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paire de lunettes. Kalm, qui était peut-être myope, n’a pas l’air de considérer que le sachem ait fait un mauvais marché. Ilse contente de remarquer que cet Indien savait ce que vaut une paire de lunettes: “car il n’y a pas de doute que si les verres étaient bien rares, et que si un petit nombre de privilégiés seuls pouvaient s’en procurer, ils se vendraient le prix des diamants, ”
Il y avait deux classes de serviteurs dans les colonies anglaises, les domestiques et les esclaves, et la première classe se divisait en deux catégories :
10. Ceux qui, de condition libre, se louaient à l’année au prix variant de huit à vingt louis, nourriture à part.
20. Les pauvres immigrants qui, n'ayant pas eu les moyens de payer leur passage, étaient convenus avec le capitaine du vaisseau sur lequel ils avaient fait la traversée, de se laisser vendre, pour quelques années, à leur arrivée en Amérique, Cette catégorie de domestiques, qu'on appelait les engagés, comprenait des individus de tout âge et de tout sexe, et beaucoup de malheureux qui fuyaient l'oppression et la persécution religieuse.
Le; esclaves étaient tous de race nègre, Le maître n'avait pas droit de vie et de mort sur eux. La loi condamnait même à la peine capitale celui qui tuait son esclave. Mais on n'avait pas connaissance qu’un blanc eût jamais été exécuté pour le meurtre d’un noir. Un nègre, homme fait, coutait de quarante à cent louis; un négrillon environ quatorze iouis; une négrillonne huit louis. Les Quakers s'étaient d'abord fait un scrupule de posséder des esclaves, mais chez la plupart, l'intérêt avait eu bientôt raison de cette délicatesse de conscience.
Le maître qui avait des esclaves des deux sexes les obligeait de se marier entre eux, parce que tous les
enfants qui naissaient de ces unions lui appartenaient. Mais celui qui, ne possédant qu'un nègre mâle, lui per-
Dos mettait de prendre femme dans la maison d'un proprié- | taire voisin, n'avait pas part avec ce dernier dans les 16 fruits de ce mariage. C'était, par conséquent, un grand p'! avantage que d’avoir une négresse pour esclave.
Les mariages entre blancs et noirs étaient défendus sous peine de mort.
è “Il est vraiment pénible,” dit Kalm, “ de voir comme les maîtres sont peu soucieux du bien être spirituel de | % leurs esclaves dans la plupart des colonies anglaises.” On craignait d'en faire des chrétiens, de peur qu'ils ne { vinssent à s’enorgueiliir en apprenant que tous les hommes sont frères.
Les noirs connaissaient une sorte de poison lent avec lequel ils exerçaient leurs vengeances ; inais rarement + ils en usaient contre leurs maîtres. On n’a jamais pu découvrir en quoi consiste ce poison. C'est cependant une substance très commune et qui se trouve partout : 140 car le nègre se procure le poison facilement, dans n’im-
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Î À porte quelle partie du monde, qu'il habite. Il est certain Qu à que ce n’est pas une plante. Un esclave de la campa- 1 f a È | gre, que son maitre avait pris ex affection, et qui, à mA NU‘ cause de cela, était l'objet de l4 haine de ses frères, se Si trouvant à Philadelphie un jour de foire, fut emmené 38 f #4 par d’autres nègres à une partie de nlaïsir. On buvait ne ve à la ronde dans un pot qui passait de main en main. L RER: Le campagnard se tenait sur ses gerdes. Il refusa la Bu k. FA première fois; à la seconde tournée, cependant, il céda fire pes aux instances de ses hôtes et porta le pot à ses lèvres. pe Ho Mais à peine eut-il avalé quelques gorgées du liquide qu Moine Re fils
qu’il s'écria : “ Quelle est cette bière-là ? elle est pleine
de...” désignant la substance par son nom, que Lol
Kalm a remplacé par des points, pensant qu'il valait mieux le taire dans l'intérêt de la société, vu que c’est le nom d’un ingrédient extrèmement commun. Aux reproches du pauvre diable, qui les accusait de l'avoir empoisonné, ses compagnons, hommes et femmes, répondirent par des éclats de rire et des chansons suivies de danses (probablement la danse du vaudoux). A la fin, il parvint à s'échapper des mains de ses bourreaux ; de retour chez son maître, il ne tarda pas à tomber dans une maladie de langueur dont aucun remède ne put le guérir.
Le 7 Décembre, Kalm retourna à Raccoon, où il con-
tinua son étude des mœurs des habitants de la campagne.
Aussitôt qu'un jeune homme avait atteint l’âge de se marier, il s’achetait un lopin de terre et entrait en ménage sans craindre la pauvreté. Les taxes étaient fort
peu élevées. Chaque paysan jouissait de la plus entière liberté, et pouvait se considérer comme un prince dans ses possessions. Le peuple Ctait heureux et les mariages féconds.
En 1732, une veuve du nom de Sarah Tuthil mourut à Ipswich dans la Nouvelle-Angleterre, à l’âge de 86 ans. Elle avait eu seize enfants, dont sept lui donnèrent de son vivant cent soixante dix-sept petits-enfants et arrière petits-enfants.
En 1739, les enfants et les petits-enfants de Richard Buttington, de la paroisse de Chester, en Pensylvanie, firent une réunion de famille comprenant cent quinze personnes, dans la maison de leur aïeul, alors âgé de quatre-vingt-cinq ans, et encore frais et vigoureax. Son fils aîné, âgé de soixante ans, fut le premier Anglais qui naquit en Pensylvanie
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En 1742, mourut à Trenton, dans le New-Jersey, une dame Sarah Furman, âgée de quatre-vingt-dix-sept ans, laissant cinq enfants, soixante-et-un petits-enfants, cent quatre-vingt-deux arrière-petits-enfants, et douze enfants issus d'arrière petits-enfants, tous vivants à l'heure de son décès,
En 1739, mourut à South Kingston une dame Maria Hazard dans sa centième année. Elle a pu compter de son vivant cinq cents enfants, petits-enfants, arrièrepetits-enfants et enfants issus de ces derniers. A sa mort, deux cent cinq de ses descendants vivaient encore et une de ses petites-filles était grand'mère depuis près de quinze ans.
Comme on le voit, le souhait que la liturgie met dans la bouche du ministre du culte à l'adresse des nouveaux mariés, “Que le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob soit avec vous, et qu'il répande en vous sa bénédiction, afin que vous voyiez les enfants de vos enfants jusqu’à ia troisième et la quatrième génération,” s'accomplissait à la lettre dans ces temps de vie patriarcale.
Des études de mœurs, le savant naturaliste passe à celle des insectes sans aucune transition, suivant sa coutume.
Les sauterelles (Locustes) (1) faisaient irruption tous les dix-sept ans. Elles sortaient de terre au milieu de Mai et endommageaient les arbres en dévorant l'épiderme des jeunes branches avec leurs fortes mandibules dentées, et non, comme ie prétend Kalm, en le piquant avec un aiguillon 2bdominal dont il les gratifie à tort. Cependant, la femelle est munie, à son extrémité posté-
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(1) Gryllus migralorius (orthoptera). M.
rieure, d'une sorte de tarière qu’elle peut tirer ou retirer à volonté, et avec laquelle elle perce la terre à la fin de l'automne pour y déposer ses œufs, après quoi elle meurt.
La larve de la phalène (genre d'insectes lepidoptères de la famille des nocturnes) faisait de grands ravages dans les forêts en dévorant les feuilles des arbres,
Kalm mentionne ensuite ne espèce de ver, grassworm, qui causait beaucoup de dommages. C'était peutêtre la larve du hanneton, Melolontha vulgaris (Coléoptères), vrai fléau des jardins, des vergers et des champs, ou celle de la piéride des choux, Pieris Brassicae (Lepidoptères).
Heureusement, ces trois espèces d'insectes nuisibles ne paraissaient pas en même temps ; les sauterelles venaient la première année, les chenilles la seconde et les vers ou larves, la troisième.
Les mites, linen veslianella (1), étaient aussi très abondantes et très redoutées des fourreurs, des chapeliers, ainsi que des ménagères.
Parlant des puces, pulex irrilans (2), Kalm dit qu'il n'y a pas de doute qu’un grand nombre de ces parasites ont été apportés sur le continent par les immigrants. Mais il prétend qu'il faut les ranger au nombre des insectes indigènes, parce qu'il en a trouvé sur la peau d'écureuils gris et de lièvres tués dans des déserts où aucune créature humaine n'avait jamais vécu. “ Combien de fois,” dit-il, ‘obligé de demander l'hospitalité à des Indiens durant mes voyages, et de coucher sous leurs huttes, m'est-il arrivé d’être tourmenté par ces insectes, au point de rêver que j'étais entre les mains du bourreau, subissant la torture ? ”
(1) Lepidoptera. M.
(2) Aphaniptera. M,