‹ Mémoires de la vie privée de Benjamin FranklinChapitre 13 sur 33 · DE B. F R A N K L I N. I · texte numérisé non relu

DE B. F R A N K L I N. I

primeur étant généralement regardée comme un pauvre métier, je ne clevois pas m’attendre à trouver de l’argent avec une femme , à moins que je n exigeasse en elle aucun autre agrément. En attendant y cette passion de jeunesse , si difficile à gouverner , m’avoit souvent entraîné dans des intrigues avec des femmes abjectes que je trouvois sur mon chemin ; ce qui n’étoit pas sans frais et sans inconvénient \ outre le risque perpétuel d’altérer ma santé et de gagner une maladie , que je craignois sur toutes clioses. Je fus cependant assez heureux pour échapper à ce danger.

J’avois entretenu une liaison d’amitié comme voisin et comme ancienne connoissance^ avea la famille de misse Read. Ses parens avoient conservé de l’attachement pour moi , depuis que j’avois été logé dans leur maison. J’y étois souvent invité ; ils me consuîtoient dans leurs affaires , et je leur avois quelque! fois été utile. J’etois touché de l’infortunée situation de leur fille , qui ét oit mélancolique , rarement gaie , et toujours cherchoit la solitude. Je regardois mon étourderie et mon inconstance , pendant mon séjour à Londres , comme la principale cause de son malheur ; quoique sa mère eût la candeur de s'en a£-

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tribuer la faute à elle-même , plutôt qu’à moi , parce qu après avoir empêché notre mariage avant mon départ , elle F a voit engagée à se marier à un autre en mon absence.

Notre affection mutuelle se ralluma ; mais il y avoit alors de grands obstacles à notre union. Son mariage passoit , à la vérité, pour n’ètre pas valide , y ayant , à ce qu’on diï soit , une première femme vivante en Angleterre ; mais il étoit difficile d’en avoir la preuve à une si grande dislance ; et quoique le bruit se fût répandu que Fliomme étoit mort , nous n’en avions pas la certitude, et en supposant ce bruit fondé , il avoit laissé beaucoup de dettes , pour le paiement desquelles son successeur pourroit être recherché. Nous nous aventurâmes néanmoins au-dessus de toutes ces difficultés , et je l’épousai le premier septembre rySo. Aucun des inconvéniens que nous avions craints ne nous arriva. Elle fut pour moi une bonne et fidelle compagne, et m’aida beaucoup en faisant valoir maboutique. Nous prospérâmes ensemble , et nous nous sommes toujours efforcés de nous rendre mutuellement heureux. Ainsi je corrigeai , aussi bien que je le pus , cette grande erreur de ma jeunesse.

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Notre club n’étoit point établi alors dans une taverne. Nous tenions nos assemblées chez M. Grâce , qui avoit consacré une partie de maison à cet usage. Quelqu’un observa un jour que , puisque nos livres étoient souvent cités dans nos recherches sur les questions proposées , il seroit commode pour nous de les avoir tous réunis dans le lieu de nos assemblées ? afin qu’ils pussent être consultés au besoin , et qu’en formant ainsi une bibliothèque commune de nos bibliothèques particulières , chacun de nous eût l’avantage d user des livres de tous les autres membres ; ce qui vaudrait presqu’autant que si chacun possédoit le tout. Cet avis fût goûté et suivi ; et nous déposâmes 9 dans le fond de la salle d’assemblée , les livres dont nous crûmes pouvoir nous dessaisir. Ils ne furent pas en aussi grand nombre que nous nous y attendions ; et quoique nous en eussions fait beaucoup d’usage ? au bout d’environ un an ? quelques inconvénîens ? provenans du défaut de soin ? nous décidèrent à détruire la collection ; et chacun remporta ses livres chez soi.

A cette époque ? je donnai mon premier projet de lecture publique , qui fut d’établir

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«ne bibliothèque formée par souscription. J’en dressai le prospectus ; je fis mettre les conditions en forme par notre fameux notaire Brockden , et mon projet réussit , comme on le verra par la suite.

Fin de la première partie.

Servant de suite à sa Pie privée (i).

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