CHAPITRE III
Franklin commence à développer ses talens en politique . Il est nommé maître des postes y et bientôt après agent de plusieurs provinces . Il passe à Londres . Lettre circulaire écrite par lui aux Américains «► Son ami y JM. Adams y en publie quelquesautres . Premières étincelles de la révolution américaine . Deux autres lettres remarquables . Humeur de V historien an glois contre la révolution d* Amérique Franklin retourne à Philadelphie .
C>E ne fut qtTaprês: avoir passé le midi de sa vie que Franklin montra qu’il avoit aussi des talens en politique. Son opposition au gouvernement propriétaire y et ses efforts pour introduire en Amérique le gouvernement royal y le firent d’abord avantageusement connoxtre de tous, ses concitoyens , et bientôt il s’attira la faveur du ministère anglois par ses plans et réglemens relatifs à l’administration des postes en Amérique %
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et à une nouvelle taxation, plus lucrative pour le gouvernement. En récompense il fut nommé adjoint à la maîtrise générale des postes. Pourvu de toutes les qualités nécessaires pour se,concilier la faveur populaire, il obtint une place dans rassemblée , et unit ses efforts à ceux de M. Joseph Gallovray contre la forme du gouvernement proprié rtaire . En 1764 il fut nommé agent de la province pour transiger à Londres sur cette affaire. Il étoit alors en si grande réputation , qu’il fut nommé bientôt après agent pour trois autres provinces , la Nouvelle-Jersey , la Virginie et la Géorgie.
Lorsqu’il fut question de Y acte du timbre, une des grandes occupations du docteur fut de s’y opposer, et en cette occasion il donna un exemple de la duplicité de son caractère ; car quoiqu’il fût continuellement écrivant et argumentant contre cet acte du parlement, il jugea cependant convenable de demander et d’obtenir pour un de ses amis la place de directeur du timbre à Philadelphie , et d’en recommander un antre pour la province de Maryland. Quelques-uns assurent même fine le docteur , quoiqu’il fût si fortement oppo-
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saut à Y acte du timbre en ayoit lui-même donné le projet. Toujours est-il certain que , se trouvant quelques années ayant à la table du général Braddock, comme celui-ci se plaignoit de la lenteur des provinces à payer les impôts, et à s’unir pour le bien général, Franklin dit qu’un impôt du timbre , établi par un acte du parlement d’Angleterre pour toutes les colonies, produiroit infailliblement à la couronne un revenu indépendant et nouveau. Plusieurs personnes se souviennent d’avoir entendu ce propos ou l’équivalent sortir de la bouche de Franklin.
11 paroît encore plus clairement que Pimpot du timbre ayoit été pendant long-temps nn de ses plans favoris , par un manuscrit écrit par luûmême sur ce sujet, avant sa venue à Londres en qualité d’agent, et qui a été vu et lu par plusieurs personnes à Philadelphie. Ainsi ce patron de la liberté s’étoit occupé d’un grand nombre de projets : impôt du timbre , capitation , billets de banque portant intérêt à l’échiquier d’Angleterre , aoc*se et poste aux lettres ; et nous voyons qu’il n’ayoit alors aucune aversion pour les
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taxes intérieures , pourvu que lui et ses amis pussent en avoir Fadministration , et conséquemment en tirer des émolumens.
Après avoir subi un examen devant la chambre des communes , à F époque de Y acte du timbre , il lit circuler par toute FÀmérique un pamphlet contenant exactement y disoit- il , les questions et les réponses qui furent faites à cette occasion. Quoi qu’il en soit , il lut inébranlable dans son opinion , et fît tant que Y acte fut révoqué* Mais rien ne contribua plus à faire éclater la. rupture entre la mère-patrie et les colo- * nies que la correspondance inflammatoire du docteur avec ses amis ? tous hommes imbus de principes révolutionnaires ; et , malgré la certitude dans laquelle ils étaient d’obtenir par leur droit la réforme de tout abus et une réconciliation sincère ? ces hommes étoient artificieusement employés à souffler le feu de la discorde ^ à exciter des haines implacables , et à propager par toute la contrée les recettes politiques du docteur. Telles furent les menées par lesquelles on inculqua dans les esprits du peuple qu’un jour ou l’autre l’Amérique de voit être libre et indépendante ; qu’il étoit ab~
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surde de supposer qu’un si vaste continent pût jamais être équitablement gouverné par une petite île, un point imperceptible , situé à quinze cents lieues de distance', et dont le roi ne pouyoit connoître la situation ni les habitans que par les rapports fort douteux de gouverneurs intéressés et corrompus.
La révocation de Y acte du timbre ne calma point l’animosité des Américains ; elle ne fut au contraire qu’un encouragement à former de nouvelles prétentions. Ils demandèrent également la révocation de plusieurs autres actes subséquens ; enfin la destruction du thé à Boston mûrit la querelle , et ils * levèrent le masque. Quelque temps avant cette époque , les papiers-nouvelles d’Amérique étoient remplis de déclamations les plus amères contre le roi et les ministres d’Angleterre* La plupart de ces écrits étoient l’ouvrage de M. Samuel Adams , agent principal du docteur et son correspondant.
M. Adams publioit continuellement des extraits de lettres venant de Londres. Ces lettres étoient toujours anonymes ; mais oft ne manquoit pas d’insinuer que celui qui les écrivoit étoit un homme de mérite , revêtu d’un caractère public j et un grand
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ànn des colonies. Entre plusieurs de ces lettres j nous ne rapporterons que la suivante.
Voici , disoit le docteur , l'instant de >5 1 epreuve , et toute l'Europe va voir si les Américains possèdent quelque vertu. De » toutes les parties du globe les yeux sont » fixes sur vous, et attendent impatiemment » de savoir quels seront vos sentimens , et » quel rôle vous vous proposez de jouer » depuis la révocation partielle des actes. » Les papiers anglois vous instruiront des >5 particularités de cette révocation et des » débats qui ont eu lieu à cette occasion. » Votre conduite , en la circonstance pré- » sente, décidera en grande partie de votre « destin futur ; car l'omission de l'impôt sur » le thé , dans la révocation, est laissé là » comme la pierre de touche de la liberté y des Américains. Vous ne pouvez vous fî- » gui er j mon cher ami , dans quelle anxiété
* je vais etre jusqu à ce que je sache votre 5 détermination. C'est de là que dépend en 5 grande mesure l'influence du ministère 5 anglois sur les colonies. Leur espoir est > que les provinces se diviseront, que quel-
* <P*es-unes adhéreront à leurs prétentions ,
» et que bientôt les autres suivront leur » exemple ; mais votre sincere ami a de » vous une meilleure opinion ; et je ne puis >3 me persuader qu’après une si noble re- 33 sistance , vous finissiez par vendre votre >5 droit naturel pour un plat de potage .
» Soyez seulement sincères avec vous-me- 03 nies , ' et espérez le succès. Les amis que 33 vous avez ici sont des hommes senses et 33 de grands caractères ; iis sauront en temps >3 et lieu anéantir toute opposition. Soyez. 33 fermes * soyez courageux ; et , comme 33 disoit , au moment de faction , le roi 33 Henri à ses soldats , ne déshonorez pas 33 vos mères. Montrez j voila 1 instant , que 33 ceux que vous appeliez vos peres 'vous 33 ont réellement engendrés 33.
Dans une autre lettre , il dit : <* c est pour 33 moi u ne grande joie d’apprendre que vous 33 êtes fermement résolus à ne plus importer 33 dans vos colonies les joujoux de la Grande-. 33 Bretagne , et à encourager parmi vous. » l’industrie. Vous sentirez bientôt le fruit 33 dune telle conduite , quand même les 33 actes ne seroient jamais révoqués à votre 33 pleine satisfaction ; car votre terre et votre 33 mer , les véritables sources de la richesse f
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y> continueront toujours de produire. Si elles >5 s’accroissent annuellement , si vous cesser r> d 'en échanger les fruits précieux contre y> les bagatelles de cette contrée , si vous >3 savez employer votre temps à manufacturer vous-mêmes les choses qui vous sont j» nécessaires , bientôt vous vous verrez au- :» dessus de votre dette. On m’a dit que dans >3 quelques-uns de vos tribunaux il y avoit >3 à chaque quartier plusieurs centaines :» d’actions pour dettes ; et que ces dettes 9 y> pour lesquelles des marchands poursui- >3 vent ainsi juridiquement vous et vos con- » citoyens , sont toutes pour fournitures de » marchandises angloises. Quelle perte de y> temps ce commerce insidieux ne doit-il » pas occasionner au peuple , sans compter ;» les faux-frais qu’il entraîne ; et comment » des hommes libres peuvent-ils soutenir 2» l’idée de s’assujettir au hasard d’être privés de leur liberté individuelle , selon le cas> price du premier colporteur , pour le » futile plaisir de se parer des joujoux de 20 la Grande-Bretagne, lorsqu’ils peuvent par t> leur propre industrie se faire à eux-mêmes a» une maison, un ménage honorable et subs-* >*• tantiel ! Oh que tous ces sectateurs des
modes nouvelles ne peuvent-ils voir com- *> bien de marchands , et même d 'échop- » piers vivent ici dans luisance , grâce aux » folies américaines ! Combien de boutiques & d’A ^ B , C et compagnie ^ avec des mar- » chandises pour V exportation aux cx>lo - » nies y entretiennent trois ou quatre asso- *> ciés et leurs familles , ayant chacun sa » maison de campagne et son équipage ; se yy nourrissant, comme des princes, des sueurs de votre front ; feignant à la vérité quelquefois de nous vouloir du bien , mais » ne nous offrant dans la circonstance ac- *> tuelle aucune assistance ! Je suis persuadé que , l’indignation succédant tout-à-coup » à notre imprudence , nous rougirions de *> la servitude dans laquelle nous a tenus y» trop long-temps ce commerce ruineux , ^ et prendrions l’inébranlable résolution de 33 le rejetter pour jamais , et de chercher à 33 l’avenir nos ressources là où Dieu et la 33 nature les ont placées , au-dedans de 33 nous-jnêmes >3.
Telles étoient les lectures que le docteur Franklin envoyoit de Londres à son ami Adams , qui en faisoit le sujet de ses harangues dans les assemblées des citoyens d$
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Boston, et communiquent leur contenu, avec des lettres circulaires,, aux comités et conseils de sûreté des différentes proyinces. La flamme de la liberté brilloit alors aux yeux des Américains, depuis New-Hamsphire jusqu’à la Géorgie ; et quelques enthousiastes attribuoient à une fayeur spéciale du ciel sa clarté et ses rapides progrès : mais il n’est que trop évident ^ aux yeux de la saine raison , que cet esprit d’opposition au plus doux , au meilleur de tous les gouvernemens, ne fut que l’effet des suggestions d’un certain nombre d’hommes adroits et ambitieux. Ainsi notre docteur philosophe se montroit l’ennemi du gouvernement , des manufactures et du commerce d’une nation dont il n’avoit reçu que des distinctions , tant honorifiques que lucratives. Mais nous ne l’accuserons point d’ingratitude , quoiqu’on ne puisse nier qu’au lieu de recommander à ses concitoyens des mesures conciliatoires , sa plume , sa langue , toutes les facultés de son ame étoient soigneusement employées à accroître les craintes et à enflammer les esprits ; rien que l’indépendance ne pouyoit satisfaire le moderne Machiavel. Ils obtiu-
rent à la fin l’indépendance avec la banqueroute et le déshonneur.
Cette indépendance , cette souveraineté si vantée ont été depuis treize ans dans les mains d’une démocratie ; et loin que le peuple ait obtenu les avantages qu’il en espéroit, il a déclaré unanimement que sa situation ne pouvoit être pire ; tous ont consenti à essayer de faire des changement dans leur première confédération. Leurs personnes, leurs possessions et leur commerce ont perdu cette sécurité dont ils jouissoient comme sujets de la Grande - Bretagne ; et aujourd’hui ils cherchent humblement à imiter une constitution que Franklin et les autres politiques par théorie leur ont appris à mépriser. Il parle avec dédain des manufactures de la Grande-Bretagne ; mais le peuple d’Amérique sait parfaitement qu’elles sont bonnes , nécessaires , substantielles ; et depuis la paix il leur â toujours donné une préférence marquée, puisque ces manufactures si futiles font encore aujourd’hui les trois-quarts des importations américaines.
Mais poursuivons. Après avoir été des-
titué de son emploi de maître des postes.
Franklin
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Franklin quitta Londres, et retourna prompt tement en Amérique , dans la ferme intention de soutenir ce qu’il appelloit la cause de la liberté, et de donner ses avis et instructions aux nombreuses associations républicaines alors formées par toute la colonie.