CHAPITRE IV
Adieu patriotique à un ami. Emission d un papier-monnoie. Fermeté de M. Franklin dans ses idées d’indépendance. Il est nommé par le congrès ambassadeur en France. Sa lettre à milord Stormont , et réponse de ce dernier. Mémoire du lord Stormont aux ministres de France. La nouvelle de l’échec du général Burgoyne arrive en France , et fait pencher la balance. Le roi reconnoît l’indépendance des Américains. Projet de surprendre la flotte britannique ; il échoue. Etonnante 'révolution. Affection des François pour les Américains. Les provinces se disputent l’ honneur d’avoir donne naissance aux dieux de Franklin. Il est aussi habile en finance. Après de grands services rendus , il retourne à Philadelphie.
pSAé printemps de 177^ » Ie docteur eut occasion d’électriser tout le continent avec les nouvelles du combat de Lexington. Les
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nombreuses et pathétiques descriptions qu’il fit de cette malheureuse affaire achevèrent de déchirer la plaie , et rendirent impraticable toute idée de réconciliation entre les deux nations. A la fin, il parut dans les papiers publics une copie de sa lettre laconique , mais signifiante à un de ses amis , jadis intime , M. Strahan , imprimeur de S. M. , et membre du parlement , pour Malmsbury.
Philadelphie, le 5 juillet 177J.
M. Stkahas ,
* V ous etes membre de ce parlement , et » vous avez fait partie de cette majorité qui « a condamne mon pays à la destruction.
« Vous avez commencé à brûler nos villes,' » et à tuer leurs habitans ! Regardez à vos » mains , elles sont teintes du sang de quel- » ques-uns de vos parens ou amis. Long- » temps nous fumes amis vous et moi ; vous » êtes à présent mon ennemi , et je suis le » vôtre. B. Franklin ».
Les débats de la Grande-Bretagne avec les
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Américains commencèrent alors à se présenter sous un aspect sérieux. Bien déterminés à persister dans leur opposition aux actes du parlement d’Angleterre , il leur fallut songer à se procurer des moyens de défense ; ils avoient peu ou point d’argent mon noyé , et ils manquoient également d’armes et de munitions. Dans ces circonstances , l’émission d’un papier-monnoie fut jugée indispensablement nécessaire ; le docteur Franklin fut un des premiers à démontrer cette nécessité : autrement ils ne pouvoient faire qu’une très-courte et très-foible résistance contre la mère-patrie. La première émission, de trois millions de Rixdales , eut lieu le 2.5 juillet 177 5 , avec promesse de raclrat en or et argent dans l’espace de trois ans ; et vers la fin de 1776 , avant que le docteur eût quitté l’Amérique , ils en avoient émis et dépensé plus de vingt-un millions , qui passoient comme especes courantes. Le congrès commença à s’inquiéter , ne sachant trop comment on pourroit racheter une si forte somme. Quelques-uns des membres , lorsque le docteur Franklin étoit sur le point de partir pour la France , lui ayant demandé sou avis sur ce sujet : « point d inquiétuue ,
DE B. F R A N K L I K. 37 »> répondit-il , émettez votre papier conti- « nental aussi long-temps qu’il suffira pour » payer la main-d’œuvre , l’encre et le pa- » pier. Ainsi nous parviendrons à subvenir » à tous les frais de la guerre ».
Un fait bien avéré , c’est qu’au commencement des débats le peuple n’avoit aucun plan arrêté , et qu’il n’avoit pas même l’idée de disputer son indépendance. Toutes les adresses publiques des diverses colonies étoient remplies des termes de loyauté envers leur souverain , et de vœux ardens pour une réconciliation ; mais il est plus que probable que l’attention du docteur et de quelques autres se porta encore vers cet objet , et qu’ils surent recommander aux provinces les mesures tendantes à l’accomplissement de leurs desseins. Un homme est connu par ses associés. Le feu général Lee étoit alors en Amérique , et vivoit dans la plus étroite intimité avec le docteur. Le zèle actif et républicain du général le conduisit de colonie en colonie. Il les parcourut toutes semant en chemin l’amertume , et enflammant les esprits ; mais moins capable de dissimulation que quelques autres politiques rusés , il divulguoit souvent le secret , et prêelioit ou-
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vertement la doctrine de l’indépendance; A la fin , l’importante question fut portée devant le congrès tandis que le docteur étoit représentant pour la province de Pensylvanie. Elle fut débattue pendant plusieurs jours , et elle rencontra une forte opposition. Le système de l’inclépendance fut combattu par plusieurs orateurs distingués , entre lesquels étoient M. Dickinson , auteur des lettres du cultivateur ; M. Wilson , célébré légiste , etM. Galloway ; les délégués n’avoient point sur ce point d’instructions de leurs comme ttans , comme on l’a faussement assure. Notre docteur , ferme comme un roc , resta inébranlablement attaché à sa chère indépendance ; éloquence , argumens , rien ne put lui faire abandonner son plan concerte ; et ceux qui s’étoient déclarés opposans à ce système , voyant l’inaltérable détermination de leur antagoniste , finirent par y donner les mains.
Après avoir gagné ce point , 1 ambition ouvrit au docteur une nouvelle carrière. Les principales ressources américaines .cousistoient , comme on Ta dit , en chiffons de papier métamorphoses tout-a coup en papieimonnoie continental ; et quoique le projet