyennant cela ils feroient subsister les habitants du lieu et feroient faire en même temps ce qu'ils voudroient: Il est vrai que l'invention fut bonne car ils trouvèrent un chacun ici dans un tel besoin de ces choses que, sans ce secours, iln’y eut pas eu moyen d'y résister: La providence est admirable qui prévoit à tout: Pour les autres années ces Messieurs firent venir quantité de domestiques à cause de la grande chèreté des ouvriers qui dans la suite n'ayant pas de si mauvaises années ont été bien ai-
se de travailler plus pour soi que pour autrui, puisque le Montreal se trouve ici pauvre en ce qui regarde l’histoire, passons un peu en France et voyons s’il ne s’y fait rien à son sujet qui nous donne lieu de nous entretenir, surtout voyons ce qui arrive à Melle. Mance et disons ce qui lui arriva dans le séjour qu’elle y fit, ce qui se passa de la sorte. Elle ne fut pas plustôt à la Rochelle que prenant un branquart à cause que l’état ou étoit son bras ne lui permettoit pas une autre voiture, elle alla droit à la Flèche trouver M. de la Doversière, qui lui fit un visage fort froid à cause de quelques mauvais avis qu’on lui avoit donné du Canadas, appuyé sur ces mauvaises nouvelles il croyoit que cette demoiselle venoit pour lui faire rendre compte, afin de se détacher de la compagnie et qu'elle vouloit d’autres filles pour l'assistance de l’hopital du Montreal que celles qui avoient été choisies par les associés: —Voilà le rafraichissement que cette infirme eut à son abord pour les travaux de son voyage; mais enfin le tout étant éclairci on se rapaisa et l'union fut plus belle que jamais, si bien qu'elle se vit en état de partir en peu de jours pour Paris, plus joyeuse qu'elle ne se vit à son arrivée à la Flèche. Etant à Paris elle vit aussitôt M. de Breton-Villiers ie Supérieur du Séminaire St. Sulpice, et Madame sa chère fondatrice, qu’elle rendit les témoins occulaires de son pitoyable état auquel ils prirent une part bien singulière ; quelques jours après elle vit tous les Mes- ‘sieurs dela Cômpagnie du Montreal assemblés, auxquels “elle fit un fidèle rapport des choses comme elles étoient ici, après cela elle leur témoigna bien au long l’impossibilité où elle étoit de subvenir à l'hopital, si elle n'étoit secourue; que son âge et son infirmité l'en empêchoient absolument, qu’elle croyoit que le temps étoit venu d'en voyer ces bonnes filles sur lesquelles feu M. Ollier ef tous
eux avoit jetté la vue, qu’elle feroit son possible auprès de sa chère Dame pour en obtenir la fondation, qu'elle osoit tout espérer de sa bonté: eux lui ayant témoigné la reconnoissance qu'ils avoient à sasollicitude parlèrent tous unanimement de son infirmité et dirent qu’il falloit la faire voir sans tarder au plus expert, afin de tenter par toutes les voies possibles sa guérison. Là dessus feu M. Duplessis-Monbar d’heureuse mémoire, ajouta que Melle. Chahue sa sœur la meneroit en son carosse chez les personnes qu'on nomma et qu'on crut les plus habiles: La chose s'exécuta comme on l’avoit résolue mais sans aucun fruit, car dans toutes les consultes on répondoit qu’il n’y avoit rien à faire, que le mal étoit trop grand et invétéré, que de plus elle étoit trop âgée, qu'il falloit même prendre garde que ce mal de bras ne se communiquât au corps, que sa main et son bras ayant la peau aussi séche qu'un cuir à demi préparé, qu’étant sans la moindre liberté d'en user, que les parties étant toutes atrophiées et glacées de froid sans conserver d'autre sensibilité que pour lui causer de grands tourments lorsqu'on la touchoit, il y avoit bien à craindre que le côté droit de son corps ne vint participant des infirmités de son bras: que si quelques charlatans osoient entreprendre sa guérison au lieu de la soulager ils attireroient et irriteroient les humeurs qui la rendroient paralitique de la moitié du corps, Mde. Chahu entendant ce langage des plus habiles de Paris emmena son infirme, laquelle commença de solliciter sa Dame pour les filles de la Flèche, Or cette pieuse fondatrice ayant compassion d’elle et étant bien afligée de l’état irrémédiable ou elle la voyoit se résolut de l’assister et donna 20, 000.4 pour l'établissement des filles qu’elle lui proposoit, ce qui réjouit extrêmement les associés, lesquels en rendirent grâce à Dieu et a Melle. Mance qui ménageoit ainsi des secours par sa prudence :
travaux qui furent si agréables à notre-Seigneur qui les voulut reconnoître par un miracle authentique qui se fit dans la chapelle du Séminaire St. Sulpice, le jour de la Puritication, ou Dien voulut honorer la mémoire de feu M. Ollier son serviteur, donnant à son cœur le moyen de témoigner sa gratitude à celle qui pour lors s’employoit si fortement en faveur de cette Isle à laquelle il prenoit tant de part lorsqu'il étoit vivant, et dont Dieu veut bien qu’il prenne la protection après sa mort; Comme nous allons voir par le détail de ce miracle que nous pouvons dire bien grand ; puisqu'il se réitère tous les jours à la vue d’un chacun et selon l’aveu de tous ceux qui veulent prendre la peine de voir le bras sur lequel il est opéré et s'opère incessamment, décrivons-en l’histoire ; Quelques jours avant la Purification, Melle. Mance étant allée voir M. De Breton-Villiers au Séminaire de St. Sulpice, toute remplie du respect qu’elle conservoit pour M. OIlier, elle lui demanda ou étoit son corps et son cœur qu'on lui avoit dit être enchassé séparément, qu’elle eut bien souhaité rendre ses respects à l’un et à l’autre. M. De Breton-Villiers lui dit que son corps étoit dans la chapelle, qu’il avoit son cœur en sa chambre et qu’elle vint le jour dela Purification dans le temps que Messieurs les Ecclésiastiques seroient à l’église, qu’alors il la feroit entrer dans la chapelle parce qu’il ne la vouloit pas faire veuir devant tout le monde,d’autantque les femmes n'ayant pas coutume d’y aller sielle y entroit publiquement les autres à qui on en refuseroit l'entrée en recevroient Ce la peine, quant à lui il lui diroit la messe, et lui apporteroit le cœur de feu M. Ollier : Le jour arrivé elle vint à l'heure donnée, aussitôt qu'elle fut entrée dans le séminaire il lui vint dans l'esprit que feu M. Ollier lui pourroit bien rendre la santé, incontinent qu'elle reconnut ce qu’elle pensoit elle voulut l’éloigner comme une ten-
tation, mais voulant chasser cette pensée il lui en vint de plus fortes; ce qui lui fit dire qu’encore qu’elle ne les méritoit pas, Ce serviteur de J-C. pouvoit bien obtenir cette faveur et même de plus grandes, marchant vers la chapelle en s’entretenant de la sorte, elle vit M. Ollier aussi présent en son esprit qu'on le pouvoit avoir sans vision:—Ce qui lui fit ressentir une joie si grande pour les avantages que ses vertus lui avoient acquises, que voulant ensuite se confesser elle avoue qu’il lui fut impossible de le faire et qu'elle ne put dire autre chose à son confesseur sinon, “Mons. je suis saisie d’une telle joie que je ne puis vous rien exprimer. ” Cette satisfaction lui dura pendant toute la messe et fut accompagnée d’une certitude intérieure que Dieu la guériroit par l’entremise de son serviteur. Après que la messe fut dite, voyant que M. De Breton-Villiers étoit pressé pour l’église à cause des cérémonies du jour, elle lui dit, “ Mons., donnez-moi un peu ce cœur que vous m'avez promis, il n’en faudra pas davantage pour ma guérison, ” d’abord il le lui atteignit et la quitta en lui marquant le lieu ou elle le mettroit par après. D'abord elle prit tout pesant qu'il étoit à cause du métal ou il étoit enchassé et du coffret de bois ou le tout étoit enfermé, et elle l’appuia sur son écharpe à l'endroit de son plus grand mal, qui ne pouvoit être approché auparavant de la moindre chose ; Or ayant appuyé ce petit coffre sur son bras tout empêché qu'il étoit de plusieurs et différents linges attachés d’une multitude d’épeingles, elle se mit à admirer et se conjouir des trésors qui avoient été enfermés dans ce cœur, et soudain voilà qu’une grosse chaleur lui dessant de l'épaule et lui vint occuper tout le bras qui passa dans un instant d’une extrême froideur à cet état qui lui est si opposé. En même temps toutes les ligatures et enveloppes se deffirent d’elles mêmes, son bras se trouva libre
et se voyant guérie elle commença àfaire un beau signe de croix, remerciant le Tout-Puissant qui lui faisoit une telle grâce par son serviteur y ayant deux ans qu'elle n’en avoit pu faire autant de sa main droite‘qui étoit l’estropiée,-Cela la mit dans un si grand transport de joie l’espace de huit jours, qu’à peine put-elle manger quelque chose tant elle en étoit pamée, Son action de grâce faite elle remit son bras dans l’écharpe, afin que le portier ne s’apperçut de rien et que M. De Breton-Villiers fût le premier à apprendre la chose, ainsi elle s’en alla chez elle ou sa sœur arriva peu après, elle voulant exprimer à sa sœur le bien qu'elle avoit reçu et ne le pouvant pas par ses paroles à cause qu’elle étoit transie d’allégresse, elle se mit à agir de sa main droite et lui montra par ses actions qu'elle n’y avoit plus de mal. Sa sœur toute transportée de joie elle même ne lui put repartir que des yeux dans l’abord mais ayant repris ses esprits ;—-‘“ Ma sœur, lui dit-elle, qu'est-ce que je vois, est-ce la sainte épine qui a fait cette merveille ” ?—"* Non, lui réponditelle, Dieu s’est servi du cœur de feu M. Ollier ; ’—‘ Ah! lui répondit-elle, il le faut publier partout ; je vais le dire aux Carmes-déchaussés et en tels et tels endroits : ” — “ Non, ma sœur, répondit Melle. Mance, ne le faites pas Messieurs du Séminaire n’en savent rien encore, il faut du moins qu'ils le sachent les premiers, après leur récréation nous irons le leur apprendre. Cela dit, elles se mirent à table à cause que l'heure en étoit venue et non pas pour manger, car il ne leur fut pas possible : sur les deux heures elles allèrent au Séminaire ou une partie des Messieurs étoient déja retournés à l’église, mais comme M. De Breton-Villiers étoit à la maison elle le demanda et lui dit aussitôt qu’elle l’apperçut en état de l'entendre facilement,—‘“Mons. en lui montrant sa main, voilà des effets de M. Ollier”’;—M. De Breton-Villiers lui
mens PE
répartit, —“* Voyant votre confiance de ce matin, je croyais bien que vous seriez exaucée” : —-Après il fit appeler ce qui étoit resté d’éclésiastiques au Séminaire, afin d'aller les uns avec les autres remercier Dieu à la même chapelle où s’étoit fait le miracle; L'action de grâce faite, M. De Breton-Villiers demanda à Melle. Mance si sa main droite de laquelle elle avoit été guérie étoit assez forte pour écrire la vérité du fait qui s’étoit passé, elle lui ayant répondu que oui, on lui donna incontinent du papier et de l'encre et elle satisfit à ce qu’on souhaitoit, que si l'écriture a quelque défaut il faut accuser l'extrême joie dont elle étoit émue et non pas les infirn ités du bras et de la main (1): le jour suivant Messieurs les associés du Montreal s'assemblèrent et firent raconter toute cette histoire à cette bonne demoiselle pendant quoi ils remercièrent Dieu de tout leur cœur, qui faisoit encore par leur ancien confrère de telles grâces à cette Isle en remettant Melle. Mance en état d'y rendre encore plusieurs services: Après cette assemblée Melle. Mance alla voir sa bonne fondatrice, laquelle reçut une joie indicible lorsqu'elle apprit ce miracle et qu’elle l'apperçut de ses yeux y ayant en cela de particulier en ceci que le miracle est continuel et manifeste, parce que les principes des mouvements sont demeurés disloqués comme auparavant, et cependant avec tout cela elle manie son bras et sa main sans aucune douleur comme si tout étoit en bon état: ce qui est un miracle si visible qu’on ne peut le voir sans en être convaincu, c’est aussi ce que tous les experts ont avoué et attesté. Mais passons ce bienfait qui nous assure ici de la bienveillance de M. Ollier dans le lieu même là ou il est aujourd'hui, et parlons de ce qui se fit au printemps, à Paris/foù les Messieurs de cette compa-
(1) Voir App. No. VIT—(F, Vi
gnie firent plusieurs assemblées dans deux desquelles Mgr. l’Evèque De Pétrée assista comme venant en Canada y faire voir la première mitre qui y ait jamais paru : Dans ces deux assemblées où M. de Pétrée fut, on parla d’envoyer ces filles de la Flèche au Montreal, mais ce Prélat demanda toujours qu'on différât d’une année ce trajet, crainte, disoit-il, que cela ne fit peine à une certaine personne qu'il croyoit avoir d’autres desseins,..Ces Messieurs de la compagnie lui répondirent qu’ils pouvoient bien l’assurer que celui dont il parloit n’auroit pas d'autre sentiment que le leur, que le fondement qu’on prenoit de soupçonner le contraire n’étoit que présumé et qu’on avoit avoit tout lieu dene pas le croire, qu’au reste on avoit si grand besoin de c:s filles pour le soulagement de l’hopital du Montreal, que n'ayant aucune vue ni dessein pour d’autres, on le supplioit de trouver bon qu’elles passassent cette année-là : Après ces assemblées et cette prière faite à M. de Pétrée, le temps de partir étant venu, Melle. Mance s’en alla à la Rochelle, à 8 lieues de laquelle il y lui arriva un accident qui la devoit du moins disloquer tout de nouveau si la main qui lui avoit donné la santé n'eut eu le soin de la lui conserver, ce qui arriva de la sorte. Les chiens ayant fait peur à un cheval ombrageux sur lequel elle étoit, cet animal se lança si haut pardessus un fossé et en même temps la jetta si loin et si rudement sur sa main autrefois estropiée qu’on a attribuée à une charitable protection du ciel qu'elle en eut été quitte comme elle l'a été par une légère écorchure, sans rien rompre, ni démettre, ce qui n’empécha pas qu'une certaine plume trop libre prit là, la peine, assez mal à props, d'écrire contre ce qui s’étoit passé au sujet de ce bras à Paris, usant de ces termes nouveaux pour rendre ridicule ce fait dans une lettre qu’il écrivoit à un bon Père Jésuite à la Rochelle au sujet de Melle. Man-
LEE CRE Pie A RICA LS Mir ts ente ae
ce :—"* Enfin le miracle est démiraclé et la chutte arrivée à la demoiselle l’a mise en pareil état qu'autrefois.” Le Père à qui on écrivoit se connoissant bien aux ruptures et dislocations vint voir si cela étoit vrai il parla à cette demoiselle comme si on eut voulu abuser le monde, mais alors elle lui dit : “ Mon Père, vous avez été mal informé car tant s’en faut que ma chute doive diminuer l'estime du miracle opéré sur moi, elle la doit augmenter, car je devrois m'être cassé et disloqué le bras, au reste, mon Pére, voyez si le miracle de Paris n’est pas véritable, [ subsiste encore, regardez ce bras et en portez votre jugement;” Ce bon père s'approcha et ayant témoigné la vérité il dit tout haut, —“Ah! j'écrirai à celui qui m'a fait la lettre, qu'il faut respecter ceux que Dieu veut honorer, il a voulu faire connoitre son serviteur, il ne faut pas aller contre sa volonté, il faut lui rendre ce que Dieu (veut) que nous lui rendions.”—Voilà ce qui se passa dans la ville de la Rochelle, ou Melle. Mance trouva la bonne Sœur Marguerite Bourgeois de laquelle nous avons parlé ci-devant, elle l’avoit accompagnée dans son voyage en France afin de l’assister dans son infirmité . Quant à son retour Mile. Mance avoit trouvé bon qu'elle se rendit la première à la Rochelle avec une compagnie de 32 filles qu’elle amenoit avec elle pour le Montreal, auxquelles cette bonne sœur a servi de Mère dans ce voyage, pendant toute la route et même jusqu’à ce qu’elles aient été pourvues, ce qui nous fait dire qu’elles ont été bien heureuses d’être tombées dans de si bonnes mains que les siennes : Au reste, il faut que je dise encore un mot de cette bonne fille, bien qu'il ne soit pas trop approuvé, c'est qu'un homme riche et vertueux de la compagnie lui voulant donner en ce voyage du bien pour l’établir ici, elle ne voulut l’accepter, appréhendant que cela ne fit tort à cet esprit de pauvreté qu’elle conserve si religieu-
sement ; Dieu sans doute lequel fait plus par ces personnes détachées que par les efforts des plus riches favorisera de ses bénédictions cette amatrice de la pauvreté. Mais venons aux Religieuses de la Flèche auxquelles Melle. Mance et la Compagnie avoient écrit tout ce qui s’étoit passé et qui étoient demeurées d'accord que trois filles de cette maison ou de celles de ses dépendances iroient, cette année-là, au Montreal, pour l'exécution de ce dessein, le printemps étant venu Melle. Manee écrivit à ces Religieuses,leur donna le rendez-vous à la Rochelle et envoya pareillement une lettre à M. de la Doversière qui les devoit mener à leur embarquement, donnant avis aux uns et aux autres qu’elle ne manqueroit pas de s’y rendre par une autre voie qu'elle leur marqua : Les Religieuses de la Flèche sur cet avis afin de se rendre prêtes au temps qu'on leur marquoit firent venir au plus tôt de leur maison de Baugé et du Ludde les sœurs Maer, (1) De Bresolle (2) et Maillot (3) qui étoient les trois victimes destinées pour le Canadas qui se rendirent pour cet eflet promptement et avec joie à leur maison de la Flèche, afin qu'on n’attendit pas après elles quand on seroit près de partir. Or ce coup—c’étoit un coup du Ciel et comme les affaires de Dieu ne se font jamais sans de grandes difficultés pour l'ordinaire, celleci n’en manqua pas. Quand il fut question de l’exécuter, Monseigr. Dangers (4) se trouva si difficile pour son obédience qu'on désespéra quasi de l'avoir, M. de la Doversière qui étoit le principal ar-boutant de l'affaire et sans lequel 1l n'y avoit rien à espérer pour elles se trouva si mal que trois jours avant de partir il fut en danger de mort et les médecins jugèrent qu'il ne releveroit pas
(l) Macé. (2) De Bresole. (3) Maillet. (J. V.) (4) d'Angers. (J. V.)
de cette maladie. Mais Dieu qui vouloit seulement sceller cette entreprise du sceau de sa Croix et non pas la détruire, voulut que dans deux jours il fut assez rétabli pour oser entreprendre le voyage de la Rochelle ; le lendemain, il ne manquoit pour cela que l’obédiance de Mgr. Dangers qui arriva le même jour que la restitution de sa santé, ce qui fit qu'on résolut de partir la journée suivante. Cela étant sçu dans la ville il se fit une émeute populaire, chacun murmura et dit —‘“ M.de la Doversière fait amener des filles par force en ce couvent, illes veut enlever cette nuit, il faut l'en empêcher.” Voilà tout le monde par les rues, chacun fit le guet de son côté, plusieurs disoient en se l’imaginant,— “ Voilà que nous les entendons crier miséricorde.” Enfin plusieurs ne se couchèrent pas cette nuit-là pour ce sujet, dans la ville &e la Flèche, néanmoins à dix heures du matin on se résolut de les faire partir mais pour en venir about on y eut bien de la peine, il fallut que M. Saint-André et les autres qui devoient les assister dans leur voyage missent l'épée à la main et fissent écarter le peuple par les impressions de la crainte, ce qui n’est pas difficile dans les villes champêtres qui ne sont pas frontières : étant sorties elles firent le chemin jusqu’à la Rochelle avec une grande joie et désir de se sacrifier entièrement pour Dieu ; il est vrai qu’elles avoient besoin d’être dans cette disposition parce qu’elles eurent bien des épreuves même dès la Rochelle, où on leur voulut persuader qu’on les renverroit du Canadas la même année, sans vouloir d'elles, de plus comme tous les deniers se trouvèrent employés elles se trouvèrent fort embarrassées de quoi payer le fret qu'elles n’avoient pas réservé à cause de la multitude des denrées qu’on avoit besoin, embarras où se trouvèrent aussi deux prêtres du Séminaire de St. Sulpice qui passoient cette année là pour le Montreal, où depuis ils ont été tués
par lesiroquois (1), La peine qu'ils eurent tous deux avec Melle. Mance fut telle qu'on ne les vouloit pas embarquer à moins qu'ils n’eussent de l'argent de quoi payer. Cependant ils étoient 110 personnes auxquelles il falloit pourvoir, vous voyez assez quelle pouvoit (être) cette mortification ; c'est pourquoi nous passons outre et jugez, comprenant tout ce qu’il falloit acheter pour le Canadas, de la dépense qu'on fit surtout à cause du retardement à la Rochelle qui fut de 3 mois cette année: Jugez combien il en coûta à Messieurs de la Compagnie du Montreal, au Séminaire de St. Sulpice et à l'hopital qui tous trois portoient les frais de ce voyage.—Jugez de la peine où étoient ces deux bons prêtres et ces trois religieuses avec Melle. Mance, car enfin tout se vit à la veille de demeurer sans qu’à la fin le maître du navire qui étoit préparé et qui ne tenoit qu’à de l'argent se résolut de tout embarquer sur leur parole. Les voilà donc en mer mais n’allèrent pas bien loin que leur navire qui avoit servi deux ans d’hopital sans avoir fait depuis la quarantaine infecta les passagers de la peste, 8 ou 10 de ces gens moururent de prime abord sans qu’on permit aux religieuses de s’exposer, mais enfin on accorda à leurs instances qu’elles commenceroient leurs fonctions d’hospitalières dans lesquelles elles eurent ce bonheur ayant commencé ces premiers travaux de leur mission qu'il ne mourut plus personne, encore qu’il y eut bien des malades, au reste nous pouvons dire que la sœur Marguerite Bourgeois fut bien celle qui travailla autant pendant toute la route et que Dieu pourvut aussi de plus de santé pour cela, que siil y eut bien des fatigues dans ce voyage il y eut aussi bien des consolations pour la bonne fin que faisoient ces pauvres pestiférés, que ces deux prêtres du Séminaire de
(!) Messrs. Jacques Le Maitre et Guillaume Vignal.—{(J. V.)
St. Sulpice dont nous avons parlé assistoient autant qu'ils pouvoient, que leurs corps, aussi accablés de maladie leur permettoient, ils assistèrent deux huguenots entre ces | malades qui firent leur abjuration avant que de paroître | devant ce Juge quijugera rigoureusement ceux qui nous | veulent défendre aujourd’hui de juger les erreurs de leur | religion prétendue réformée, afin d’avoir laliberté d'y de- | meurer pour leur confusion éternelle ; mais passons cette | mer et disons qu'après les efforts de la maladie, les vagues | de la mer essuyées, voiià enfin le navire arrivé à Quebec après avoir bien vogué, que si ces religieuses se croyoient
être en ce lieu au bout de toutes les tempêtes elles se | trompoient fort, car elles y en essuyèrent une si grande
qu'elles eurent de la peine à y mettre pied à terre, et ne l’eussent peut être jamais fait si l’astre nouveau qui depuis ce temps éclaire notre Eglise (1) ne leur eut été assez fa-
vorable pour dissiper l'orage qui la causoit, de quoi le Montreal lui fut bier obligé parce qu’il contribua ainsi à lui donner ces bonnes filles (2). Ensuite de ceci nous avons le retour de M. l'abbé de Quelus en France (3) ce qui afigea beaucoup ce lieu, ainsi en cette vie les douceurs sont mélangées d’amertumes : Quant à toute la flotte arrivée pour ce lieu elle y monta à la joie extrême d'un chacun, et ces deux bonnes religieuses qui y étoient comme nous l'avons dit l’an dernier, en descendirent après que celle qui étoit malade eut recouvré sa santé ; La providence ayant permis que son mal eut
(1) L'Evèque de Pétrée, arrivé à Québec le 16 Juin 1659 (I. V.) (2) Elles arrivèrent à Québec le 8 Sept. 1699 et à Montréal vers la fin de ce mois. (J. V.)
(3) 1 quitta Montréal en août pour Québec où il arriva le 7 et d'où il partit pour la France le 26 Octobre 1659 (Journal des Jésuites MS.) ‘ Mr. l'abbé de Kélus, dit M. de Belmont, resut l’ordre de retourner en France qu'on lui fit signifier à Montréal par un commandant et une escouade de soldats.” (J, V.)
duré pour le bien de cet hopital jusqu'à l’arrivée de ces trois bonnes filles, aux travaux desquelles Dieu a donné depuis une grande bénédiction. Plusieurs Iroquois et quantité d’autres Sauvages y ont été convertis tant par leur ministère que par l'assistance des Ecclésiastiques du lieu et y sont morts ensuite avec des apparences quasi visibles de leur prédestination ; Grand nombre de huguenots y ont eu ce même bonheur ; même dans un seul hiver il y en a eu jusqu'à 5 qui y sont morts catholiques à la grande satisfaction de leurs âmes. Ces bonnes filles ont rendu et rendent encore de si bons services au public qu’il se loue tous les jours de la grâce que le Ciel lui a fait de les lui avoir amenées pour sa consolation dans un pays si éloigné que celui-ci, où leur zèle les a portées ; Outre les personnes que j'ai remarqué être venues de France cet Eté, je dois nommer Mr. Debeletre (1) lequel orne bien ce lieu tant dans les temps de la guerre que lorsque nous jouissons de la paix, à cause des avantageuses qualités qu’il possède pour l’une et l'autre de ces saisons. Je donne ce mot à sa naissance et à son mérite sans préjudice à tous ceux qui ont été du même voyage et faire tort à leur mérite particulier : au reste l’on peut dire du secours de cette année en général qu’il étoit très-considérable au pays lequel étoit encore dans une grande désolation, et qu'il étoit nécessaire pour confirmer tout ce que celui de l’année 1653 conduit par M.de Maison-neufve y avoit apporté d’avantage, parceque sans cette dernière assistance, tout le pays
. étoit encore bien en danger de succomber, mais il est
vrai que depuis celle-ci on a moins chancelé et craint une générale déconfiture qu’on faisoit auparavant, quelques combats de perte de monde que nous ayons eus.
(1) Picoté de Belestre, (J. V.)
HISTOIRE DU MONTREAL
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De l'automne 1659 jusqu'à l'automne 1660, au départ des vaisseaux du Canadas.
Nous entrons dans une année que le Montreal doit marquer en lettres rouges, dans son Calendrier, pour les différentes pertes d'hommes qu'il à fait en plusieurs et différentes occasions ; ilest vrai que si les belles actions doivent consoler e:, la mort des siens, le Montreal a tout sujet de l’être ans la perte qu'il a fait de tous les grands soldats qui ont péri cette année, parce qu’ils se sont tellement signalés et ont tellement épouvanté les ennemis en mourant, à cause de la vigoureuse et extraordinaire défense qu’ils ont marqué en eux, que nous devons le salut du pays à la frayeur qu’ils ont imprimé en eux répandant aussi généreusement leur sang qu'ils ont fait pour sa querelle ; ce qui se peut pour eux glorieusement remarquer surtout dans une action laquelle se passa le 26 ou 27 de mai (1), au pied du Long-Sault (2), un peu au-dessus de cette isle, où 17 de nos Montréalistes étant en parti furent attaqués par 800 Iroquois sans que aucun d’eux voulut jamais demander cartier chacun ne pensant qu'à vendre sa vie le plus cher qu'il pourroit. Voyons le fait; Sur la fin d'avril, M. Daulac (3) garçon de cœuret de famille, lequel avoit eu quelque
(1) M. de Belmont fixe ce combat au ?1 mai 1660 ; ce peut être erreur typographique. (J. V.)
(2) Rivière des Outaouais. (J. V.)
(3) J'ai eu en mains, en 1847, l’Inventaire, fait par le Notaire Basset, des biens délaissés à Montreal par notre héros, en date du 6 nov. 1660 ‘Il est nommé Adam Dollard, Sr. Désormeaux, et il est qualifié de Commandant de la garnison du Fort de Ville-Marie.” (J. V.)
uni
commandement dans les armées de France, voulant faire ici quelque coup de sa main, et digne de son courage, tacha de débaucher 15 ou 16 François pour les mener en parti au-dessus de cette isle, ce qu’on n’avoit point encore osé tenter, —Il trouva de braves garçons qui lui promirent de le suivre si M. de Maison-neufve le trouvoit bon ; Daulac proposa la chose et il eut son agrément, ensuite chacun se disposa à partir, mais auparavant ils firent un pacte de ne pas demander quartier et se jurèrent fidélité sur ce point, outre cela, pour être plus fermes à l'égard de cette parole et être mieux en état d'affronter la mort, ils résolurent de mettre tousleur conscience en bon état, de se confesser et communier tous, et ensuite de faire aussi tous leur testament, afin qu’il n’y eut rien qui les inquiétât pour le spirituel ou temporel et qui les empêchât de bien faire : tout cela exécuté de point en point ils partirent. M. le Major avoit bien eu envie de grossir le parti, MM. Lemoine et de Beletre avoient bien demandé la même chose, mais ils vouloient faire différer cette entreprise jusqu’après les semences qui se font ici en ce temps-là, ils disoient que pour lors ils iroient une quarantaine d'hommes ; Mais Daulac et son monde avoit trop d'envie de voir l'ennemi pour attendre, au reste Daulac voyant que sil différoit il n’auroit pas l'honneur du commandement, il pressa le plus qu'il put l’affaire et redoutant plus qu’il eut été bien aise de se pouvoir distinguer, pour que cela lui put servir à cause de quelque affaire que l’on disoit lui avoir arrivé en france : Tellement que le voilà parti résolu à tous évènemens, il ne fut pas bien loin qu’entendant une alarme dans un ilet tout vis-à-vis d'ici où nous perdims 3 hommes (1), il revint avec son monde et poussa
(1) Les Reg. de la Paroisse ont à ce sujet l'entrée que voici: ‘ 1660, avril
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si vigoureusement les Iroquois qu'ils les eut pris en canot, sans qu’ils abandonnèrent tout pour se jetter dans le bois et se sauver, s’il n'eut pas la consolation de les joindre, il eut celle d’avoir leur dépouille, entr'autre un bon canot dont il se servit dans son voyage, qu'ils continuèrent aussitôt avec l'accroissement d’un des leurs lequel eut honte d’avoir manqué à la parole qu’il avoit donnée, alors étant tous de compagnie, ce nouveau venu à eux, ils dirent un adieu général qui fut le dernier à leurs amis,ensuite dequoi les voilà rembarqués tous de nouveau, étant remplis de cœur, mais étant par malheur peu habiles au canotage, ce qui leur donna beaucoup de peines, même on a su par les hurons auxquels ils l'ont dit, qu'ils furent 8 jours arrêtés au bout de cette isle par un petit rapide qui y est; Enfin le cœur les fit surmonter ce que leur peu d'expérience ne leur avoit I pas acquis, si bien qu’ils arrivèrent au pied du Long- { Sault, où trouvant un petit fort sauvage nullement flanqué, entouré de méchants pieux qui ne valoient rien, . commandé par un côteau voisin, ils se mirent dedans, n'ayant pas mieux ; là moins bien placés que dans une des moindres maisons villageoïses de France, Daulac attendoit les Iroquois, comme dans un passage infaillible au retour de leurs chasses, il ne fut pas longtemps seul en ce lieu, d'autant que Honontaha et Metiomegue, l’un Huron, l’autre Algontien eurent un deffi aux Trois- Rivières sur le courage et se donnèrent pour cela le rendez-vous au Montreal, comme au lieu d'honneur, afin de voir en ce lieu ou les combats sont fréquents, lequel des deux auroit le plus de bravoure, ce défis fait,
19, Nic. Duval, serviteur au Fort, tué et Blaise Juillet dit Avignon, habitant, et Mathurin Soulard, charpentier du Fort, noyés, en se voulant sauver des froquois.”—{J, V.)
8 Métiomègue vint lui 4m de sa nation, et Honontaha lui RE LC di 40 de la sienne au Montreal. D'abord qu'ils furent te ici les François dont le principal défaut est de trop parler Fe leur dirent que nous avions des françois en guerre d’un ‘. FATAL E VA
TS tel côté, eux jaloux de se voir prévenus et étonnés de à it la hardiesse de ce petit nombre, demandèrent un billet : À ut à M. de Maison-neufve pour porter à Daulac, afin qu'il ; Lo \ fl T- leur fit la grâce de les recevoir en son parti pour faire | | us ensuite tous ensemble quelques grandes entreprises : L al- M. de Maison-neufve fit tout ce qu’il put pour les en em- | ! U- pêcher, il aimoit mieux moins de gens, mais tous braves, | ls qu'une telle marchandise mêlée en plus grande abon- RAMre || te dance, il se rendit néanmoins en quelque façon à leur 36 | fit importunité, mettant le sieur Daulac, par les lettres qu’il AMEN oït lui écrivoit, à son obtion de les recevoir sans l'y engager | 1g- toutefois, l’avertissant au surplus qu'il ne s’assurât pas | à an- trop sur ces gens-là, mais qu’il agit comme s’il n’avoit D'or 1 en, que les seuls françois ; les Sauvages l'ayant joint, ils 4 ns, demeurèrent tous ensemble dans le lieu que nous avons | Al ne dit pour attendre les Iroquois, où enfin, après quelque ec) 1 lac temps nos François qui alloïient à la découverte virent | | Ili- descendre deux canots ennemis, l'avis en ayant été | 5 ps donné, nos gens les attendirent au débarquement près RS PTE ue, duquel ils étoient postés où ils ne manquèrent pas de Hat Dis- venir, mettant à terre l’on fit sur eux une décharge mais F
le la précipitation fut cause que l’on ne tua pas tous, is
UT, quelques-uns se sauvèrent malheureusement au travers (a |
ts, du bois et avertirent 300 de leurs guerriers qui étoient fu fn ait, derrière et les avoient envoyés à la découverte ; d'abord Y se |
ils leur dirent,—" Nous avons été défaits au petit Fort au- É. EURE
\ébi- dessous, il y a des françois et des Sauvages ensemble ;” it sau- Cela leur fit conclure que c’étoit des gens qui montoient au !
pour cela ils commencèrent à faire leurs approches vers ce Q
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pays des hurons, qu'ils en viendroient bientôt about ; |
petit réduit qu'ils tentèrent d’emporter par plusieurs fois, mais en vain parce qu'ils furent toujours repoussés avec perte des leurs et à leur confusion ; ce qui leur faisoit beaucoup de dépit c'est qu’ils voyoient les François prendre devant eux les têtes de leurs camarades et en border le haut de leurs pieux, mais ils avoient beau enrager, ils ne pouvoient se venger, étant seuls ; c’est pourquoi ils députèrent un canot pour aller quérir 500 | Guerriers qui étoient aux Isles de Richelieu et qui les , attendoient, afin d'emporter tout d’un coup ce qu’il y avoit de François dans le Canadas et de les abolir ainsi qu'ils en avoient conjuré la ruine, ne faisant aucun doute qu'ils auroient Quebec et les Trois Rivières sans aïfficulté ; que pour le Montreal, encore qu'ils y fussent ordinairement mal reçus ils tacheroient cette fois là de l'avoir aussi bien que du... (1) à force de le harceler et s’y opiniatrer: ce qu'ils disoient auroit été vrai auparavant (2) sinos 17 frangois n’eussent détourné ce coup fatal par leur valeureuse mort,— Voyons comme le tout arriva dans la suite. Le canot qui étoit allé quérir du secours étant parti, le reste des ennemis se contenta de tenir le lieu bloqué hors de la porté du fusil et à l’abri des arbres, de là ils erioient aux Hurons qui mouroïient de soif dans ce chétif trou aussi bien que nos gens, n’y ayant point d’eau, qu'ils eussent à se rendre, qu’il y avoit bon quartier, qu'aussi bien ils étoient morts s'ils ne le faisoient, qu'il leur alloit venir 500 hommes de renfort, et que alors ils les auroient bientôt pris, la langue de ces traitres qui leur représentoient l’apparence de l'arbre de vie, les déçut aussi frauduleusement que le serpent trompa nos premiers parents lorsqu'il leur fit manger ce fruit de mort
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qui leur couta si cher, enfin ces âmes lâches au lieu de se sacrifier en braves soldats de J. C., abandonnèrent nos 17 françois, les 4 algonquins et Anontaha qui paya pour sa nation de sa personne, ils se rendirent tous aux ennemis, sautant qui d’un côté qui de l’autre par-dessus les méchantes palissades, de ce trou ou étoient nos pauvres relégués, ou bien, sortant à la dérobée par la porte afin de s’y en aller. Jugez un peu du crève-cœur que cela fit à nos gens, surtout au brave Hanontaha (1) qui, dit-on, manqua son neveu d’un coup de pistolet, le voulant tuer lorsqu'il le vit s'enfuir avec les 40 paignots (2) qu’il avoit amenés : Voyez après tout cela quel cœur avoient ces 22 personnes restées, demeurant fermes et constants dans la résolution de se défendre jusqu’à la mort, sans être effrayés par cet abandon, ni par l'arrivée des 500 hommes dont le hurlement eut été seul capable de faire abandonner le parti à un plus grand nombre. Ces nouveaux ennemis étant arrivés le 5me jour, et faisant lors un gros de 800 hommes ; ils commencèrent à donner de furie sur nos gens, mais ils n’approchoïent jamais de leur fort dans les différents assaults qu'ils lui livrèrent qu'ils ne s’en retirassent avec de grandes pertes, ils passèrent encore 8 journées après ce renfort à les attaquer d'heure en heure, tantôt tous, tantôt une partie à la fois, outre cela ils abatirent sur eux plusieurs arbres qui leur firent un grand désordre, mais pour cela ils ne se rendirent point, parce qu'ils étoient résolus de combaitre jusqu’au dernier vivant, cela faisoit croire aux ennemis que nous étions bien davantage que les lâches Hurons ne leur avoient dit,—C'est pourquoi
Voilà ‘ Honontaha, Anontaha, Hanontaha ”! puis, M. de Belmont
écrit ‘“ Onontaga ” ! Choisissez. Charlevoix ne parle pas de ce combat. (JV)
(2?) Pagnotes, c-à-d, poltrons. (J. V.)
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ils étoient souvent en délibération de quitter cette attaque qui leur coûtoit si bon, mais enfin le 8 jour de ce siége arrivé, une partie des ennemis étant prête à abandonner l’autre, lui dit que si les françois étoient si peu ce seroit une honte éternelle de s'être faits ainsi massacrés par si peu de gens sans s’en venger. Cette reflection fut cause qu'ils interrogèrent tout de nouveau les traîtres hurons, qui les ayant assuré du peu que nous étions, ils se déterminèrent à ce coup là de tous périr au pied du fort ou bien de l'emporter, pour cela ils jettèrent les buchettes, afin que ceux qui voudroient bien être les enfans perdus les ramassassent, ce qui est une cérémonie laquelle s'observe ordinairement parmi eux lorsqu'ils ont besoin de quelques braves pour aller les premiers dans un lieu fort périlieux, incontinant que les buchettes furent jettées ceux qui voulurent se faire voir les plus braves les levèrent, et voilà qu'aussitôt ces gens avancèrent tête baissée vers le fort, et tout ce qu'il y avoit de monde les suivit, alors ce qui nous restoit de gens commençaàtirer pelle-mêle de grands coups de fusils et gros coups de mousquetons, enfin l'ennemi gagna la palissade et occupa lui-même les meurtrières ; lors le perfide Lamouche qui s’étoit rendu aux Iroquois avec les autres Hurons, cria dans son faux Bourdon, avec lequel il auroit bien mérité voler jusqu’au gibet, à son illustre parent Anontaha,—“ qu'il se rendit aux ennemis, —qu'il en auroit bon quartier,’—à ces lâches paroles, Anontaha répondit—‘ J'ai donné ma parole aux François, je mourrai avec eux ; ” Dans ce même temps les Iroquois faisoient tous leurs efforts pour passer par-dessus nos palissades ou bien pour les arracher, mais nous défendions notre terrain si vigoureusement que le fer et le sabre n’y étolent pas épargnés, Daulac dans cette extrémit chargea un gros mousqueton jusqu'à son embou
chure, il lui fit une espèce de petite fusée afin de lui faire faire long feu et d’avoir ce loisir de le jetter sur les Iroquois, où il espéroit que s’éclatant comme une grenade il feroit un grand effet, mais y ayant mis le feu et l'ayant jetté, une branche d’arbre le rabatit qui fit recevoir à nos gens ce que Daulac avoit préparé à nos ennemis, lesquels en auroient été fort endommagés, mais enfin ce coup malheureux ayant tué et estropié plusieurs des notres, il nous afloiblit beaucoup et donna grand empire à nos ennemis, lesquels ensuite firent brèche de toutes parts. Il est vrai que malgré cette désolation chacun défendoit son côté à coups d'épées et de pistolets comme s’il eut eu le cœur d’un lion, mais il falloit périr, le brave Daulac fut enfin tué, et le courage de nos gens demeura toujours dans la même résolution, tous envioient plustôt une aussi belle mort qu’ils ne l’appréhendoiïent, que si on arrachoit un pieu en un endroit, quelqu'un y sautoit tout d’un coup le sabre où la hache à la main, tuant et massacrant ce qui sy rencontroit, jusqu'à ce qu'il y fût tué lui-même, Ensuite nos gens étant quasi tous morts, on renversa la porte et on y entra à la foulle ; alors le reste des notres l’épée dans la main droite et le couteau dans la gauche se mit à frapper de toutes parts avec une telle furie que l'ennemi perdit la pensée de faire des prisonniers, pour la nécessité où il se vit de tuer au plus vite ce petit nombre d'hommes, qui en mourant les menaçoient d'une générale destruction, s'ils ne se hatoient de les assommer, ce qu'ils firent par une grèle de coups de fusils laquelle fit tomber nos gens sur une multitude d’ennemis qu'ils avoient terrassés avant que de mourir : après ces furieuses décharges sur si peu de personnes qui restoient, ces bourreaux voyant tout le monde à bas, en coururent incontinant sur les morts afin de voir s’il n’y avoit point quelques-uns qui ne fussent pas encore pass 's
et qu'on püt guérir afin de les rendre par après capables de leurs tortures ; mais ils eurent beau regarder et tourner ces corps ils n’y en purent jamais trouver qu’un seul qui fût en état d’être traité et deux autres qui étoient sur le point de mourir, qu’ils jettèrent d’abord dans le feu, mais ils étoient si bas qu’ils n’eurent pas la satisfaction de les faire souffrir davantage pour cela ; quant à celui qui se pouvoit rendre capable de souffrances, lorsqu'il fût assez bien pour assouvir leurs cruautés on ne sauroit dire les tourments qu'ils lui firent endurer, et on ne sauroit exprimer non plus la patience admirable qu’il fit voir dans les tourments, ce qui forceroit de rage ces cruels, qui ne pouvoient rien inventer d'assez barbare et inhumain dont ce glorieux mourant n’emportât le triomphe : Quant à Onontaha et nos quatre algonkins ils méritent le même honneur que nos 17 François, d'autant qu’ils combattirent comme eux, ils moururent comme eux et apparemment comme ils étoient Chrétiens ils se disposèrent comme eux saintement à cette action, et allèrent dans le ciel de compagnie avec eux: Ce qu'on peut dire des Iroquois est que dans leur barbarie et cruauté, ils ont eu cela de louable qu'ils firent une partie de la Justice quiétoit due aux traîtres hurons, parcequ'ils ne leur tinrent aucunement parole et qu'ils en firent de furieuses grillades. On a appris toutes ces choses de quelques hurons qui se sauvèreut des mains de l'ennemi : la première nouvelle qu’on en eut fut par un de ces 40 hurons nommé Louis, bon chrétien et peu soldat, qui arriva ici le 3° Juin (1) tout effaré et dit que nos 17 françois étoient morts, mais qu'ils avoient tant tué de gens que les ennemis se servoient de leurs corps pour monter et passer par dessus les palissades du Fort
{1 Voir Appendie> No. VIIT.—(J. V.]
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