TERRE D'ÉBOULEMENT
odeur sulfureuse mais très claire, et qui, mélangée avec de la noix de galle, ne change pas de couleur. Versée dans une coupe d'argent, elle la fait paraître comme dorée et y laisse un sédiment rougeâtre. Les pierres et les morceaux de bois, dans le voisinage de cette eau, sont rerouverts d’un limon gris-pâle sur le dessus et noir au dessous. Cette vase à une sareur qui sans être très âcre rappelle celle de l'huile de tabac. Ayant pris pour les examiner quelques-unes de ces pierres, mes mains en ont senti le soufre toute la journée.
Au niveau de l'eau, le schiste ardoisier noir apparaîit de nouveau en abondance. Il git en couches posées presque perpendiculairement les unes près des autres avec une légère inclinaison vers l’ouest sud-ouest. Chaque lit a une épaisseur de dix à quinze pouces. La surface de ce schiste se divise en feuilles minces sous l’action des agents atmosphériques; mais l’intérieur qui est à l'abri du soleil, de l'air et de l’eau, en reste serré et compacte. Quelques-unes de ces pierres ne sont pas tout-à-fait noires et ont plutôt une teinte grisâtre.
Vers midi, nous arrivâmes au Cap aux Oyes, qui doit probablement son nom au nombre d’oies sauvages que les Français trouv rent près d'ici, lors de leur premiére arrivée en Canada. Pour moi, je n'ai vu ni palmipèdes, ni aucune autre espèce d'oiseaux, à l'exception d’un seul corbeau. Ici, nous devions examiner sur les flancs de la montagne de prétendus filons métallifères dont on par: lait beaucoup, mais je n'ai rien trouvé que de petites veines d’un beau spath blanc, contenant quelques taches d'un minerai de plomb. On estime que la distance entre le Cap aux Oies et Québec est de 22 à 25 milles français. À mon grand plaisir, j'ai remarqué que la plupart des plantes sont les mêmes que celles de Suède. Je donne-
rai plus loin la preuve que mon observation est exacte. L'ammophile arundinacée (1) se plait sur les bords du fleuve et empêche les vents d'enlever les sables pour les transporter ailleurs.
Le seigle sauvage (2) se trouve aussi en abondance sur le rivage. Les Français donnent à cette plante, ainsi qu'à la précédente, le nom de seigle de mer. Elles sont si communes, dit-on, à Terreneuve et sur toutes les côtes de l'Amérique du Nord, que les espaces qui en sont couverts, vus d’une certaine distance, paraissent comme autant de champs de blé—ce qui explique ce passage des vieilles relations de voyages au nord, dans lequel il est fait mention de l'excellent pays du Vinland, (3) où l'on trouve des champs entiers de blé sauvage.
Le plantain maritime (4) se rencontre fréquemment sur le bord de la mer. Les marins français se servent de ses feuilles pour relever le goût de leur bouillon ou les mangent en salade. On peut aussi les mariner comme celles de la passe-pierre.
(1) Arundo arenaria, Linn. (Graminées.) (M)
(2) Elymus arenarius, Linn. (Graminées.) (M)
(3) Vinland det goda, ou la bonne terre, est le nom que les anciens navigateurs Scandinaves donnèrent à l'Amérique, qu'ils ont découverte longtemps avant Colomb. Voyez Torfæi Historia Vinlandiæ antiquæ S. partis Americæ Septentrionalis. Hasniae (Haneau) 1715 4to, et la dissertation sur ce sujet de M. George Westmann, A. M. Abo, 1747. (F.)
Voir aussi 10. Description abrégée de la province de la Nouvelle Suède en Amérique, appelée aujourd’hui Pensylvanie (en Suédois). Stockholm, 1702, in-40, par Thomas Campanius: On relate dans cet ouvrage les expéditions qui eurent lieu dans le Vinland au Xe siêcle, 20. Island Hoitramannaland, Groenland, und Vinland von Karl Wilhelmi, Heidelberg 1842. (M.)
(1) Plantago maritima, Linn.
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