‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 27 sur 52 · RON · texte numérisé non relu

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à les préserver comple..inent de l’ardeur du soleil. Ces un charmilles ou tonnelles sont très fraîches l'été. rix

Un grand vent contraire nous obligea de passer la nuijt à St Joachim. 8

30 AOUT, Ja

Ce matin, nous continuâmes notre voyage en dépit d'un vent debout très violent. Quelque peu plus bas que St Joachim, l’eau de la rivière commence à prendre dé un goût saumâtre,à haute marée; et pluson descend,

plus le goût salin augmente. Sur la rive occidentale, le ” fleuve est bordé de champs couverts de riches moissons ah de blé; mais le terrain s'élève rapidement et bientôt après, F À les hautes montagnes semblent émerger du sein même . ASE des flots. La formation géologique des côtes change : avec leur aspect. Le schiste ardoisier du .rivage acci- . denté cesse à l'apparition des montagnes dont la masse ne É se compose d’une espèce de roche crayeuse mélée de ie pe mica noir (1) et de quartz en partie violet et en partie né ‘8 gris. Les quatre matières constituantes de cette roche fer 5 sont si bien liées entre elles, qu'il est difficile de les qu

qu séparer avec un instrument quoique parfaitement dis- bic an tinctibles à l'œil nu.

Tout le long de notre course, aujourd'hui, la rivière nous a paru avoir une largeur uniforme de trois milles français. Pour me donner une idée des difficultés de la navigation dans certaines parties du fleuve, on m'a montré,en chemin, tous les détours que les vaisseaux de fort tonnage sont obligés de faire pour éviter les écueils et les bancs de sable; ce doit être pour les équipages et

(1) Sazum micaceo quarzoso calcariuin.

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une tâche bien ennuyeuse que d’avoir à alarguer d'une UE rive à l’autre si souvent. is !

Nous eûmes un très dangereux passage de cinq longues lieues à franchir. La côte occidentale, que nous nl rasions de près en faisant force de rames, est formée par es N 1. | Ja terminaison abrupte d’une chaîne de hautes monta- a gnes et il ne s'y trouve aucun endroit où l’on pourrait Al se réfugier s’il survenait une bourrasque. À la vérité, RES il y a bien deux ou trois ouvertures ou enfoncements de Ut dans le roc, mais ces cavités sont si étroites que le ba- He de | teau se briserait inévitablement si dans la hâte causée L par l’imminence du danger, on s'écartait quelque peu li du passage. Ces hautes montagnes sont ou entièrement ERA dénudées ou couvertes de sapins rabougris disséminés QAR 4] de loin en loin. Il n’y a de végétation un peu abondante PAU que dans de grandes crevasses qui labourent profondément le flanc des montagnes et dans lesquelles les arbres croissent très touffus et atteignent une certaine hauteur ; on dirait des haies vives plantées sur le roc. Peu après nous dépassèämes une petite église, entourée de quelques fermes. Cette place s'appelle Petite-Rivière, et l’on dit que ses habitants sont très pauvres, ce qui paraît bien bien vraisemblable. Ils n'ont de terre cultivable que celle qui s'étend de la rive aux montagnes—une lisière qui varie d’une à trois portées de mousquet.

Quand on est rendu à 17 milles (français) de Québec, l'eau devient tellement salée que personne ne peut en boire; en conséquence, nos rameurs se pourvürent, ce matin, d'une pleine chaudière d'eau fraîche. Vers cinq heures du soir, nous arrivâämes à la baie Nt Paul, et nous nous retirâmes chez les prêtres, qui ont ici une belle et grande maison ; ils nous reçurent avec beaucoup d’hospitalité. La baie St Paul est une petite paroisse,

située à environ 18 milles (français) au-dessous de Québec, dans un vallon, à quelque distance d’une baie, De hautes montagnes l’environnent de tous côtés, à Fe à : l'exception d'une large brêche sur le côté du fleuve. Les

A fermes sont assez éloignées les unes des autres. On considère l'église comme une des plus anciennes du

LUS Canada; au reste, sa réputation d’antiquité paraît con. 78 firmée par sa mauvaise architecture et son peu d’orne. LH ments: les murs sont formés de pièces de bois, posées en

intervalles de deux pieds en deux pieds, et qui supportent Rite le toit. Les espacements des diverses parties de la char- RE pente sont remplis avec des moëllons en pierre calcaire. ji Fe. La couverture est plate. L'église n'a pour tout dôme RÉ ur qu'une cloche fixée en plein air sur le toit. Presque lu 1 : tout le pays, ici, appartient aux prêtres qui l'ont loué à FA des fermiers. Les habitants tirent leur vie en grande | Ts partie de l’agriculture et de la manufacture du goudron l'a qu'ils vendent à Québec

Ce pays est si bas, situé comme il l’est sur une baie, 1 RU qu'on serait porté à croire qu'il faisait primitivement F0 partie du lit du fleuve, et s’est formé par la dimi- LUE RES nution de l'eau, ou de terre d’alluvion entraînée de HE l'intérieur du pays par les ruisseaux ou rejetée sur la côte par les tempêtes. | qui

Une grande partie des plantes qu'on rencontre ici SAR

ds sont des plantes marines, telles que la soude, (1) l'herbe- sas hi à-lait, (2) et les pois de mer. (3) Plusieurs fois, je € (1) Salsola, genre type de la famille des chenopodées et de la tribu des egr salsolées, renfermant des plantes herbacées ou ligneuses qui habitent le ÿ ant

voisinage de la mer, et des cendres desquelles on retire la substance dev saline connue elle-même sous le nom de soude. (M. et]

(?) Polygalées. (M.)

(3) Salicornia, appelée aussi passe-pierre (chenopodées) glaur (primu- EUR lacées) pisum marilimum—gesse maritime - (légumineuses) (M. (1)

demandai aux habitants s’il leur arrivait de trouver des coquillages en creusant leurs pnits ; ils me répondirent toujours négativement. Je reçus la même réponse de ceux qui habitent les terres basses directement au nord de Québec, et tous convinrent qu'ils u’avaient jamais rien trouvé, en creusant, que de la terre et du sable.

Chose remarquable, le vent qui souflle dans la baie diffère généralement de celui qui agite les eaux de la rivière. Ce phénomène singulier s'explique par les hautes montagnes, couvertes de grands bois, qui environnent la rade de tous les côtés, à l'exception d’un seul. Ainsi, quand le vent vient de la rivière, il se jette sur une montagne qui le renvoie en lui imprimant une direction tout opposée à celle qu'il avait d’abord.

J'ai trouvé trois sortes de sable sur le rivage ; il y a d'abord un gros sable luisant, composé de grains de quartz angulaires, qui est très abondant; l’autre est ce même beau sable noir, que j'ai vu en si grande quantité sur les bords du lac Champlain (1) et qui est commun dans tout le Canada, L'aimant en attire presque tous les grains. En outre, il y a un sable couleur de grenat qui est très fin, aussi, et dont l’origine n’est pas douteuse, car on en trouve dans toutes les pierres et les montagnes qui avoisinent la rive.

Ces matières aréneuses proviennent-elles de morceaux égrenés de rochers ; ne sont-elles pas, au contraire, antérieures aux roches mêmes qui, en ce cas, leur devraient leur formation ? J'ai trouvé le sable de grenat et le sabie noir sur les rivages en plusieurs endroits dans

(1) Voir page 20,

cette excursion; mais le sable noir était toujours Le plus abondant.

Toutes les hautes collines du voisinage nous envoyaient ce matin une fumée ressemblant à celle d’un fourneau à charbon. Les cousins sont innombrables, ici; ils nous attaquent au sortir de la maison, et ils sont encore plus incommodes dans les bois. Ils ont évidemment de la parenté avec nos cousins de Suéde, quoiqu'un peu plus petits que la généralité des moustiques de l'Amérique du Nord, comme ceux du fort St Jean, par exemple, qui ressemblent aussi aux nôtres, bien que plus gros, leur taille se rapprochant de celle de nos tipules. (1) Les cousins d'ici, sont avides de sang, outre mesure. Heureusement, le temps arrivait, bientôt où nous allions en être débarrassés,

Nous descendimes cette après-midi encore plus bas dans la rivière St Laurent, jusqu'à un endroit où l'on nous dit qu'il y avait des mines d'argent ou de plomb. Tant soit peu en aval de la Baie St Paul, nous passâmes une langue de terre, composée entièrement d’une pierre calcaire grise et assez compacte, disposée en couches inclinées et presque perpendiculaires, et qui me paraît n'être qu'une variété du schiste ardoisier. Les couches penchent vers le sud-est et remontent au nord-ouest. Chacun de ces lits séparément est de l'épaisseur de dix à quinze pouces. Quand on brise la roche, il en émane une odeur forte rappelant celle de la roche-puante. Nous longeâmes, comme auparavant, la rive occidentale du fleuve, qui est toute hordée de montagnes et de rochers

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BAIE ST. PAUL. 155 RE 4: FEU Léve À 1: . . { it | i] à escarpés. La rivière n’a pas au-delà de trois milles “UE . . ‘ ñ s1 É6 N° LEE ti (français) de largeur ici. Çà et là, on pouvait distinguer mS : | dans le roc des veines de spath d’un beau blanc, semi- ; # 1 opaque, à grains peu serrés. On voyait aussi, dans le : SN 0- fleuve, des morceaux de rochers gros comme des mai- HE 4 Î in sons, qui ont roulé, au printemps, du flanc des monta- rit 8, gnes, y laissant des vides que le temps n’a pas encore os 1 À s : }| 1 remplis et que l’on reconnait facilement. En plusieurs rai | | nt endroits, il y avait, dans la rivière, des madragues pour “en Le, la pêcherie des anguilles semblables à celles que j'ai : 0 pi es déjà décrites. (1) Me |!

k: 1 : és RUE fa Je me suis amusé à noter quelques mots de la langue AUUr 1x + We AA Hal ; des Algonquins, que j'ai appris d’un jésuite qui a vécu Ur e 2 Wa.

1 longtemps chez les sauvages. Ils appellent l'eau, muku- 1 11 e A . 1. (EL A 4 man ; la tête, ustigon ; le cœur, uta ; le corps, veetras ; le Fi | | 1 ‘ , : d ‘ £ NE | pied, whhita ; un petit bateau, wsb ; un navire, nabikoan ; Ë (1l Je feu, skule ; du foin, maskoesee ; le lièvre, whabus; (is 2e | | ont un verbe, dérivé du nom, qui exprime l’action AS REA J R ‘2 de chasser le lièvre); la martre, whabis/anis ; l'élan, on . » , , + b moosu (1) (lu final est à peine prononcé); le renne, 1b. pt ci attichku : Va souris, mawilulsis.

Les re Le jésuite de qui je tiens ces détails m'a dit aussi qu'il Les avait grand'raison de croire que si quelques Indiens, ici, i étaient de race Tartare, ce devaient être certainement ai Les les Algonquins, car leur langue est universellement St. re dix (1) Voir page 70.

ne (1) Le fameux moose-leer n'est probablement pas autre chose que l'élan, car personne ne peut nier que moose-deer ne dérive de moosu ; surtout us quand on considère qu'avant que les Iroquois ou Cinq-Nations soient pardu venus au haut degré de puissance qu'ils ont maintenant sur toute l’Amébrs rique du Nord, les Algonquins, étaient alors la principale nation parmi les Indiens, et conséquemment leur langue était la plus répandue sur cette

partie du continent ; quoiqu'ils aient été presque anéantis par les Iroquois, leur langue est encore plus parlée qu'arcune autre, en Canada, (F)

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répandue dans cette partie de l'Amérique du Nord, qui s'étend au loin à l'occident du Canada, vers l'Asie. On dit que c’est un idiôme très riche ; le verbe aller, employé pour exprimer l’action d'aller sur la glace, est, en algonquin, tout-à-fait différent du même verhe employé pour exprimer l’action qu'on est allé sur la terre ferme ou qu'on est allé sur les montagnes, etc.

Nous arrivâmes tard dans la soirée à Terre d'Eboulement, qui est à vingt-deux milles (français) de Québec ; c’est la dernière localité cultivée sur la rive occidentale du fleuve St Laurent.

Le pays plus au bas passe pour si montagneux, que personne n’y peut vivre, et qu'il n’y a pas un morceau de terre labourable. La petite église paroiïséiale s'élève sur la côte, au bord de l’eau. Le noyer ne se rencontre pas près de ce village, ni aucun autre arbre de la famille des juglandées au nord de cet endroit. A Ja baie St Paul, j'ai bien remarqué deux ou trois individus de l'espèce que les Anglais appellent butler-nut trees, (1) mais on les considère comme de grandes raretés, et il n'y en a pas d’autres dans le voisinage,

Aucune espèce de chêne ne vient près de cette localité, ni plus au bas, ou plus au nord.

Le blé est l'espèce de grain que l’on sème en plus grande quantité ici. Le sol est très fertile; et même on récolte quelquefois vingt-quatre ou vingt-six boisseaux pour un; le rendement ordinaire est de dix ou douze pour un. Le pain est plus blanc, ici, que nulle part ailleurs en Canada. On sème beaucoup d'avoine, qui réussit encore mieux que le blé. On sème aussi des

(1) Noyer cendré—/Juglans cinerea, Juglans catharlica, (Noyer tendre.) M.

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pois en grande quantité ; ils rapportent plus qu'aucune céréale ; il y a des exemples de rendements de pois allant jusqu’à cent pour un.

Il y a peu d'oiseaux ici; ceux qui y passent l'été, émigrent en améemne ; il ne reste alors que les oiseaux de neige, les perdrix rouges, et les corbeaux. Même les corneilles ne s’exposent pas à la rigueur de l'hiver et prennent la fuite avant ies grands froids. La grenouille mugissante (Rana pipiens) peuple les étangs du voisinage. On trouve aussi des mouches-à-feu en cet endroit.

Pour éclairer les maisons dans les campagnes, on se sert de lampes alimentées avec de l'huile de marsouin, ou, si l’on ne peut s’en procurer, avec de l'huile de veaumarin ou phoque. |

Il y à dans ce village une femme âgée de 59 ans qui est enceinte. Elle fût 18 ans sans avoir ses menstrues. Attaquée de la petite vérole, en 1748, elle est aujourd’hui dans un état avancé de grossesse. Elle sent les mouvements du fœtus et se dit bien portante; en effet, eile a très bonne mine ainsi que son mari. Comme c’est un ces peu ordinaire, elle fut présentée au médecin du roi, M. Gaulthier, qui nous accompagnait dans ce voyage.

Ce matin, sur les sept heures et demie, nous descen: dîmes la rivière, Le pays voisin de la Terre d'Eboulement est élevé ; imaginez-vous trois ou quatre rangées de collines à sol meuble, étagées les unes au-dessus des autres, et la plupart dans un excellent état de culture, offrant l'aspect, avec leurs champs de blé, leurs prairies et

leurs pâturages émaillés de fleurs, d'un amphithéâtre de verdure,

Le grand tremblement de terre qui a eu lieu en Canada, en février 1663, et dont Charlevoix fait mention, (1) a causé un dommage considérable à cette place, renversant les collines les plus élevées sur les coteaux qu’elles dominaient et comblant les vallées en état de culture. On m'a montré plusieurs petites îles qui doivent leur existence à cette convulsion de la nature. La couche d'humus qui forme le sol de ces collines est parsemée de roches gypseuses noires. En revanche, on n’en trouve pas une seule le long de la rivière jusqu’à la distance de huit milles français. Tout ce pays est couvert de hautes montagnes grises de formation granitique qui contiennent du quartz pourpre et cristallin mélangé de pierre calcaire et de mica noir, et dont le pied baigne dans le fleuve. Ensuite reparaît la pierre gypseuse.

Une bande d'hirondelles de mer (2) vole le long du rivage en gazouillant un bruyant concert.

Le fleuve peut avoir, ici, une largeur d'environ quatre milles français. Nur chacun de ses bords, à une dis: tance d'environ deux milles français, on voit des terrasses semblables à celles de la Terre d'Eboulement ; puis, un peu plus loin, des montagnes sourcilleuses, d'aspect sauvage.

Des ruisseaux se déchargent avec bruit dans la rivière, tombant en cascade du sommet des falaises escarpées et taillées, en précipice, à une hauteur de plusieurs verges, dans la terre ou la roche granitique.

L'un de ces ruisseaux qui traverse une colline com: posée de pierre calcaire, contient de l’eau minérale à

(1) Histoire de la Nouvelle France, tome IT, p. m. 125.

(2) Sterna hirundo, Linn.

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