‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 23 sur 52 · LORETTE · texte numérisé non relu

LORETTE

rivière qui, en cet endroit, tombe avec grand bruit du haut d’un rocher, et fait tourner un moulin à scie et un moulin à farine. Lorsque le ‘jésuite qui les dessert y vint pour la première. fois, ils vivaient dans des ca-

banes (wigwams) faites sur Île modèle de celles des

Lapons. Depuis, ils se sont bâti des habitations à la mode française. Chaque maison est divisée en deux parties, dont l’une est la chambre à coucher et l’autre la cuisine, qui contient un petit four en pierre, recouvert à son sommet d’une plaque de fer. Les lits sont rangés contre le mur et dépourvus de draps et de couvrepieds ; l'Indien, lorsqu'il se couche, s’enroule dans la même couverture qu'il a portée toute la journée. Les autres meubles et ustensiles paraissent également misérables. La petite église du village est vraiment jolie avec sa flèche élevée couverte en ferblanc, qui contient une cloche. On prétend qu'elle a un air de ressemblance, par sa forme et ses dimensions, avec la Santa Casa de Lorette en Italie, d’où vient le nom de Lorette donné à ce village. Près de l’église il y a une maison de pierre servant de presbytère, et oceupée par les deux jésuites domiciliés ici. Le service divin est aussi régulièrement suivi que dans aucune autre église catholique, et j'ai été charmé de voir le zèle des Indiens, surtout des femmes, et de les entendre chanter, avec de belles voix, dans leur idiôme, toutes sortes de cantiques. Leur habillement ressemble à celui des autres sauvages ; les hommes cependant aiment à porter des gilets, ou vestes, comme les Français. Les femmes restent fidèles au costume indien. Ilest certain que ces barbares et leurs ancêtres ont depuis longtemps, et même lors de leur conversion à la religion chrétienne, fait un vœu à Dieu de ne ja mais boire de liqueurs fortes. Ce vœu, ils l'ont gardé d'une manière inviolable jusqu'à présent, et il est très

rare d'en voir sous l'influence de la boisson ; pour. tant, Dieu sait si l’eau de vie et les autres liqueurs eni. vrantes ont généralement de l'attrait pour les Indiens qui, bien souvent, préféreraient mourir plutôt que des'en priver.

Ces Indiens ont choisi les Français pour modèles en beaucoup d'autres choses que la construction de leurs maisons. Ils cultivent tous le maïs, et quelques uns ont de petits champs de blé et de seigle, Plusieurs d'entre eux ont des vaches, Ils sèment dans leurs pièces de maïs cette plante, si commune chez nous, que nous appelons soleil (1), et ses graines forment un des ingrédients de leur sagamité, ou soupe au maïs, Le maïs qu'ils cultivent ici est de l'espèce naine, qui mürit plus tôt que l’autre ; ses grains sont plus petits, mais ils donnent plus de farine et d’une meilleure qualité en proportion.

Il vient à maturité généralement au milieu, et quelquefois à la fin d'août.

Le blé d'hiver de Suède et le seigle d'hiver ont été essayés en Canada pour voir comment ils s'acclimateraient ; car on ne sème ici que le blé d'été, l'expérience ayant démontré que le blé et le seigle de France semés en automne nesupportent pas l'hiver. Le Dr. Sarrazin (à co que m'a dit le doyen des deux jésuites ici) s’est procuré de Suède une petite quantité de blé et de seigle de l'espèce dite d'hiver, Elle fut semée en automne, passa l'hiver sans dommage aucun et rapporta de beaux grains, à épis plus petits que le blé du Canada, il est vrai, mais près du double plus pesants, et ce grain donna une plus grande quantité de belle farine que le blé d'été. Je n'ai jamais pu savoir pourquoi l'expérience n’a pas été

(1) Helianthus annuus, composées-sénécionitées. (M,)

contint de blé avec la persont vient € arrivée leur ble à matu:

comme comme son gère venir le

Je Y tions b:

Le n le Mar dansle son en!

juin, il les ban vaissau Les na favorat tournei

Ce ji l'Ascer célébré tholiqt une da

qu'à ca

Douteniiens s'en

es en leurs

uns d'enes de nous ngrémais plus don- | pro

quel-

t été mateience emés 1(àce | proseigle mne, eaux ; vrai, a une é. Je 15 été

continuée— On ne peut, me dit-on, faire ici avec la farine de blé d'été du pain blanc qui vaille celui fait en France avec la farine de bié d'hiver. Je tiens de plusieurs personnes que tout le blé d'été maintenant cultivé ici vient de Suède ou Norvège ; car les Français à leur arrivée, ont trouvé le froid en Canada trop sévère pour leur blé d'hiver et leur blé d'été ne venait pas toujours à maturité, à cause du peu de durée de la saison. Îls commencèrent en conséquence à regarder le Canada comme un pays à peu près inhabitable. C'est alors qu'ils songèrent à l'expédient qui leur a si bien réussi de faire venir leur blé des pays du Nord de l'Europe.

Je retournai de jour à Québec, faisant des observations botaniques en chemin,

Le notiveat gouveïrneur-général de tout le Canada, le Marquis de la Jonquière, est arrivé la nuit dernière, dans le port de Québec ; mais comme il était tard, il a remis son entrée officielle à aujourd'hui. Parti de France le 2 juin, il n’a pu parvenir plus tôt au lieu de sa destination, les bancs de sable rendant la navigation très difficile aux vaissaux de fort tonnage dans la rivière St Laurent. Les navires ne se risquent pas à monter sans un vent favorable à cause des coudes nombreux qu'il leur faut tourner, et cela dans un chenal souvent très étroit,

Ce jout est en ottre un jour de grande fête: celle de l'Ascension (l'Assomption) de la Vierge Marie, qui est célébrée avec la plus grande pompe dans les pays Ca: tholiques-Romains, Le 15 août de cette année sera donc une date doublement remarquable, tant à cause de la fête, qu'à cause de l’arrivée du nouveau gouverneur-général

qui est toujours reeu avec beauconp d'éclat, ce fonction: naire ayant, ici, le rang d’un vice-roi.

Vers huit heures, les principaux habitants de la ville se sont assemblés dans la maison de M. de Vaudreuil qui vient d'être nommé gonverneur de Trois-Rivières et dont le père a été gouverneur-général du Canada. Sa maison es dans la basse-ville, M. le Marquis de la Galissonnière, gouverneur-général jusqu’à ce jour, et qui partira pour France à lapremière occasion, y vint pareillement, accompagné de tous les officiers publics. J'e fus invité à assister à la cérémonie. A huit heures et demie le nouveau gouverneur-général est descendu de son vaisseau dans une chaloupe couverte d’un tapis rouge, et au même moment les canons du haut des remparts, donnèrent le signal de mettre en branle toutes les cloches de la ville. Les personnes de distinction descendirent au rivage pour rendre hommage au gouverneur, qui, à son débarquement de la chaloupe, fut reçu par le Marquis de la Galissonnière. Après qu'ils se furent salués l’un l'autre, le commandant de la ville présenta au nouveau gouverneur-général dans le langage le plus éloquent, une adresse à laquelle il répondit fort laconique ment et qui fût suivie d’une salve générale des canons des remparts. Toute la rue jusqu’à la cathédrale était bordée d'hommes sous les armes appartenant pour la plupart à la classe bourgeoise. Le gouverneur-général se dirigea vers la cathédrale, passant entre cette double haie. Il portait un habillement rouge tout galonné d’or. Ses gens, en livrée verte, le précédaient le fusil sur l'épaule. A son arrivée à la cathédrale il fut reçu par l'évêque du Canada revêtu de ses habits pontificaux, la tête couverte d'une large mitre dorée, une haute crosse d'argent massif à la main et entouré de son clergé. Après une sourie adresse de l'évêque au gouverneur-général, un

par la g de son tète cou

marque vieux d tifs vinr

De to vouvern de ceux neur d’é et fut at

Le go un hom peu plu:

sur mer mais les tant en fut obli par une

Quoi dignité

prêtre accompagné de deux autres ecclésiastiques, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche, qui tenaient en mains des cierges allumés, survint apportant un crucifix d’ar-

gent fixé au bout d'un long bâton qu'il lui donna à baiser.

Ensuite le cortège se dirigea vers le chœur en passant par la grande allée dans l’ordre suivant : l'évêque suivi de son clergé, les gens du gouverneur marchant tte couverte et le fusil sur l'épaule, puis le gouverneur lui-même avec sa suite et la foule. A l'entrée du chœur, le gouverneur-général et le général de la Galissonnière s'arrétèrent devant une stalle couverte d'un tapis rouge, et y restèrent pendant tout le temps de la messe, qui fut célébrée par l’évêque lui-même. De l'église il se rendit au palais où les personnages de marque vinrent lui rendre leurs hommages. Les relivieux des différents ordres avec leurs supérieurs respectifs vinrent aussi lui témoigner leur joie de son arrivée.

De toute cette foule qui s'était portée au devant du gouverneur, aucun ne resta pour le diner à l'exception de ceux qui avaient été invités d'avance, et j'eus l’honneur d’être de ce nombre. Le repas dura fort longtemps et fut aussi somptueux que l’occasion le demandait.

Le gouverneut-général; marquis de la Jonquière, était un homme de haute taille et paraissant alors âgé d'un peu plus de soixante ans, Il s'était battu avec les anglais sur mer dans la dernière guerre ; —-le combat fut acharné, mais les anglais étant de beaucoup supérieurs en nombre tant en vaisseaux qu’en hommes, il perdit la bataille et fut obligé de se rendre. Il fut blessé en cette occasion par tine balle, qui lui traversa l'épaule de part en part.

Quoique d’un caractère affable, il savait conserver sa dignité avec ceux qui recherchaient sa faveur.

Beaucoup des messieurs présents à ce banquet, m'ont assuré que le moyen suivant était employé avec succès pour garder frais durant l'été le vin, la bière ou l’eau.

On met le liquide dans des bouteilles qu’on a le soin de bien boucher ; on enveloppe les bouteilles dans des linges mouillés et on les suspend en plein air. Ce procédé réussit toujours.

Pour entretenir l'humidité des linges, il faut les mouil. ler de temps en temps dans l’eau la plus froide qu’on peut trouver, Le vin ou tout autre liquide contenu dans les bouteilles, est toujours d'une température plus basse que l’eau, avec laquelle on a humecté les linges,

Cemoyen de rafraîchir les boissons réussit pareillement, même si les bouteilles sont exposées au soleil, (1)

Le Thuyaoccidental (2) ou arbre de vie (Conifères) croît en grande abondance en Canada; mais il est moins commun dans le midi. Le point le plus éloigné dans cette direction où j'en ai vu, est un endroit un peu au sud de Saratoga dans la province de New-York; j'en ai vu aussi près

(1) Il a été observé dans plusieurs expériences qu'un liquide plongé dans un autre liquide et qu'on expose ensuite À l'air pour en faciliter l'évaporation, se refroidit à un degré remarquable ; et plus vite s'opère l'évaporation, que l'on accélère au moyen de plongements repétés, plus granil est Je refroidissement. Ainsi l'esprit de vin qui s’évapote plus promp« tement que l’eau, perd sa chaleur aussi plus tôt ; et l'esprit de sel ammoniac extrait de la chaux vive, encore plus volatil que l'esprit de vin, est auxsi plus susceptibie de diminution de calorique. Pour stimuler l'évaporation on brasse le vaisseau qui contient le liquide et on l’expose à l'air ou bien on souffle dessus avec la bouche, ou en se servant d'une p'ire de soufflets.— Voyez de Mairan. Dissertation sur la glace. Prof, Richman in Nov. Comment, Petrop. ad an. 1747 et 1748 p.284 et Dr, Cullen dans Edinburgh Physical and literary Essays and Observations, Vol. IT, p. 145, (F.)

(2) Thuya occidentalis, Linn. Lignum-vilae—arbre voisin du cyprès—toujours vert commun en Chine et en Canada,

sues, renco sur Ce pouss sont : vent:

dant mais déral

Ils tagne indiv bois €

de Casses dans la même Province—ces deux localités sont à 42° 10m de latitude nord. M. Bartram cependant m'a dit n'avoir trouvé qu’un seul arbre de cette espèce en Virginie, près des chütes de la rivière James. Le Dr. Colden assure aussi qu’il a vu cet arbre en plusieurs endroits aux environs de son château de Coldingham qui est situé entre New York et Albany à 40° 30m de latitude nord. Les Français par tout le Canada l’appellent Cèdre blanc ainsi que les Anglais et Hollandais d'Albany. Les anglais en Virginie ont donné le nom de Juniper à une espèce de Thuya qui croît chez eux.

Les terrains qu’il habite ne se ressemblent pas toujours; néanmoins il préfère généralement un sol humide et marécageux, et il y atteint une grande hauteur. Sans s’y plaire autant, il vient bien, aussi, sur les collines rocailleuses et les terrains remplis de roches couvertes de plusieurs espèces de mousses. (1) Lorsque les rivages de la mer sont montagneux et parsemés de roches moussues, il est rare que le Thuya ne s’y trouve pas. On le rencontre ça et là sur les coteaux qui bordent les rivières, sur certains plateaux dont le sol se compose d'une sorte de poussière de terreau. Il est à remarquer que ces endroits sont impregnés d'une eau à saveur âcre, et qu'ils reçoivent l'humidité de contrées plus élevées. J'ai vu cependant de ces arbres dans des lieux passablement secs ;

mais ils n’y parviennent jamais à une croissance considérable.

Ils sont assez communs dans les crevasses des montagnes, mais ils y végètent pauvrement, Les plus grands individus de cette espèce que j'aie remarqués dans les bois en Canada, avaient de trente à trente-six pieds de

Cl) Lichen, brion, hypne.

haut. Sur la tranche horizontale d’un arbre de a. pouces de diamètre (mesure précise) j'ai compté quatre-vingtdouze cernes autour du tronc (1) ; sur un autre arbre d'un pied et deux pouces de diamètre, j'en ai compté cent quarante-deux. (2)

Les habitants du Canada emploient le bois de cet arbre aux usages suivants; reconnu pour être le plus durable, le moins sujet à la pourriture et pour se conserver sain pendant plus qu’âge d'homme, il est choisi, de préférence à tout autre, pour les clôtures. Tous les pieux qu’on enfonce dans le sol, sont du bois de Thuy , ainsi que les palissades des forts, les planches qui entrent dans la construction des maisons et ces pièces minces qui forment à la fois le fond et les membrures des canots d’écorce si communs ici, ce bois ayant à la fois la flexibilité et la légèreté requises pour cet emploi, surtout quand il est vert.

On considèrele bois de Thuya comme l’un des meilleurs combustibles pour les fours à chaux. Avec ses branches on fait des balais ; les brindilles et les feuilles de l’arbre étant naturellement ramassées toutes ensemble, cela les rend éminemment propres à cet usage. Les Indiens qui ont le monopole de cette industrie vont en écouler les produits dans les villes. Je ne me souviens pas d’avoir vu en Canada d’autres balais que ces balais de cèdre. Les branches du Thuya fraîchement coupées ont une odeur particulière assez agréable dont s'imprègne fortement l’air des maisons où l’on étrenne l’un de ces utiles instruments de ménage.

(1) Il est bien connu que tous les arbres n’ont qu’un cerne par année, de sorte que le nombre des cernes indique celui des années de l'arbre ainsi que la rapidité ou la lenteur de sa croissance. (F.)

(2) L'écorce des arbres n'entre pas dans le mesurage de leurs diamèêtres. (F.)

Le Thuya est employé à différents usages médicaux.

Le commandant du fort St Fréderic le recommandait fortement contre les douleurs rhumatismales. Il m'a dit avoir vu souvent essayer avec un succès remarquable sur plusieurs personnes, une sorte d’onguent composé de feuilles fraîches de Thuya pilées dans un mortier et bouillies avec du saindoux. Cet onguent étendu sur un linge, appliqué ensuite sur la partie malade, procure un soulagement certain en peu de temps.

On recommande, contre ces douleurs violentes qui montent et descendent dans les cuisses, et qui quelquefois se répandent par tout le corps—l'application d'un cataplasme composé de feuilles d'une espèce de Polypode (1) (45);et de cônes de Thuya (175) que l’on commence par réduire séparément en poudres grossières pour les mêler ensuite; puis on verse sur ce mélange de l’eau de lait chaud, et le tout forme un topique que vous étendez sur une toile dont vous vous enveloppez le corps; mais vû que cet emplâtre brûle comme le feu, on a soin ordinairement de se ceindre d’une autre toile avant de l'appliquer, autrement il écorcherait la peau. J'ai entendu préconiser ce remède outre mesure par des personnes qui avaient fait l'expérience de son efficacité. Un Indien Iroquois m'a dit qu'un décocté de feuilles de Thuya est bon pour la toux. Dans le voisinage de Saratoga on se sert de cette tisane dans les fièvres intermittentes.

Le Thuya garde ses feuilles et sa verdure pendant tout l'hiver ; ses graines sont mûres vers la fin de septembre (vieux style.) (2) Le 4 Octobre de cette année (1749)

(1) Polypodium fronde pinnata pinnis, alternis ad basin superne appendiculatis—genre de plantes cryptogames de la famille des fougères.

(2) C'est-à-dire suivant la manière de compter les jours et les mois avant l'introduction du calendrier grégorien, (M.)

ire

rh em 6 dt Le << = 3 É 7.

cas hit

20n RSR DT EPP re 3 CLR AE à 1 Ed

eee ee de a on ee 2 ee ———

une partie des cônes, surtout ceux qui s'étaient tronvés les plus exposés à la chaleur du soleil, avaient déjà laissé tomber leurs graines, et les autres commençaient à s'ouvrir. À ce propos, il convient de noter une singularité qu'offre cet arbre, en commun, du reste, avec beaucoup d’autres en Amérique. Il est certain qu'il se plait dans les marais et les bois épais; on peut dire avec assurance que ce sont ses lieux de prédilection. Et cependant c'est à peine si l'on y trouve un seul arbre qui porte des graines—tandis qu’un individu de cette espèce qui a crû accidentellement en dehors du bois, sur le bord de la mer ou dans un champ en plein air, en porte toujours en abondance. J'ai, en maintes occasions, fait cette observation sur le Thuya.

Il en est de même de l’érable à sucre, de l'érable qui est bonne pour guérir les écorchures, du sapin blanc, du pin appelé Pérusse (1) du mûrier et de plusieurs autres arbres.

Aujourd’hui, je suis allé visiter le couvent des Urselines, qui est tenu à peu près sur le même pied que les deux autres couvents. Il est situé dans la ville et possède une fort belle église. Les religieuses, qui sont renommées pour leur piété, vont moins au dehors que les autres. L'entrée du monastère est strictement interdite aux hommes, à moins d’un permis spécial de l’évêque, ce qui est une grande faveur. Le médecin du roi et le chirurgien, seuls ont leurs entrées libres, pour la visite des malades. A la demande du marquis de la Galissonnière, les portes du cloître me furent gracieusement

(1) C'est la pruche probablement, qui, cependant, appartient au genre sapin, Abies Canadensis. M.)

po

ouvertes. J'étais accompagné du médecin du roi M. Gaulthier. A notre arrivée, nous fûmes reçus par l’abbesse entourée d'un grand nombre de religieuses, la plupart avancées en âge. De là, nous passâmes à l'église où, comme c'était un dimanche, nous vimes des religieuses agenouillées ça et là qui disaient leurs prières. L'abbesse et les nonnes se mirent aussi à genoux en entrant dans l'église, et M. Gaulthier et moi en fimes autant,

Nous nous dirigeàmes ensuite vers un oratoire ou petite chapelle dédiée à la Vierge Marie. Puis nous visitames la cuisine, le réfectoire, la salle de travail—pièce très belle et très spacieuse. On y fait toutes sortes d'ouvrages délicats, images dorées, fleurs artificielles etc. Le réfectoire est disposé de la même manière, que dans ïes deux autres monastères. Les tables sont munies en dessons de petits tiroirs dans lesquels chaque religieuse serre sa

. serviette, son couteau et sa fourchette et autres menus objets. Les cellules sont petites ; mais chaque religieuse a la sienne—Les murs ne sont pas peints ; un petit lit, une chaise, une table-avec un tiroir et sur cette table un crucifix, et des images de saints en composent tout l'ameublement. On nous fit entrer ensuite dans une chambre remplie de jeunes demoiselles dont les plus âgées pouvaient avoir une douzaine d'années, envoyées là par leurs parents pour apprendre à lire et recevoir l'instruction religieuse. On leur permet de sortir une fois par jour pouf aller voir leurs familles, mais elles ne doivent pas rester longtemps absentes. Quand elles savent lire et connaissent leurs devoirs de religion, on les rehd à leurs parents. Près du couvent, il y a un beau jardin entouré d’un mur élevé; il appartient à la maison et est fourni de toutes sortes d'herbes culinaires et d'arbres fruitiers. Les sœurs travaillent et dinent en silence tandis

que l’une d'elles fait la lecture à haute voix. Mais après le diner, elles ont la permission de se promener pendant une heure ou deux dans le jardin, ou de se recréer dans l'intérieur du couvent, Après que nous eûmes vu tout ce qu'il y avait de remarquable dans ce monastère nous primes congé de l’abbesse et de ses nonnes.

A la distance d'environ un quart de mille suédois à l'ouest de Québec, il y a une source d’eau minérale chargée d'ocre de fer et ayant un gout. ferrugineux très prononcé. M. Gaulthier l’a prescrite avec succès dans des cas de constipation et dans d’autres maladies du même genre.

On assure qu'il n’y a pas de serpents venimeux dans les bois et les campagnes autour de Québec et que l'on peut marcher dans les prairies en toute sureté. Je n'ai pas trouvé de reptiles qui cherchassent à mordre ; au contraire, ils semblaient plutôt disposés à prendre la fuite,

Dans les régions méridionales du Canada, il «en est autrement, il faut se tenir toujours sur ses gardes.

Une très petite espèce de fourmi noire (1) vit en société dans des retraites creusées sur les flancs des collines boisées ; elle ressemble beaucoup à notre fourmi de Suède,

Aujourd’hui, le gouverneur-général a reçu des représentants des trois nations Indiennes de ce pays, savoir ; des Hurons, des Micmacs et des Anies (Agniers). (2) Ces derniers dont la tribu fait partie de la nation Iroquoise alliée des anglais, étaient prisonniers de guerre,

(1) Formica nigra, Linn.

(?) Probablement des Onidoes. (F,)

Les Hurons appartenaient au groupe d'indiens établis à Lorette et convertis à la religion chrétienne, Ils sont grands, robustes, bien faits et de couleur cuivrée, Leur chevelure noire et courte, est rasée sur le front d'une oreille à l'autre. Ils n'ont ni chapeaux ni casquettes, mais plusieurs portent des pendants d'oreilles. Les uns ont toute la figure, et même jusqu'aux cheveux peints de vermillon ; mais d'autres se sont contentés de quelques bariolages sur le front et près des oreilles. Le rouge est évidemment leur couleur préférée. J'en ai vu cependant qui avaient toute la face barbouillée de noir.

Plusieurs d’entre eux ont la figure et le corps couverts de tatouages, formés de couleurs imprégnées dans des piqüres à la peau et partant indélibiles. La manière de les faire sera décrite dans la suite de cet ouvrage. (1) Ces

desseins sont ordinairement noirs; tantôt c'est un serpent qu'on s'est peint sur chaque joue, tantôt ce sont

des croix ou des flèches, un soleil ou n'importe quel objet suivant le caprice ou l'imagination des individus. Il y en a qui ont de semblables desseins sur la poitrine, les cuisses, toutes les parties du corps ; d’autres n’en ont pas du tout. Leur habillement se compose d’une chemise blanche ou en toile à carreaux et d’un morceau de gros drap à longs poils, de couleur bleue ou blanche, garni en bas d'une bordure bleue ou rouge.

Ils portent cette couverture sur leurs épaules ou enroulée autour de la taille. Leur cou est orné d’un collier de Wampums violets alternant avec de petits Wampums bleus. Ces grains de nacre, menus et ressemblant à des perles oblongues, sont faits de l’écaille d’une espèce de bivalve que les anglais appellent C/ams. (2) Au bout du

(1j Il est probable qu'il l’a donnée plutôt dans ses Mémoires à l’Academic de Stockholm, car elle ne se trouve pas dans la suite de son voyage. (F.

(2) Venus mercenaria. Linn. Nous avons vu plus haut que le mot anglais clams désigne aussi les écailles de la Tridacne. (M.

collier de wampums beaucoup d'indiens portent, pendue sur la poitrine, une grosse pièce de monnaie française marquée à l'effigie du roi, ou une grande écaille d'une belle couleur blanche qu'ils estiment à un haut prix, et qui, en effet, a une valeur considérable. Enfin d’autres n'ont aucun ornement autour du cou ; ils vont toujours la noitrine découverte, sur laquelle se balance leur sac à tabac fait de peau de bête sauvage le poil tourné en dehors. Leurs chaussures de cuir ont une grande ressemblance avec.les souliers sans talons des femmes de la Finlande. Ils senveloppent les jambes dans des mocassins de drap bleu, qui leur tiennent lieu de bas ; j'ai vu des paysans russes se couvrir les pieds et les jambes de la même manière,

Les Micmacs s’habillent comme les Hurons, mais ils s’en distinguent par leurs cheveux longs et droits couleur de jais. Presque tous les Indiens ont la chevelure noire et raide, cependant j'en ai vu quelques-uns qui l'avaient passablement frisée. Mais il faut remarquer qu'il est difficile de juger de la vraie complexion des sauvages du Canada, tant leur sang s’est mélangé avec celui des Européens, soit par suite de leur coutume d'adopter des prisonniers des deux sexes, ou bien à cause de leur fréquent commerce avec les Français qui, en voyageant dans le pays, contribuent pour une bonne part à l'accroissement des familles des Indiens, dont les femmes ne sont pas très-f. rouches. Les Micmacs n'ont pas généralement la taille élevée des Hurons. Je n'ai jamais vu d’Indiens qui eussent les cheveux aussi longs et aussi droits que les leurs. Leur langage diffère de celui des Hurons, et il y a un interprète ici exprès pour eux.

Les Anies (Agniers) présents à la conférence sont

pre bra de

presque les seuls survivants d'un parti de cinquante braves qui prit le sentier de guerre, sous prétexte de servir l'Angleterre, dont leur nation est l'alliée, mais en réalité pour piller dans le voisinage de Montréal. Les Français ayant eu veni de cette expédition leur tendirent une embuscade et en tuèreni quarante-quatre à la première décharge de leurs fusils; de sorte qu'il n'en resta debout que les quatre individus qui étaient ici aujourd’hui, plus deux autres, malades en ce moment. Ils sont aussi grands que les Hurons dont ils parlent la langue, mais ils n’ont pas la figure aussi ovale qu'eux et il y a quelque chose de cruel dans leur regard ; an reste, leur costume est le même que celui des autres Indiens, Ils tiennent leurs cheveux relevés par derrière au moyen d’une plaque de fer-blanc de forme oblongue fixée sur la nuque. L'un d'eux avait pris une fleur de rose-tremière en passant dans un jardin où plusieurs de ces plantes étaient en pleine floraison à cette époque de l’année, et se l'était mise dans les cheveux sur le sommet de la tête. Chaque sauvage avait sa pipe en pierre-à-chaux originairement de couleur grise, mais noircie par l'usage et fixée à un long tuyau de bois. Il n’y avait pas de femmes Indiennes présentes à cette entrevue. Dès que le gouverneur-général fût entré et se füt installé dans son fauteuil pour ouvrir la conférence, les Micmacs s'assirent par terre à la façon des Lapons, mais les autres Indiens prirent des siéges.

Il n'y a pas d'imprimeries maintenant en Canada, quoiqu'il y en ait eù autrefois. Les livres sont importés de France et les mandats sont tous écrits, même le papier-monnaie, On donne pour raison de l'absence d'établissements typographiques la crainte que l’imprimerie ne soit un moyen de propager des libelles contre le gouvernement et la religion. Mais la vraie raison est, je

crois, la pauvreté du pays. Aucun imprimeur ne pourrait trouver à vendre un nombre suffisant de livres pour gagner sa vie. Il se peut aussi que la France tienne à se réserver les bénéfices résultant de l'exportation des livres dans sa colonie.

À quelques égards les repas ne sont pas les mêmes en Canada que dans les provinces anglaises. Cela dépend peut-être de la différence des coutumes, des goûts et de la religion entre les deux nations. On fait ici trois repas par jour, le déjeüner, le diner et le souper. Le déjeûner se prend généralement entre sept et huit heures ; on est très matineux dans ce pays, à commencer par le gouverneur-général qui donne audience dès sept heures, à son lever. Les uns se contentent d'un morceau de pain trempé dans de l’eau-de-vie, d’autres commencent par le petit verre et mangent un crouton ensuite, ou avalent une tasse de chocolat; beaucoup de dames prennent du café. Il ne manque pas de gens qui ne déjeûnent qu'à midi. Je n'ai jamais vu faire usage de thé ici; on peut se procurer le café et le chocolat;des colonies françaises de l'Amérique du Sud, tandis que pour le thé il faut le faire venir de la Chine, et je suppose qu'on ne trouve pas que ce breuvage vaille l'argent qu'il faudrait débourser pour se le procurer. Midi est l'heure du diner, repas où l’on sert une grande variét: de mets chez les gens de qualité et aussi chez les bourgeois, quant ils reçoivent des étrangers à leur table. Le pain, de forme ovale, est fait de farine de froment. Le couvert de chaque personne se compose d’une serviette, d’une cuillière et d'une fourchette. On donne des couteaux quelquefois, mais en général on les omet, chaque dame et monsieur ayant soin d'apporter son propre couteau. Les cuillières et les fourchettes sont en argent et les assiettes en porcelaine de Hollande, Le

repas beauc toutes fricas:

On bo La bic boive:

le des des n des a!

de ba comm dans € framb mage prend on se l'Eglis qu'on bouill sert d maniè avec d le sert rafraîd et le 1 Le m avec « Franç de ca

denta

que nd

Les repas,

- repas commence par une soupe qui se mange avec beaucoup de pain, puis viennent les viandes fraîches de

à toutes sortes, bouillies et rôties, le gibier, les volailles, S fricassées on en ragoûts, et diverses espèces de salades. On boit généralement du bordeaux, mêlé d’eau, au diner. S La bière d’épinette est aussi très en vogue. Les dames a boivent de l’eau, rarement du vin. Après le diner yient 28 le dessert qui comprend une grande variété de fruits : it des noix de France ou du Canada au naturel ou confites, T. des amandes, du raisin, des noisettes, plusieurs espèces it de baies qui viennent à maturité dans la saison d'été, er comme les groseilles et les gadelles, des atocas confits pt dans de la mélasse, des conserves, en sucre, de fraises, de T- framboises, de müres et d’autres fruits de ronces. Le froes mage entre aussi dans le dessert, ainsi que le lait que l’on on prend, à la fin, avec du sucre. Le vendredi et le samedi: de on s’abstient de viande, suivant les règlements de ui l'Eglise Catholique Romaine, ce qui ne veut pas dire ge qu'on se laisse mourrir de faim. Ce jour-là on fait cs bouillir toutes sortes d'herbes culinaires et de fruits, on e sert du lait, du poisson, des œufs apprêtés de différentes p- manières. Le concombre coupé en tranches et mangé nt avec de la crême est un mets excellent. Quelquefois on est le sert au naturel; chaque convive s'empare d’un de ces Bt: rafraîchissants cucumis, le pêle, le coupe en morceaux T- et le mange à la croque au sel comme on fait des raves. le. Le melon est en abondance ici et on l'offre toujours nt. avec du sucre, mais non le vin ou l’eau-de-vie, Les ne Français et les Anglais, qui ont de si belles plantations ne de canne-à-sucre dans leurs possessions des Indes Occiet, dentales, ne consomment pas la moitié autant de sucre son que nous, Suédois.

pnt

Les Français ne disent de grâces ni avant ni après les repas, mais ils font le signe de la croix, pas tous cepen-

dant. Immédiatement après le diner, ils prennent une tasse de café sans crème. Le souper se donne ordinairement à sept ou entre sept et huit heures du soir, et il se compose des mêmes mets que le diner. Le pudding est inconnu ici; on sait préparer le punch, mais il n’est pas d'usage de le passer.

23 Aour,

En beaucoup d’endroits dans les environs on se sert de chiens pour apporter l’eau de la rivière. Aujourd’hui même, j'ai vu deux mâtins d'assez forte taille, attachés à une petite charrette, l’un devant l’autre, complètement harnachés comme des chevaux et le mors en gueule, Il y avait un tonneau dans la charrette ; un gamin courant derrière la voiture dirigeait l’attelage qui, à peine arrivé au bord de la rivière, y entra de son plein gré; quand le tonneau fut rempli, les chiens remontèrent la côte avec leur charge qu'ils traîinèrent jusqu’à la maison de leur maître. Il m'a été donné de voir pareil équipage plus d’une fois pendant mon séjour à Québec. Quelquefois on n’attelle qu'un chien au tonneau qui est plus petit en proportion. Ces animaux ne sont pas trèsgros, C’est à peine si leur taille dépasse celle de nos mâtins de ferme. Les gamins qui les conduisent sont armés de grands fouets avec lesquels ils excitent leur ardeur au besoin. On ne leur fait pas seulement porter l'eau, mais aussi le bois et d’autres fardeaux.

En hiver les voyageurs au Canada ont l'habitude d’atteler des chiens à de petits traîneaux construits sur un modèle exprès, et dans lesquels ils déposent leurs vêtements, leurs provisions, etc. Ce mode de transport est surtout commun parmi les pauvres dans leurs courses, qu'au reste, ils ne font jamais qu'à pied.

Presq les lo:

en Co On m que € se do singu le cro de m. une 1 cheya pres chien:

voyag que 1 trans} voliur

Il y de la schinit4 pées ont, quaird recou l'ardo difäci ruisse fois el et-ca l'eau ( penda Ou bi formé

ane nait il ing est

sert hui hés ent ule.

ouine rré ; t la ison quiuelplus rèsnos sont leur rter

tude

sur eurs port eurs pied.

Presque tout le bois que les indigents ramassent dans les forêts en hiver est charroyé par cet utile animal qui, en conséquence, a reçu le nom de “ cheval du pauvre.” On met ordinairement une paire de chiens devant chaque charge de bois. J’ai vu plus d’une fois des dames se donner le plaisir d’une promenade en hivér avec ce singulier attelage, qui va plus vite qu'on serait porté à le croire quand les chemins sont bien battus. Un chien de moyenne taille peut traîner une seule personne sur une route unie. Des vieillards m'ont assuré que les chevaux étaient tellement rares dans leur jeunesse que presque tout le charriage par terre se faisait avec des chiens. Je tiens aussi de plusieurs Français qui ont voyagé parmi les Esquimaux sur la terre du Labrador, que non-seulement ils se servent de chiens pour le transport de leurs provisions, mais aussi pour se faire voilturer eux-mêmes sur de légers traîneaux.

Il y a beaucoup de ruisseaux sur les collines à l’ouest

de la ville. Ces buttes sont formées d'une sorte de

ë ..t + A k 2 schiste ardoisier noir déjà mentionné, et sont assez escar-

pées pour que l'ascension en devienne fatigante. Elles ont une hauteur perpendiculaire de vingt à vingtquaire verges. Leurs sommets dépourvus d'arbres et recouverts d'une légère couche de terre reposant sur l’ardoise, sont cultivés ou laissés en pâturages. Il est dificile de comprendre d’où viennent les nombreux ruisseaux qui courent sur ces collines nues et quelquefois en descendent avec la rapidité de vrais torrents. Est-ce que ces élévations auraient la propriété d'attirer l’eau de l'atmosphère ? Si oui, est-ce durant le jour ou pendant la nuit que se fait cette mystérieuse opération ? Ou bien est-ce que le schiste argileux dont elles sont formées aurait cette vertu ?

ES

142 AouT 1749.

Tous les chevaux canadiens sont forts, vifs, bien faits, aussi grands que nos chevaux de cavalerie et d’une race importée de France. Les habitants ont la coutume de couper la queue à leurs chevaux, :e qui est une vraie cruauté ici, puisqu'on les prive ainsi de leur unique moyen de défense contre les moucherons, les taons et les hippobosques. Cette coutume vient peut-être de ce qu'ils attellent leurs chevaux l’un devant l’autre; et pour empêcher celui de devant de blesser les yeux de celui qui est dans les timons en agitant sa queue, ils auront pris le parti d’écourter tous leurs chevaux.

Le gouverneur-général et queiques-uns des principaux de la ville ont des carrosses, mais le reste du peuple se sert de cabriolets. On se plaint généralement que le peuple de la campagne commence à élever un si grand nombre de chevaux (1) que les bestiaux manquent de fourrage en hiver.

Les vaches, de la taille de notre vache de Suède, viennent de France aussi. Il est admis que le bétail né, ici, d'animaux importés d'Europe n’en attgint jamais les proportions. Cette dégénération est attribuée à la rigueur excessive des hivers canadiens, qui oblige le

(1) Dès 1708 l’intendant, Antoine Denis Raudot, avait fait une ordon nance dans le but de restreindre le nombre de chevaux ; il défendait aux habitants, surtout à ceux du gouvernement de Montréal, de garder plus de deux chevaux et un poulin; ceux qui en avaient davantage étaient tenus de les vendre ou de les tuer. Le préambule de cette ardonnance, qui ne manquerait pas d'actualité encore aujourd'hui, 8e lit comme suit :

‘“ Etant informés que les habitants du gouvernement de Montréal nour- ‘“rissent une trop grande quantité de chevaux, ce qui les empêche ‘ d'élever des bêtes à cornes et à laine, ne connaissant point en cela leur ‘ véritable intérêt, puisqu'ils ne retirent aucun profit des dits chevaux ‘“ qu'ils élèvent, et qu'au contraire, ils en retireraient beaucoup des bêtes: “ à-cornes et à laine qu'ils élèveraient avec les fourrages que consomment “ les dits chevaux (M)

cultivateur de tenir ses bestiaux renfermés dans l’étable et pauvrement nouris. Le plus grand nombré de vaches ont des cornes, j'en ai vu cependant qui étaient dépourvues de cet appendice frontal. Une vache sans cornes serait une curiosité inouie en Pensylvanie. La chair des bœufs et des veaux engraissés à Québec est préférable à celle des animaux de boucherie élevés à Montréal, elle est beaucoup plus grasse et plus savoureuse. Cette différence est attribuée aux prés salés du bas du fleuve. En Canada les bœufs tirent avec leurs cornes, mais dans les colonies anglaises ils tirent par le garrot comme les chevaux. Les vaches varient de couleur, mais la plupart sont ou rouges ou noires.

Chaque habitant élève ordinairement quelques moutons qui lui fournissent toute la laine dont il a besoin pour se vêtir. Mais les meilleures étoffes viennent de France. Le mouton importé ici dégénère, et sa progéniture encore plus que lui-même. Le manque de nourriture pendant l'hiver est, dit-on, cause de cette dégénérescence.

Je n'ai pas vu de chèvres en Canada, et on m’assure qu'il n'y en a pas. Dans les colonies anglaises, on n’en rencontre que dans les villes seulement, où on les garde pour certains malades qui boivent le lait de chèvre sur l'avis de leurs médecins.

Les herses sont de forme triangulaire; deux des côtés ont six pieds de long, le troisième en a quatre. Les dents, comme le reste de l'instrument, sont en bois, longues d'environ cinq pouces, et distantes d'autant les unes des autres.

L'aspect du pays, à environ un quart de mille suédois au nord de Québec, sur le côté ouest de la rivière

St. Laurent, est magnifique. Le terrain est très escarpé près du fleuve et s'élève de plus en plus à mesure qu'il s'en éloigne, En beaucoup d’endroits, il est naturellement divisé en terrasses. Du sommet de ces éminences, le regard du touriste embrasse, comme dans un vaste panorama, Québec, qu'on voit distinctement au sud, la rivière St. Laurent à l’est, et la multitude de vaisseaux à voiles de toutes grandeurs qui en montent ou descendent le cours ; et à l’ouest, un long amphithéâtre de montagnes s’abaissant graduellement depuis celles dont la masse imposante borne l'horizon jusqu'aux collines dont le pied forme la berge du fleuve. Toute la contrée est en état de culture et divisée en champs, en prairies ou pâturages. La plupart des terres sont couvertes de riches moissons de blé, d'avoine blanche et de pois. La campagne est parsemée de fermes et d'habitations dont quelques-unes fort belles ; il n’y en a pas deux qui se touchent. Les maisons sont généralement bâties en pierre à chaux noire et blanchies à l'extérieur. Beaucoup de ruisseaux et de cours d’eau descendent des éminences et des montagnes qui les dominent. Ces hauteurs sont entièrement formées d’une espèce de schiste ardoisier sujette à se diviser en feuillets au contact de l'air, et que recouvre une croûte de terre végétable de deux ou trois pieds d'épaisseur. Le sol des champs est partout mélangé de particules de cette ardoise, et les bords des ruisseaux dont les lits sont très creux en sont aussi composés. Dans ces couches de schiste, on trouve une espèce de pierre calcaire gris de fer qui, broyée, émet une odeur semblable à celle de la pierre puante.

On est actuellement à construire au-dessous de Québec plusieurs navires pour la marine royale ; cependant, avant mon départ, il est arrivé un ordre de France dé: fendant de mettre sur les chantiers des vaisseaux de

gue étai.

d’Ai

truc

y cr veni Nou que tem] qu'il cons terre les 1 Lau emp fort aussi faire

On des :

nière adhé coule

To visse en $0) dimit

(HE cuivre.

guerre, permettant néanmoins de finir ceux qui y étaient déjà. On a trouvé, parait-il, que le chêne

d'Amérique ne vaut pas celui d'Europe pour la constraction des navires.

Cet arbre est assez rare près de Québec, et lorsqu'il y croît, il est si petit qu’il ne peut servir. Aussi, fait-on venir le chêne des régions du Canada qui avoisinent la Nouvelle-Angleterre. Mais tous les chênes de l’Amérique septentrionale ont la propriété de durer plus longtemps et de résister mieux à la pourriture, à mesure qu'ils croissent plus au nord et vice versa. Le bois de construction qui vient des confins de la Nouvelle-Angleterre est apporté en trains flottants ou radeaux par les rivières qui se jettent dans la grande rivière St Laurent, près du lac St Pierre. Une partie du chêne employé vient aussi du pays situé entre Montréal et le fort St Frédéric ou fort Champlain, mais il n’est pas aussi estimé que le premier, sans compter qu'il faut le faire descendre d’une distance plus considérable.

On m'a montré un morceau de terre verte apporté des pays d'en haut au général Marquis de la Galissonnière ; c'était une sorte de glaise dont toutes les parties adhéraient fortement les unes aux autres, et dont la couleur ressemblait à celle du vert-de-gris. (1)

Tous les ruisseaux en Canada contiennent dès écrevisses (2) de la même espèce que les nôtres ; les Français en sont friands et disent que le nombre en a grandement diminué depuis qu'on leur fait la chasse,

(1\ Elle était probablement imprégnée de particules de minerai de cuivre, Ne serait-ce pas la terre à phosphate,

(?) Crustacés de l'ordre des Décapodes macroures, (M.)

Les habitants de la campagne paraissent très-pauvres. Ils n'ont guère plus que le strict nécessaire. Ils se contentent de pain et d'eau et portent tous leurs autres produits, tels que le beurre, le fromage, les viandes, les œufs et les volailles, à la ville, pour les convertir en argent avec lequel ils achètent des vêtements et de l’eaude-vie pour eux, et des robes pour leurs femmes. Malgré leur pauvreté, ils sont toujours d'humeur joyeuse et gaillarde.

29 Aour

À la demande du gouverneur-général, le Marquis de la Jonquière, et du Marquis de la Galissonnière, je partis avec quelques gentilshommes français, pour aller visiter une mine d'argent, ou de plomb, qu'on disait exister près de la baie St. Paul. J'étais bien aise d'entreprendre ce voyage, comme cela me donnait occasion de voir une plus grande étendue du pays. Conséquemment, nous partimes en bateau pour notre excursion et descendimes la rivière St. Laurent. On faisait alors la récolte, et les paysans travaillaient dans leurs champs. La moisson du blé et de l’avoine était déjà commencée depuis une semaine.

Vus de la rivière, les environs de Québec sont des plus pittoresques. La ville est très-élevée, et ses églises et ses monuments s’apercoivent de fort loin. Les vaisseaux, dans la rivière, au-dessous de la cité, ornent le paysage de ce côté. La poudrière, qui couronne le sommet de la montagne sur laquelle s'élève la ville, domine tous les autres édifices. La campagne, qui se déroule sous nos regards le long de notre course, ne nous offre pas un aspect moins enchanteur. La rivière St. Laurent coule du sud au nord en cet endroit ; les deux côtés en sont bien cultivés, cependant, celui de l'ouest, l’est

Page 1