‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 8 sur 52 · TROIS-RIVIÈRES · texte numérisé non relu

TROIS-RIVIÈRES

Nes principaux édifices sont deux églises en pierre, un couvent et un collèse sous la direction de frères de l’ordre de St François, et la maison, aussi en pierre, du gouverneur, qui est le troisième gouverneur du Canada. La plupart des autres maisons sont en bois, à un seul étage, assez bien bâties, et très éloignées les unes des autres ; les rues sont tortueuses. La côte ici est composée de sable et s'élève très haut. Lorsque le vent est violent, il balaye le sable et le porte jusque dans les rues, ce qui rend la marche très fatigante. Les sœurs du couvent qui sont au nombre de vingt-deux, passent pour très adroites en toutes sortes d'ouvrages à l'aiguille.

Il fut un temps où Trois-Rivières était la ville la plus florissante du Canada. Les Indiens alors y apportaient de tous côtés leurs marchandises Mais depuis la guerre avec les Iroquois, où Cinq-Nations, ils vont faire leurs achats à Montréal et à Québec, et chez les Anglais, ce qui —avec d'autres causes—a de beaucoup amoindri l’importance de la ville et arrêté ses progrès. Nes habitants vivent principalement du produit de leurs terres, mais le voisinage des Forges leur estaussi très avantageux. À la distance d’un mille anglais au-dessous de la ville, une grande rivière vient se décharger dans le fleuve St. Laurent, après s'être divisée en trois branches, qui semblent autant de rivières différeutes. De là le nom de Trois-Rivières donné à la ville, aussi bien qu'à la rivière.

La marée se fait sentir jusqu'à une lieue au-dessus de Trois-Rivières, mais si peu que c’est à peine si on le remarque. Cependant, au temps de l’'équinoxe, et aux nouvelles et pleines lunes au printemps et en automne, la différence entre le niveau le plus élevé et le plus bas est de deux pieds. La marée remonte donc très haut

dans le fleuve, puisque l’on compte du lieu ci-dessus D

mentionné à la mer une distance d'environ cent cinquante lieues.

Pendant que mes compagnons prenaient du repos, je montai à cheval et fus voir les Forges, passant à travers un pays assez élevé, sablonneux, et à surface plane. Pas de montagnes, ni même de pierres.

L'usine, qui est le seul établissement de ce genre dans le pays, est à trois milles à l'ouest de Trois-Rivières. Il yalà deux grandes forges, avec deux plus petites adossées à chacune d'elles, sous un même toit, Les souffets sont en bois, ainsi que tout le reste, comme dans les usines de Suède. Les hauts-fourneaux sont près des forges et ressemblent aux nôtres. La mine est à deux lieues et demie de la fonderie, et le minerai y est charroyé sur des traineaux. C'est une sorte de métal (1) (moor ore) que l’on trouve en veines, à six pouces ou un pied de la surface du sol. Chaque veine a une profondeur de six à dix-huit pouces, repose sur un lit de sable blanc, et est entourée de chaque côté de ce même sable. Le tout est recouvert d’une légère couche d'humus. Le minérai est très riche, et se trouve dans les veines en masses détachées, de la grosseur des

deux poings ; il y en a quiont jusqu'à dix-huit pouces d'épaisseur. Ces masses sont pleines de trous remplis d'ocre. Le minerai est si mou qu'on peut l'écraser entre ses doigts. Pour en activer la fusion, on se sert d’une sorte de pierre à chaux grise, que l’on se procure dans le voisinage de l’usine ; on emploie aussi dans Île même but de la marne argileuse, appelée vulgairement terre-à-pipe, que l’on trouve près de là. Le pays étant

(1) Tophus Tabalcaini, Linn. Syst. Nat. II, p. 187, n.5. Minera ferri subaquosa nigro cærulescens. Wall. Mineral. p. 263. Ed. Allemande, p. 340, n.3. Les ocres de fer en forme de croûtes sont quelquefois caverneuses, comme le Hrush ore. Vorster’s Mineral, p. 48.

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