‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 2 sur 52 · LAC CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

LAC CHAMPLAIN

Champlain n’a plus qu'une portée de mousquet de large, ce qui lui donne plutôt l'apparence d’une rivière que d’un lac. Le pays de chaque côté est bas et uni, et couvert de bois. Nous ne vimes d’abord que quelques cottages, épars ça et là, sur le rivage. Mais un peu plus loin, la contrée est habitée sans interruption. Le lac d'une profondeur de six à dix pieds, renferme plusieurs îlots. Durant notre trajet le cours du lac a constamment tenu une direction du sud-sud-ouest au nordnord-est.

Dans certaines parties du Canada, se trouvent de rastes étendues de terre appartenant à de simples particuliers, qui en concèdent des morceaux de quarante arpents de long sur quatre de large, à tout militaire licencié qui désire s’y fixer, moyennant une redevance annuelle de six francs, qu'il ne paie cependant que lorsqu'il est établi.

L'eau était devenue si basse en certains endroits, qu'il nous fallüt nous frayer une route en sondant le lac, avec des branches d'arbre, tandis qu’à d’autres places, vis-à-vis, elle avait jusqu'à deax brasses de profondeur. Vers le coucher du soleil, nous saluâmes enfin le Fort St. Jean, ou St. John, après avoir subi tous les caprices d’une après-midi de vent et de pluie, entremélés d'éclaircies et de beau temps.

St. Jean est un fort en bois, Qui fut bâti par les Français, en 1748, à l'embouchure du lac Champlain, sur sa rive occidentale, comme place de défense pour la protection du pays d’'alentour, qu'on avait alors le dessein de coloniser. Ce fort devait servir pour l’'emmagasinage des ammunitions et des provisions, que l’on envoyait ordinairement de Montréal à St Frédéric, où l’on se rend

en yacht de St. Jean, tandis que plus bas, à deux portées de mousquet, il y a des battures de pierre où le courant est très rapide, et qu’on ne peut franchir qu'en bateanx plats. Autrefois, le fort Chambly, à quatre milles français plus bas, servait de magasin, mais l’incommodité du transport fit songer à l'érection du fort St. Jean. En eflet, les provisions, d’abord voiturées par terre de Montréal à Chambly, en suivant un long circuit, étaient placées sur des bateaux plats, et ensuite transbordées dans des yachts, avant d'arriver à destination.

Le fort Ft. Jean occupe un terrain bas et sablonneux, ut le pays aux alentours est une plaine unie couverte d'arbres. De forme quadrangulaire, il renferme une enceinte d'un arpent carré. Les deux angles qui regardent le lac sont défendus chacun par un ouvrage en bois à quatre étages, reposant sur un soubassement en pierre, de la hauteur d'environ une brasse et demie, vrais polygones garnis de meurtrières el de machicoulis. Aux deux autres angles, du côté de terre, sont érigées de petites maisons en bois, à deux étages, servant en même temps de casernes et de défenses. Le fort est enclos d'une palissade de pieux pointus, hauts de deux brasses et demie, et enfoncés en terre, serrés les uns contre les autres ; ils sont faits avec le bois qu’on appelle Thuya, regardé comme le plus durable ici, et à cause de cela, de beaucoup préféré au sapin. Un peu plus bas, la palissade est à double rang, l’un dans l’autre. On a élevé tout le long de ces pieux, à une hauteur de plus de deux verges, une large vlateforme, avec des garde-corps,

dans l'intérieur du fort, pour la protection des soldats,

qui, de là, peuvent tirer sur l'ennemi, sans s’exposer eux-mêmes. L'année dernière (1748) la garnison comptait deux cents hommes, mais aujourd’hui il n’y a que le commandant, un commissaire, un boulanger et six soldats

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