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les ne peuvent vivre au Canada, et que toutes celles qui y ont été apportées ont péri durant l'hiver.”
On se plaignait déjà beaucoup de la diminution du gibier à plumes. Les anciens se rappelaient, en soupirant, le temps où les baies, les rivières et les étangs étaient fréquentées par d'innombrables bandes d'oiseaux aquatiques, tels que les outardes et les canards (1). Un bon vieillard de 90 ans se vantait d’avoir tué, dans sa jeunesse, ving-trois anas d’un seul coup de fusil. Les grues (2), autrefois si communes, étaient devenues rares (3). On pouvait en dire presque autant du dindon sauvage et de la perdrix. |
Il n'y avait pas de lois pour régler la chasse et protéger le gibier à certaines saisons de l’année, et y en eût-il eu, “ que l'esprit de liberté qui domine dans le pays n'aurait pas souffert leur mise à exécution.”
Au contraire, les oiseaux dont- la chair ne se mange pas augmentaient en nombre, entre autres une espèce de geais appelés Shining Blackbirds par les Anglais et voleurs de maïs par les Suédois.
La diminution du poisson était une cause de regrets plus amers encore pour les anciens, lorsque, se reportant aux jours de leur jeunesse, ils se rappelaient ces merveilleux coups de filets dont un seul suffisait pour
(1) Anas boschas (Falmipèdes). M.
2) Grus Canadensis (Grallatores-Echassiers). M.
(3) Le capitaine Amadas, le premier anglais qui ait jamais mis le pied sur le sol de l'Amérique du Nord, rapporte qu'il fit lever en débarquant d'immenses volées de grues, la plupart blanches; elles s'enfuirent à tire-d’aile, en poussant une clameur formidable qui, répétée par les échos d'alentour, lui getentit aux oreilles comme le cri de guerre de toute une armée. F.
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la charge d'un cheval. Les temps étaient bien changés, dès 1748 ; “en vain,” pouvait-on dire déjà :
‘“ Le pêcheur patient prend son poste sans bruit, “ Tient la ligne tremblante et sur l'onde la suit,
“il ne prend rien que de l’ennui.”
Franklin rapporta à Kalm une curieuse expérience que son père avait faite. Il s'était établi dans la Nouvelle-Angleterre, sur une terre située entre deux rivières qui se déchargent dans la mer,et dont l'une fourmillait de harengs (1), tandis que dans l’autre il n’y en avait pas un seul. En ayant pris quelques-uns au temps du frai, dans la première rivière, il leur enleva leurs œufs qu'il alla déposer, en passant par terre, dans l’autre rivière. L'expérience futeuivie d’un plein succès, “ Cela donne à penser,” dit Kalm, “que le poisson aime toujours à frayer au lieu même où il est écles, et d'où il est parti pour sa première migration en mer.”
11 NOVEMBRE.—On retire de terre assez souvent en Irlande des bois de cerfs très hauts et extrêmement branchus, et, cependant, les annales de ce pays ne font mention d'aucun fauve de cette espèce dont la taille corresponde avec des cornes aussi gigantesques.
Quelques-uns ont voulu voir dans ces ramures colossales des dépouilles du fameux alcée d'Amérique (moosedeer) (2), qui, comme celui de la Forêt-Noire, échappa à toute classification scientifique exacte. Sa présence en Irlande à des âges reculés s'expliquerait en supposant que cette île était unie autrefois à notre continent, ou qu'une suite d’autres îles plus petites, perdues maintenant, for-
(1) Clupea Harengus (Malacopterygiens).
(?) Cervus Alces (Ruminantia).
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maient une chaîne entre l'Europe et le Nouveau-Monde. Kalm, après avoir interrogé Bartram, Franklin et des voyageurs français du Canada, s’est convaincu que l'élan à taille gigantesque n'existe pas en Amérique. Le célèbre inventeur des paratonnerres lui rapporta cependant avoir vu à Boston, étant petit garçon, deux animaux de cette espèce qu’on destinait comme cadeau à la reine Anne, mais leur taille ne dépassait pas celle d’un cheval de forte encolure. Ilest certain qu'il y a des élans— comme l'orignal du Canada, par exemple, dont les proportions sont hors du commun (1). C’est probablement un de ces animaux que Dudley a décrit sous le nom de moose-deer. Forster, le traducteur anglais du voyage de Kalm, corrobore l'opinion de ce dernier, et fait remarquer que les Algonquins donnent à l'élan le nom de Musu, d'où vient probablement le mot anglais de moosedeer;(2).
Franklin fit don au naturaliste suédois d’un morceau d’une certaine substance minérale qui, à cause de son inaltérabilité, est employée pour les fourneaux de forges. C’est un mélange de pierre ollaire, d’ophite et d’asbeste,
Avec une autre sorte de pierre appelée pierre à savon, et que Kalm décrit comme suit dans le language scientifique du temps, sazum talcosum parliculis spataceis granatisque immixlis ou tale mélangé de particules de spath et de grenat, on faisait des âtres de foyers, des chaperons et des revêtements de murs.
(1) “ Selon les sauvages, les orignaux ont un roi surnommé le Grand
Orginal, Ses sujets lui rendent toutes sortes de devoirs.” —Chateaubriand, M.
(2) La paléontologie nous enseigne aujourd’hui que les bois de cerfs trouvés dans les tourbières d'Irlande sont des débris fossiles, et qu'ils ont appartenu à des individus antédiluviens, M.
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Les colonies anglaises importaient le sel des Indes Occidentales. On avait découvert du minerai de plomb, mais en trop petite quantité pour qu’on pût l’exploiter. On avait aussi trouvé un aimant de bonne qualité, el Kalm s'en procura plusieurs échantillons. Il s’extasie sur la richesse des mines de fer de la Pensylvanie.
L'amiante, substance minérale filamenteuse, que l’on nomme aussi asbeste, et dont on fait de la toile et du papier incombustibles et aussi des bourses, témoin celle que Franklin apporta avec lui en Angleterre et qu'il donna à Sir Hans Sloane (1), était très abondante dans cette même province. Le célèbre physicien raconta à Kalm une mystification dont un de ses compagnons imprimeurs fut la victime. Il le chargea un jour d'aller porter au moulin à papier un morceau d'amiante avce ordre de le lui rapporter converti en feuille, L'ouvrier ayant rempli sa commission, Franklin prit le papier, en fit un rouleau et le jeta dans le feu en disant au typographe qu'il allait être témoin d’un miracle. Grande fut en effet la stupéfaction du pauvre diable quand il vit que le papier ne s’enflammait pas. Franklin lui expliqua alors en quelques mots les qualités particulières de cette composition, puis il sortit. A peine fut il seul, que notre imprimeur, tout fier de sa science nouvellement acquise, se promit bien d’en faire montre à la première occasion. Sur ces entrefaites, entrent plusieurs personnes qui étaient dans le secret. Notre homme n'eut rien de plus pressé que de dire aux nouveaux venus : ‘“ Voyez-vous cette feuille de papier, que j'ai faite moi-même, eh! bien, je parie que je la jette au feu et qu’elle ne brûlera pas.” Sa gageure fut acceptée ;
(1) Médecin et botaniste irlandais, M
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mais pendant qu'il était occupé à activer le brasier, ies mauvais plaisants enduisirent le papier de graisse, qui s’enflamma au premier contact du rouleau avec le feu. Notre savantasse, pensant que la feuille était détruite, ne revint de son ébahissement que lorsque ses compagnons lui eurent découvert entre deux éclats de rires l'artifice dont ils avaient usé.
Le merveilleux instinct de la fourmi (1), qui fait encore aujourd'hui le sujet des études incessantes des naturalistes, ne pouvait être ignoré d’un observateur aussi patient que Franklin. Kalm rapporte une expérience du savant américain, qui est de nature à confirmer l'opinion de ceux qui prétendent que ces insectes ont la faculté de se communiquer mutuellement leurs pensées et leurs désirs. Mais n'oublions pas que nous faisons une simple analyse et non une traduction et passons outre.
13 NOVEMBRE.—Tous les arbres à feuilles décidues avaient perdu leur verdure.
14 NOVEMBRE —L'écureuil gris (2) est très commun en Pensylvanie. À la différence de celui de Suède, la couleur de son pelage ne change pas en hiver. Il fait son lit dans des creux d’arbres avec de la mousse, de la paille et d’autres matières soyeuses. Sa nourriture se compose d'amandes, de noisettes, de : incapins ou faines, de glands et surtout de grains de maïs, dont il est très friand. Ce gentil petit animal a la prévoyance de la fourmi. Durant la belle saison, il amasse des provisions, qu'il dépose dans des cachettes souterraines; il en remplit son nid afin de n'avoir pas à
(1) Formica rufa (Hymenoptera).
(2) Sciurus Carolinensis (Rodentia).
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sortir de son gîte en quête d'aliments pendant les gros froids de l'hiver. La température s'adoucit-elle au lendemain d’une forte gelée et à la veille d’une autre, on voit les écureuils descendre de leurs demeures aériennes et courir Les bois à la recherche de leurs si/os pour en rapporter des vivres dans leurs nids. Mais il leur arrive souvent de trouver les magasins effondrés et vides de provisions. Les auteurs de ces dégats sont les cochons. plus souvent encore ce sont les Indions et même des
blancs qui font des. perquisitions actives dans les forêts,
afin de découvrir les cachettes des pauvres sciuriens et de voler leur trésor, toujours composé d'amandes de choix, parvenues à pleine maturité, et que les vers n’ont pas attaquées. Le loir, Mus cricetus, Linn. (1), apporte le même soin dans ie choix des noix et des glands dont il fait aussi provision.
L'écureuil s’apprivoise facilement. 11 Mange assis sur son train de derrière, à l'ombre de sa queue relevée en panache au-dessus de sa tête, et tient entre ses pieds de devant le gland qu'il grignote. L’habitude de claquer des dents quand il voit venir quelqu'un dans la forêt, lui attire plus d’un coup de fusil qui ne lui était pas destiné. Le bruit qu'il fait ainsi donne l'éveil au gibier qui s'envole, et le chasseur désappointé passe sa mauvaise humeur sur la sentinelle avancée qui souvent ne s’en porte pas plus mal pour cela, car l’écureuil n’est pas facile à tirer. Dès qu’on donne après lui, il grimpe sur un grand arbre et s'y tient toujours du côté opposé au chasseur, tournant autour du tronc chaque fois que son ennemi tourne autour de l'arbre. Il continue cette manœuvre jusqu’à ce qu'il ait la chance de trouver une enfourchure formée de trois branches ou
(!) Myoaxus Ave'lanarius vulg croque no'x, (Rodentia). M.
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