‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 7 sur 59 · DNS ESTORE ES EEE EE EE TES · texte numérisé non relu

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un autel, qu’elle orna des présents qu'on luy fit et du travail de ses mains, qui estoit tout dédié à ce pieux dessein par une permission qu'on accorda à ses instances, elle y réussit si bien que sa chapelle passa pour un bijou en propreté. Oa y voyait sur l'autel trois statues en relief, très bien faites et dorées, la mère de Dieu, qui attirois les coeurs de celles qui rendois visite à cette grande Dame. Cette chapelle a brûlé avec nostre monastère et toutes les images et parements, qu'on a estimés à six cents livres de pertes, ete. Ce qui n’a point refroidi la dévotion de nostre chère sœur envers sa digne bienfaitrice. Car ne se contentant pas de ce qu’elle avoit fait pour la faire honorer, commença tout de nouveau à solliciter messieurs ses parents qui estois des premiers de Ville-Marie à luy donner de quoy bâtir ‘ne autre chapelle dans notre jardin. Ce qui a été exécuté selon son désir mais d’une manière plus advantageuse que ci-devant. Madame sa mère y à beaucoup contribué par ses aumônes et notre communauté en a encore plus fait quoyque pauvre, estant bien aise de donner cette marque de son respect et confiance envers la digne mère de Dieu; qui nous est un pèlerinage journalier de dévotion pour toutes nos Soeurs. On l’a bâtie peu d’années après notre incendie, première que notre monastère fut achevé de rebâtir, etc. (3)

Ma sœur Migeon est morte après une maladie de sept ans, qu’elle a portée d’une manière très édifiante. Huit jours auparavant, M. de La Colombière luy dit de choisir le jour qu'elle voulait mourir; ce qu’elle fit et prit pour cela le jour de la Nativité de la très Sainte Vierge, (k) en présence de plusieurs qui se trouvèrent lors dans l’infirmerie. Ce qui ar

j) N nous paraît que le sens de cette dernière phrase doit être celui-ci: On l’a bâtie (la chapelle) quelques années après notre incendie, soit la première année après la reronstruction de notre hôpital.

k) Le 8 septembre 1698.

20 Annales de l'Hôtei-Dieu riva, comme elle l’avait désiré, sur les neuf heures du matin dans une paix et tranquillité qui ne se peut exprimer par une sy chétive historienne, etc.

Ma Soeur Migeon ferma les portes de notre monastère à son entrée, car, pendant cinq ans, aucune fille ne réussit de toutes celles qui furent admises au noviciat; à la fin desquels ou environ ma Soeur Gaudé({) se présenta qui est sortie d’une famille très honnête, vertueuse et très bien aparentée à des premières familles de la ville, mais d’une petite santé jointe à un très bel extérieur. Elle avoit environ 18 à 20 ans. Le Seigneur l’a douée d’un bon esprit, de grandes dispositions à la vertu, d'uie humeur gaie et complaisante; en sorte qu’on a passé par dessus les obstacles qui se présentè rent à sa réception qui fut faite très volontiers et agréablement. Le plus considérable étoit son peu de santé et en se. cond son petit dot. Notre Seigneur, secondant le désir sincère d’être à lui, a donné à cette chère soeur tant de ferveur à s'acquitter de ses devoirs de religieuse hospitalière, qu’on a lieu de croire, que Dieu la vouloit chez nous, où elle est estimée et chérie très particulièrement, et est presque tou- Jours dans les grandes offices.

Ma Soeur Gaudé eut deux compagnes à son entrée, savoir: mademoiselle LeGardeur,(m) qui estoit d’une famille des plus qualifiées du Canada, bien faite de sa personne, aver une voix charmante et grand désir d’estre religieuse et grandes dispositions à la vertu. Toutes ces belles qualités prévinrent les esprits en sa faveur et on luy donna le voile blane à la fin de son année, dans l’espérance qu’elle auroit plus de santé dans l’advenir qu’elle n’en avoit alcrs; mais

1) Fille de Nicolas Godé et de Marguerite Picard, née à Ville- Marie le 16 avril 1671. Elle fut la 9e supérieure et mourut le 15 janvier 1751, âgée de 80 ans, après 61 ans de profession.

m) Cette demoiselle Le Gardeur ne peut être qu’une fille de J.-B. Le Gardeur de Repentigny ou peut-être de Charles Le Gardeur de Tilly.

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tout le contraire arriva. Ses infirmités augmentant, Îla contraignirent de sortir de notre monastère après avoir porté le voile 14 inois.

L'autre est mademoiselle Basset,(n) fille du premier notaire royal de cette ville et greffier, qui avoit 24 ou 25 ans, et qui a postulé dix ans dans le désir d’estre religieuse, Au bout de ce temps, elle trouva un ami qui luy donna son dot et fut recue. Elle fit un grand sacrifice de quitter sa famille qu’elle aimait extraordinairement et de qui elle est aussy très chérie. Elles estois trois soeurs qui n'’étois qu'’u1 esprit et qu’un cœur; fort retirées du monde, gardant une solitude toute religieuse. Leurs plus grandes sorties sont à l’église; elle avoit encore trois frères de même humeur et inclination que ses sœurs pour la vertu et la solitude; en sorte que cette famille est un petit couvent en piété, ce qu’ils soutiennent depuis plus de 15 ans, depuis la mort de leurs père et mère, (v) avec bien de l'édification Elle fit profession et vit encore aujourd’huy (p}) et est compagne de l’hospitalière,

I1 me reste encore à vous dire un mot de ma sœur Catherine Archambault(q) et de ma Soeur Genevièves Renaud, sœurs domestiques ,qui sont fort estimées et chéries de notré maison pour leurs vertus et bonnes qualités.

La première est sœur de ma sœur Archambault, dont j'ay déjà parlé et promis d’en parler encore. Celle-ci n’a vait que 14 ans quand elle entra dans notre monastère, bien

n) Angélique, fille de Benigne Basset et de Jeanne Vauvilliers. Elle mourut à 63 ans, le 23 février 1722. Ses frères Gabriel: et Benoit furent les donateurs de la terre de “La Providence” sur laquelle est bâti l’hôpital de l’Hôtel-Dieu.

o) Benigne Basset est mort le 5 août 1699 et sa femme le 39, juillet de la même année.

p) L'auteur écrit toujours ce mot: aujourd’hy.

a) Fille de Laurent Archambault et de Catherine Marchand, née en 1664. Elle était la soeur aînée de Geneviève Archambault, qui fut aussi hospitalière. Elle mourut à 74 ans, le 27 janvier 1738.

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faite de sa personne et l'esprit bon; quand elle y fut demeurée 3 ans on l’obligea d’en sortir, et à cause de son peu d'âge, car son procédé ne donna jamais lieu de douter de sa vocation; mais monsieur Souart, notre confesseur, le jugea ainsy à propos. Ma sœur Catherine se soumit donc et retourna chez son père, où elle demeura quelques mois, et fit tant d’instances pour revenir, que ses parents qui estois très honnestes et gens de bien, furent obligés de luy accorder. Quoiqu'elle fut fort chérie d’eux, ils la ramenèrent donc, mais en pleurant. Elle, bien contente de se voir dans le lieu qu'elle avoit choisy pour être tout à Dieu, reprit sa ferveur et entreprit la vertu de tout son cœur, Celles où elle a plus excellé est l'humilité, faisant le bien sans éclat aimant d’être cachée, la mortification en tout, amie de la pénitence et du travail, qu’elle embrasse toujours sans s’épargner en rien, aussy a-t-elle pour partage toutes les plus grosses peines de la maison, et ne sait guère d’autre chemin que celuy qui conduit de la cuisine au puy, et de la boulangerie au four et aux lessives. Son divertissement et récréation est de travailler au jardin, à tailler les fruitiers, greffer et écussonner, dirigeant notre jardinier en tout cela avec bon succès. Une de ses plus fortes inclinations est de prendre le pire pour elle en toutes choses et faire creire que c’est pour sa commodité qu’elle le fait.

J’ay oui dire à notre directeur que cette fille portoit des états intérieurs des plus pénibles et affligeants, ete, bien éloignée de la voie de sa soeur qui n’estoit que sucre et miel.

Ma soeur Geneviève Renaud (r) est une fille qui a paru prévenue de la grâce dès son enfance, aimant la vertu dès son bas âge et fuyant avec grand soin l’apparance du mal

r) La Sœur Renaud mourut le 19 janvier 1735 à l’âge de 65 ans, après 46 ans de profession. Doit être fille de Antoine Renaud dit Tambour et de Geneviève Plemarest, baptisée à Montréal le 18 janvier 1668. Dans ce cas elle aurait eu 61 ans à son décès.

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seulement, Elle demeura orpheline fort jeune et prit la très Sainte Vierge pour sa mère et en a reçu de grands secours. Sa sagesse et modestie estois rares. Quelques-uns l’appelois par dérision la précieuse ridicule à cause qu’elle ne levait pas les yeux et ne parlait jamais aux hommes que quand la nécessité en étoit grande et en très peu de mots.

N. Seignçur Iluy donna désir d'’estre religieuse. Mais n'ayant aucun bien temporel et ohligée de servir pour gagner sa vie, la dame qu'elle servoit, voyant sa dévotion et autres vertus, luy dit un jour que si elle vouloit demeurer avec elle tant qu'elle vivroit, qu'elle luy laisseroit de quoy pour se retirer dans un couvent; ce qu'elle accepta avec joie et consolation, s’efforcant à la contenter en tout. Cette dame mourut peu d'années après; ce qui donna pleine liberté à Geneviève Renaud d'accomplir son désir et se donncr à Dieu, En effet elle entra chez nous sans différer beaucoup, commenea son noviciat âgée de 20 ans, en grande ferveur, persévérant généreusement dans son entreprise; fit profes. sion, et le fils de la dame luy donna son dot comme sa mère l’avait ordonné,

Elle n'’étoit pas d’une forte complexion naturelle; cependant elle travaillait avec tant de ferveur, qu’elle a esté très utile à la communauté par son grand soin, vigilance et propreté qui n’étoit pas communes. Son employ plus ordinaire étoit sœur des salles, qu'elle faisait très religieusement, estant fort désirée des malades; et le soin de la bassecour, qui abondait en volailles entre ces mains par ses soins et diligence qui n’étoit pas petite et son amour pour la régularité, etc.

Description de l'Ile de Montréal, Ville-Marie, et par quel moyen les Filles de St-Joseph y sont venues fonder.

L'île de Montréal est vers le milieu du Canada du côté du sud an regard de Québec qui est plus enfoncé du côté du nord. Elle à de tour à ce qu’on tient 30 lieues; au milieu d’icelle est la montagne si renommée ou Mont-Royal, qui a donné le nom à toute l’île; mais qu’on appelle vulgairement Ville-Marie, aujourd’huy dans le Canada, à cause que Mons. de La Dauversière, à qui elle appartenait, luy donna ce beau nom. Lequel ayant ensuite fait présent de la dite île à Messieurs les Prêtres de St-Sulpice du Séminaire de Paris, qui en sont les seigneurs à présent, et qui font profession d’un respect et amour tout particuliers pour la très Ste Vierge, et de zèle pour la faire honorer, ont parfaitement goûté ce beau titre et contribué à l’établir, etc.

Ville-Marie est estimée des sages, le poste le plus advantageux de la Nouvelle-France, du moins pour ce qu’il y a d’habitué(s) pour 2 raisons. La première à cause du commerce, ce lieu estant l’abord de toutes les nations sauvages qui y arrivent de toutes parts pour apporter quantité de castors et autres pelleteries qu'ils ont en leur pays, que les marmarchands français estiment beaucoup, et dont ils font grand trafie dans l’ancienne France et autres royaumes en temps

s) D’après un document des archives judiciaires de Montréal, en date du 5 août 1678, la traite avec les sauvages se faisait dans la commune à l’ouest de la pointe Callières, où les habitants qui en avaient le permis dressaient des boutiques volantes pour y déposer les effets qu'ils voulaient échanger. |

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de paix. Il y a une place grande et spacieuse dans la ville où les marchands dressent des boutiques plusieurs fois l’année pour traiter avec les sauvages qui sont quelques fois 4 et 5 cens à la fois, ce qui est si récréatif à voir que grand nombre de personnes viennent de 60 lieux loin pour voir ces sortes de foires. La segonde raison est la bonté des terres, qui sont fertiles, qui paient le laboureur de la peine qu’il prend à les cultiver, au moins une grande partie, qui est chargée d'habitants, de plus, la chasse et la pêche y ont abondé, ce qui estoit d’un grand secours pour y vivre grassement, mais à mesure que le nombre des habitans s’est augmenté, ces sortes de biens ont diminué, ou plutôt parce que le péché a cru en nombre, Dieu a retiré ces graces temporelles et oblige les peuples à gagner leur vie par de plus grands travaux, etc. Si la Ville-Marie a ces advantages au-dessus de plusieurs autres villes et seigneuries, elle a aussy un mal notable, qui est d’estre la plus exposée aux coups de nos ennemis les Yrocois et Anglois, nos ennemis qui n'étant pas loin de nous font la guerre plus commodément, ce qui est fort onéreux à ses habitans et a esté cause que grand nombre ont esté massacrés par les Sauvages et menés captifs dank leur pays, qu'ils ont bruslés très cruellement tout vifs, de plus les terres de Ville-Marie ne sont encore habitées que sur une face le long du fleuve St Laurent pour la commodité de la navigation des barques, chaloupes, et canots, les navires ne pouvant pas approcher plus près de 60 lieux faute d’eau, la rivière n’étant pas assé profonde, il y a à présent une manière de ville enclosse, de pieux de cèdre de 5 à 6 pieds de haut plantés en terre du bas en haut sont attachés les uns avec les autres avec de gros clous et chevilles de bois et cela depuis dix ans. Voilà les murailles du Canada pour enfermer les villes; il y a plusieurs grandes portes pour entrer et sortir qui sont fermées tous les soirs par des officiers de guerre que le Roy de France y entretient pour nous défandre sy nos ennemis nous voulois inquiéter ; ils ouvrent les deux portes le matin à des

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heures réglées, etc.

Le Montréal est bien différend aujourd’huy de ce qu'il étoit quand nos premières mères y arrivèrent pour y fonder en 1699, il n’y avoit pas 20 maisons(f) où la vie put estre ex assurance de la violence des ennemis et aujourd’huy il y en a plus de deux cens de bonnes, faites de murailles, qui sont enfermées dans la ville susdite que notre bon Roy a fait bâtir de ses deniers; il y a encore un plus grand nombre de maïisons bâties dehors la ville pour la commodité des habitans qui défrichent les terres et qui demeurent dessus, qui y ont encore granges et estables pour loger leur bled et bestiaux chaeun sur soy, ete.

I y a aussy +(u) communautés establies, savoir le séminaire de Messieurs les Seigneurs, les Révérends pères Jésuites et Recollets, notre couvent et hospital et une maison de filles séculières(v) qui vivent en communauté, qui instruisent les enfants de leur sexe, etc., toutes bien bâties; et une sixième («) qui surpasse déjà toutes les autres en grandeur de logement, et si on ne sait point le dessein de Monsieur Charron qui en est le fondateur, qui doibt estre grand puis qui fait de sy grandes dépenses; on juge par la disposition des corps de logis, que c’est un hospital général et manufacture; cette entreprise ne peut estre que très utile et honorable à la colcnie; ils sont environ à cent pas de la ville sur le bord d’une petite rivière qui leur donne bien des commodités.

t)\ D'après le gouverneur d’Argenson, il y avait à Montréal, au printemps de 1659 environ 40 maisons, 50 chefs de familles et 160 âmes en tout. (Faillon II, 460).

u) Il aurait fallu écrire 5.

v) Les Religieuses de la Congrégation de Notre-Damek, étatlies par Marguerite Bourgeoys.

w) L'hôpital général des Frères hospitaliers de Saint-Joseph fondé en 1692 et dirigé par Francois Charron de la Barre, de cette époque à 1719, est devenu plus tard, sous la direction de la Mère d’Youville, l'Hôpital général des Sœurs Grises,

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