‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 41 sur 52 · AUS · texte numérisé non relu

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l'érable rouge, du sumac glabre, de la renouée sagittée, Polygonum Sagittatum (1), Linn, et de plusieurs fougères.

Une grande croix est érigée sur le chemin, et ‘le gamin qui m'a servi de guide à travers le bois me dit que là fut enterrée une personne qui a fait de grands miracles.

À midi, nous étions arrivés au Saut-au-Récollet, petit village situé sur un bras de la rivière St Laurent, dont le courant est très violent entre l’île de Montréal et l'île Jésus. Son nom lui vient d’un accident qui est arrivé à un frère récollet appelé Nicolas Veil, en l’année 1623 (2). Il descendait dans un bateau avec un sauvage converti et quelques autres sauvages de la nation des Hurons, dans le but de se rendre à Québec ; mais, comme il passait en cet endroit de la rivière, le canot chavira et il se noya, ainsi que son néophyte. Les sauvages, qui furent soupçonnés au reste d’avoir causé volontairement l'accident, nagèrent jusqu’au rivage, emportant avec eux ce qu'ils purent sauver des effets du moine, épaves ou dépouilles, qu'ils ne rendirent jamais.

Le pays, aux alentours, est rempli de pierres, et:la culture ne fait que d’y commencer. Les vieillards se souviennent d’avoir vu, couverts de grands bois, tous ces champs, ces prairies et ces pâturages.

Les prêtres disent que la contree était autretois entièrement habitée par des Hurons convertis. Quand les Français pénétrèrent daus cette partie du pays, ces Indiens

(1) Polygonées. (M.) {(?) Le Père Nicolas Viol. (M.

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vivaient sur une haute montagne à une petite distance de Montréal ; mais les colons, à force d’instances, finirent par les décider à leur abandonner la place, et à transporter leurs cabanes dans une autre localité, C’est alors que les sauvages vinrent s'établir au Sault-au-Récollet, où plus tard on leur construisit l’église qui existe encore, et où ils assistent, actuellement, et depuis une longue suite d'années à l'office divin. Les Français s'étant accrus en nombre dans l’île de Montréal, le désir de l'avoir tout entière, pour eux seuls, s'empara naturellement d'eux, et ils s’eflorcèrent d'engager les Indiens à leur vendre cette terre du Saut, comme ils avaient déjà fait de l’autre, et d'aller planter leurs tentes ailleurs.

Après maints pourparlers, ils réussirent encore au gré de leur désir, et les sauvages, dont au reste le voisinage est peu désirable, à cause de leur ivrognerie et de leur vie nomade et paresseuse, quittèrent le pays pour aller se fixer au lac des Deux-Montagnes, où ils sont encore et où ils ont une belle église en pierre (1). Celle du Sautau-Récollet est un vieil édifice en bois, d'apparence décrépite ; mais l’intérieur en vaut mieux que le dehors et es Français ÿ suivent les offices religieux. D'ailleurs, on ne tardera pas à bâtir une église neuve ; la pierre

qui devra entrer dans sa construction est déjà rendue

sur les lieux.

Les observations que j'ai faites durant ces trois jours paraîtront dans une autre publication.

Il n’y a pas eu de pluie ici depuis quelque temps; cependant l'humidité de l’air est telle que j'ai retrouvé,

(1) On sait dans quelles circonstances füchouses celle église a été réæmment détruite, (M.) /

nce tout mouillés, des morceaux de papier que j'avais laissés ‘ent à l'ombre, sur le sol, quelques minutes auparavant, et por- que je destinais à servir d’enveloppes à mes graines. lors Cependant, le firmament est clair et brillant, et la chalet, leur aussi intense qu’au mois de juillet. ore, œue TUS . Chaque année, une moitié des champs est laissée en voir friche en alternant, et la partie ainsi laissée en friche ent n’est jamais labourée pendant l'été, ce qui permet aux lens animaux de brouater les herbes sauvages qui y poussent. ils Je l’ai déjà dit, on ne sème ici que du blé d'été. QueluTrs ques cultivateurs labourent les terrains en friche, tard en automne, d’autres attendent jusqu’au printemps pour ; le faire; mais le premier mode est, dit-on, préférable au gré : k z At second, et donne une bien meilleure récolte. Le blé, l'orge, FN le seigle et l’avoine sont hersés, mais les pois sont semés

és avant le labour. L’ensemencement se fait ordinairement vers le 15 avril, et on commence par les pois. Parmi les espèces différentes de pois que l’on peut se äé. procurer ici, les pois verts sont préférés pour la semence. Ils viennent très bien dans un sol pauvre,

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” mais élevé, sec et mélangé de sable grossier. La récolte Me commence vers la fin et quelquefois au milieu d'août. FA Le blé rapporte généralement quinze ou vingt minots

pour un, l’avoine de quinze à trente. Le rendement des pois va parfois jusqu'à quarante minots pour un ; urs mais d’autres années ilne dépasse pas dix et varie beaucoup. La charrue et la herse constituent tout

+: l'outillage aratoire du paysan canadien, et encore ces ?

V6 instruments ne $nt-ils pas de la meilleure qualité. On ’ x . Q

fume les friches au printemps. Le sol se compose d’ane

eu terre grise pierreuse, mélangée de giaise et de sable.

On ne sème d'orge que ce qu’il en faut pour la nourri-

ture des bestiaux ; il ne se fait pas de malt ici. On sème beaucoup d'avoine, mais seulement pour les chevaux et les bestiaux. Personne, dans un pays où il faut garder à l’étable et nourrir les animaux de ferme pendant cinq mois chaque année, ne songe à utiliser, comme fourrage, les feuilles d'arbres décidues, dont cependant les forêts sont remplies.

J'ai déjà dit et répété que presque tout le blé semé en Canada est du blé d'été, c'est-à-dire qu'on n’y sème le blé qu'au printemps. Près de Québec, il arrive quelquefois, lorsque l'été est moins chaud ou le printemps plus tardif que d'ordinaire, qu’une grande partie du blé n’a pas le temps de mürir parfaitement avant que le froid commence. On m'assure que quelques cultivateurs de l’île Jésus sèment leur blé en automne, et que leur récolte est bien meilleure et beaucoup plus abondante que s'ils semaient leur blé l'été; cependant, le blé d'automne mürit à peine une semaine avant l’autre.

\ Je remarque qu'ici les champs sont enclos de murs de pierre au lieu de palissades de bois: ce quis explique par l'abondance de la pierre.

Le hêtre, qui est très commun dans les bois, porte maintenant ses graines, dont les Canadiens sont très friands ; ils les cueillent l'automne et les font sécher jusqu’à l’hiver ; les faînes ont alors une saveur excellente, et on les sert, au dessert, en guise de noix ou de noisettes. Le curé de cette localité me dit qu’à sept milles français d'ici, près de la rivière l'Assomption, # y a une saline où, pendant la guerre, les habitants se sont approvisionnés d'un beau sel blanc. L'eau de cette source a, paraît-il, un goût très saumâtre,

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Certaines espèces d'arbres fruitiers réussissent merveilleusement bien près de Montréal, et j'ai eu l'occasion d'y voir de très-belles variétés de poires et de pommes. À Québec, les poiriers ne pourraient supporter la rigueur de l'hiver; il arrive quelquefois que, même dans le voisinage de Montréal, la gelée les détruit. Les pruniers de différentes sortes, qui ont été importés de France, viennent très-bien. 11 y a dans les forêts trois espèces de noyers indigènes ; mais le noisetier importé d'Europe périt presque chaque année, à l’exception de la racine, qui émet de nouveaux rejetons au printemps. Le pêcher ne s'acclimate pas; quelques individus, cependant, résistent au froid, quand on a eu la précaution de les entourer de paillassons. On n'a encore planté en Canada ni mûriers, ni châtaigniers, ni d’autres arbres de même espèce, |

Toute la partie cultirée du Canada a été donnée par le roi au clergé et aux nobles ; les terres non défrichées leur appartiennent aussi, de même que le terrain occupé par les villes de Trois-Rivières et de Québec. Celui sur lequel Montréal est bâti appartient, ainsi que toute l'île du même nom, aux prêtres de l’ordre de St Sulpice résidant à Montréal. Ils ont donné la terre en censive aux fermiers et à tous autres désirant s’y établir. Les premiers colons payaient leurs champs une bien modique somme ; souvent, toute la redevance pour une pièce de trois arpents sur trente consiste en un couple de poulets, ou bien en une rente de vingt, trente ou quarante sols. Mais ceux qui sont venus plus tard paient près de deux écus une terre de semblable étendue ; il s’en suit que la rente foncière est trés inégale par tout le pays. L'évêque du Canada n'a pas de reveuns fonciers. Les églises sont bâties aux frais des con-

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