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172 Annales d2 l'Hôtel-Dieu
sir plutost le navire d’un simple marchand où elles souffrirent beaucoup d'incommodités et mésaises à cause qu'étant arrivées tard toutes les meilleures chambres étois prises, retenues par des personnes qui ne voulurent point les céder, en sorte qu'elles furent contraintes de se mettre dans la chambre où étoit la pompe du navire qui est toujours fort puante à cause des eaux croupies qui en sortent, ce qui exerçait bien nos chères soeurs qui n'avaient que ce lieu pour manger et coucher et qui furent malades presque durant la traversée; elles eurent aussy grande disette d’eau à boire qu’on donnait tous les jours par mesme en petites quantités dont il se fallait contenter. Elles furent trois mois sur la mer dans cette académie de mortification dans la plus grande chaleur de l’été sans pourtant leur donner un moment de repentir d’avoir quitté la France ets’être exposées à tant de peines pour secourir leurs Srs. Jcignez à toutes ces peines celle de n'avoir que très peu de rafraîchissements nécessaires sur la mer, ne croyant pas y estre la moitié du temps qu'elles y furent et ne sachant pas aussy ce qui leur convenait là.
Enfin leur navire arriva à Kébee, capitale du Canada, à la fin de septembre 1669; les Rdes Mères Ursulines firent beaucou:; d’instances à Monseigr. l’évesque pour les avoir chez el‘es pour les rafraîchir dela mer, ce qu'il leur accorda plutost, qu'aux Rdes Mères Hospres à cause qu'elles avois déjà logé «et reç nos 3 premières mères qui ont fondé cette maison dix ans auparavant et contracté avec elles une amitié très solide réciproquement ; elles y furent un mois sans trouver de commodité de monter au Montréal etn'y arrivèrent que le jour et f'este de tous les saints;
il n’est pas en mon pouvoir d'exprimer la joie et consolation que nous ressentimes à l’arrivée de ces chères Srs qui nous donnois des marques d’une amitié si tendre et si solide et qui paraissais d’un si grand contentement de se voir dans une maison si pauvre qu'on n’y avait que le né-
Mémoires de Sœur Morin 173
cessaire pour y vivre et le logement très pauvre et, incommode entout. Tout cela étoit une consolation pour elles et des sujets de se réjouir de se voir, dans ce cher pays, pour lequel elles avais tant soupiré pour s'y unir à leurs soeurs, que l’amour du Seigneur y'avait enfermées, Tous nos amis abondaïent chez nous prenant grande part à notre contentement, quelques-uns apportèrent des fruits du pays, pour nous aider à les regaler, melons, citrouilles et bléd'indes qu'elles mangèrent agréablement sans faire les dégoustées de ces fruits sauvages.
Monsieur Souart notre confesseur jugea à propos que nos chères Srs furent visiter nos principaux amis et voir une petite ménagerie appelée St-Joseph qui commençait de naitre appartenant à notre communauté aux champs à demie lieue de chez nous, ce qu'elles firent le lendemain avec plaisir, en la compagnie de mon dt. sieur Souart et se renfermèrent le soir de ce jour-là pour toujours dans notre pauvre closture faite de pieux piqués en, terre dont la plus grande partie étois à demi tombés par terre.
Le 3e jour après leur arrivée ma Sr de Bresolles, qui cstoit supre, se déposa en présence de la commnauté et ma chère Sr du Ronceray prit son fardeau sur ces épaules, prit aussy le nom des + premières officières et y mit des soeurs soubs elle, pour les exercer ne ponvant ‘estre partout et cela pour faire le noviciat régulièrement à quoy nos anciennes mères se soumirent avec une humilité sans exemple et firent l'anné: du noviciat fort régulièrement, elles avois avec elles deux jeunes professes des voeux simples, mes Srs Morin et Denis, qui firent à leur exemple tout ce que la dte Mère Supre voulut qu'elles fissent pour se rendre ecapabies dela profession des voeux solennels qu'elles désirent avec ardeur.
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