‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 8 sur 22 · REZ · texte numérisé non relu

REZ

Missionnaire étoit si aimé de toute cette nation, qu’il en recevoit des avanies publiques et qu’on ne le vouloit pas regarder, ce qui fit même que de la honte qu'il en avoit il quitta, à ce qu'on dit, les cabanes pour n’y revenir de quelques temps : quoiqu'il en soit de cette merveille, je vous en ai rapporté le fondement afin que vous en croyez ce qu'il vous plaira ; je vous dirai qu'on m'a rapporté bien d’autre chose assez extraordinaire à l'égard de la même personne, dont une partie étoit comme les pronostiques de ce qui lui devoit arriver un jour ; et l’autre regardoit l’état des choses présentes et celui dans lequel apparamment toutes les choses seront bientôt. Ce Monsieur a parlé durant sa vie avec assez d'ouverture de tout ceci à une Religieuse et à quelques autres personnes, pour m’autoriser, si j'en voulois dire quelque chose, mais je laisse le tout entre les mains de celui qui est le Maitre des temps et des saisons et qui en réserve la connoiïssance ou bien la donne à qui bon lui semble (1). Finissons ce Chapitre et ce qui regarde la guerre pour cette année, parlons des nouvelles que la France nous y donna, surtout disons un petit mot du Montreal au sujet de M. l'Abbé de Quelus qui y arriva environ le temps de la mort de M. Lemaitre ; aussi bien encore qu'il n’y ait paru cette fois que comme un éclair, il y a trop de chose à en dire pour s’en taire tout à fait je ne veux pas néanmoins pour cela en grossir par trop notre volume parceque cela me donneroit trop de peine et ne laisseroit pas au lecteur la matière d’exercer ses pensées ; ce qui étant je me contenterai de dire que M. l'Abbé de Quelus venant de Rome avoit passé ici à l'Italienne—incognilo, mais qu’on jugea qu’il ne devoit pas ainsi se servir des maximes étrangères, qu'il étoit

(1) V. Appendice No. XIII. (J. V.)

plus convenable à une personne de sa qualité et verta de faire le trajet à la Françoise. C’est pourquoi on l'obligea de repasser la mer cette même année afin de revenir par après au sû de tout le monde et avec plus de splendeur, à la mode de l’ancienne France, comme il a fait depuis (1).

(1) Voir App. No. IX. (J. V.)

HISTOIRE DU MONTREAL

De l'automne 1661 jusqu'à l'automne 1662, au départ des Vaisseaux du Canadas.

Il s’est fait pendant le cours de cette année plusieurs combats ou nous avons perdu beaucoup de monde et qui nous ont été très funestes : le premier, qui fut le 25 octobre, se passa comme je vais dire. M. Vignal, prêtre de cette Communauté, ayant demandé congé à M. de Maison-neufve de mener des hommes à l’Isle-à-la-pierre (4), afin de faire tirer des matériaux pour parachever cette Maison ou sont présentement logés les Ecclésiastiques qui servent cette Isle, il en obtint la permission avec peine, parceque M. de Maison-neufve craignoit qu'il ne trouvasse quelqu'embuscade en ce lieu, à cause qu'il y avoit travaillé le jour précédent, ce qui ne manqua pas d'arriver,sur quoi il est à remarquer que pour éviter d’être ainsi attrapé rarement l’on alloit deux fois de suite en un endroit lorsque les ennemis étoient à craindre : Or pour revenir à feu M. Vignal aussitôt qu'il eut le congé il re songea qu'à sembarquer promptement sansse mettre en peine des Iroquois, même en allant, quelqu'un lui ayant dit qu’il croyoit voir des canots le long de la grande terre et de l’islot, il ne se le put persuader et s’imagina que c’étoit des orignaux ; d’abord qu'ils furent à l’Ilot les voilà à terre ou ils s’en allèrent de chacun son bord comme pour se dégourdir sans prendre des armes ni penser

(1) C'est la dernière ile audessus de celle Ste. Hélène, justement vis-à-vis le Port de Montréal, vers l'extrémité supérieure de laquelle on remarque encore ? arbres, 1845. (I. V.)

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