JANVIER
Kalm, parlant des lièvres de la Pensylvanie et du New Jersey (1), dit qu'ils sont plus petits que ceux de la Suède, leur grosseur ne dépassant guère celle du lapin ; qu'ils conservent leur couleur grise l'hiver comme l'été, que l'extrémité de leurs oreilles est toujours de cette même couleur, ainsi que la partie antérieure de leur queue, et que leur peau n’est bonne à aucun usage. Ces animaux ne s’apprivoisent pas.
“ Cette description,” remarque Forster, “ démontre que ces lièvres n’appartien”ent pas à la même espèce que nos lièvres gris-cendré. Ils diffèrent aussi de ceux, du Nord de l’Europe et de l'Asie, dont le pelage gris en été devient blanc l'hiver, et qui ont le bout des oreilles noir. Après un examen plus minutieux, les naturalistes trouveront peut-être à ces rongeurs d'Amérique d’autres caractères particuliers, qui leur permettront d’en déterminer l'espèce avec plus d’exactitude.”
Oldmixon, dans son livre British Empire in America, vol. 1, p. 144, prétend que l'Amérique du Nord n'avait ni rats (2) ni souris (3) avant l’arrivée des premiers vaisseaux européens. Kalm ne concourt pas dans cette opinion et Bartram était de son avis. Ce dernier maintenait que les rats devaient exister dans le pays longtemps avant cette époque, parce qu’il en avait vu beaucoup dans les Montagnes Bleues vivant dans les crevasses des rochers. C’est un signe certain de froid quand les rats deviennent pius agités et plus bruyants qu’à l'ordinaire.
Le 21 Janvier, le thermomètre de Celsius marqua 22 degrés au-dessous du point de congélation, et l'air glacé de sa chambre sans foyer ni cheminée, percée de fené-
{t) Lepus americanus (Rodentia). M.
(2) Mus (Rodentia), M.
(3) Mus musculus (Rodentia). M.
tres sans doubles-châssis ni même de volets, incommoda tellement Kalm, qu'il en prit la nostalgie, et qu’il se mit à regretter malgré lui la chaude et comfortable maison qu'il avait laissée par amour pour la science ; même, son encre gela, et pour écrire, il fut obligé de tenir son encrier dans sa poche, l’en retirant pour y tremper sa plume chaque fois qu’il en avait besoin. Il se consala par la pensée que ce grand froid n'aurait que peu de durée. Mais il ne pouvait s'empêcher de trouver qu'il y avait de la cruauté à laisser les animaux en plein air dans les champs par un temps pareil, alors que le sol était couvert de six pouces de neige. Les colons suédois et anglais n'avaient pas d’étables pour leurs bestiaux, ni d’écuries pour leurs chevaux, ni de bergeries pour leurs moutons, ni de soues pour leurs cochons, ni même de poulaillers pour leurs volailles. Les cultivateurs allemands et hoilandais, au contraire, tenaient leurs animaux renfermés pendant la saison rigoureuse.
Kalm signale l’arrivée des oiseaux de neige près des habitations. Catesby, dans son Histoire Naturelle de la Caroline, leur donne le nom de Passer nivalis, et Linné celui d'Emberiza hiemalis (1). Il dit que les perdrix. quoiqu’elles ressemblent par leur forme et leurs habitudes à celles d'Europe, appartiennent à une espèce différente ; elles sont plus petites et leur couleur n’est pas la même ; leurs pattes sont nues; elies ont le dos moucheté de brun, de noir et de blanc, la poitrine jaune foncé, le ventre blanchâtre et les plumes bordées de noir à leurs extrémités. Elles ont la taille du coq de Bruyère à fraise, tetrao bonasia. Elles se nourrissent de toutes sortes de baies et de graines, et aussi des fruits du vinaigrier,
(1) Snow-Bunting, Plectrophanes nivalis, Audubon (Passereaux conirostres). M.
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