CHAPITRE PREMIER
Ce qui & donné commencement à l'institut des Religieusts hospitalières de St-Josepl.
Je reprends done mon premier dessein de vous fair? connaitre, mes chères Soeurs, la naissance des Filles de St-Joseph en vue de l'établissement de Montréal et de qui le Seigneur s’est servy pour commencer [l’an 1640] cet ouvrage tout nouveau en l’église de Dieu. Les anciennes religieuses de ce monastère savent que c’est Monsr Hierosme de La Dauversière, (x) grand serviteur de Dieu, dont la mémoire est en vénération dans tous les couvents des religieuses hospitalières de St-Joseph qui connut par des lumières surna: turelles et toutes extraordinaires que sa majesté vouloit estre servie dans l'isle de Montréal, qui pour lors étoit habitée par plusieurs nations sauvages et barbares sans qu'il y eut un seul François par une colonie de François, que la très Ste Vierge y seroit beaucoup honorée et que ce lieu avee le temps s’appelleroit Ville-Marie, qu'il yauroit un hospital pour les malades, tant Francois que Sauvages, qui seroit desservy par les Filles de St Joseph qui n'étaient encore que les desseins de Dieu, ete.
Monsieur de la Dauversière prit un temps considérable pour prier Dieu sur un dessein sy nouveau et difficile dans son exécution. Il consulta plusieurs savans serviteurs de Sa
x) Jérôme Le Royer de La Dauversière, conseiller du roi et receveur des tailles, né le 2 mai 1597 et mort à 63 ans le 6 novembre 1659.
28 Annales de l'Hôtel-Dieu
Majesté, expérimentés en la conduite des âmes, du Collège de La Flèche, qui l’encouragèrent tous à entreprendre cette grande oeuvre et à se confier en luy, ce qui luy fit entreprendre un voyage en Provence pour aller trouver Monsr de Montréal [c’est Monsieur Lauzon](y) et acheter de luy la dite isle de Montréal sur laquelle le ciel avoit un dessein particulier pour servir sa gloire, lequel luy en fit bonne composition, et l’acheteur la paya comptant de ses deniers.
y) Jean de Lauzon, membre de la Compagnie des Cent Associés, et gouverneur de la Nouvelle-France de 1651 à 1656. L'acte de cession fut passé le 7 août 1640, mais, comme il fut reconnu nul, M. de la Dauversière et le baron de Fancamp durent négocier de nouveau le 17 décembre 1640 avec la Compagnie de la Nouvelle-France,
Pt