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en eût été beaucoup admiré , comme le peuple ne pouvoit alors entendre parler d’aucune espèce de taxes, et que de grandes sommes d’argent ét oient nécessaires pour soutenir les opérations militaires , il étoit à craindre qu’une trop fréquente émission de ce papier-monnoie ne Tint à le décréditer. Le docteur tourna encore les yeux vers l’Europe, comme la seule contrée d’où il pût tirer des secours. Il obtint donc du congrès une commission pour se rendre en qualité d’agent à la cour de France , persuadé qu’il n’étoit aucun théâtre plus propre à faire briller ses talens , et que sa réputation philosophique lui conciiieroit infailliblement l’affection de la nation Françoise ; ce qui arriva comme iJ l’avoit prévu. Dès qu’il parut* toutes les classes du peuple s’empressèrent à l’envi de faire honneur au sage rusé qui portoitdes cheveux blancs ; il débarqua à Nantes le 17 décembre 1776. Immédiatement après son apparition à la cour de France , où il reçut toutes les marques de distinction et d’estime , il écrivit , conjointement avec M. Déane , son collègue , plusieurs lettres au lord Stormont , ambassadeur d’Angleterre , relativement à l’échange des pri-
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sonniers ; mais il n'en reçut point de ré«* ponse.
Les agens américains ne cessèrent pas pour cela d’écrire au lord Stormont , et de se plaindre du traitement que leurs compatriotes recevoient dans les prisons d’Angleterre et ailleurs , et même ils menaçoient d’un traitement pareil ou plus dur encore pour les prisonniers anglois , lui observant : cc que pour le bien de l’humanité il étoit à desirer que des deux côtes on cherchât >> à alléger , autant qu’il seroit possible , les 53 maux qu’entmîne inévitablement la guerre* 53 On disoit que les nations civilisées de 33 l’Europe avoient beaucoup diminué de ees anciennes horreurs ; mais forcer des 33 hommes par le poids des chaînes , par les » coups et la famine , à combattre contre 33 leurs amis et leurs païens , c’est une bar- 33 barie nouvelle , dont l’invention étoit rép servée à la nation angloise 33.
A toutes ces aspérités de langage l’ambassadeur du roi répondit seulement, « qu’il 33 ne recevoit point de lettres écrites par des » rebelles ^ à moins que ce ne fut pour dep mander pardon 33,
Personne n’a jamais peut-être voué une
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plus grande inimitié à la mère-patrie que le docteur Franklin , et personne n’a été plus fécond en ressources pour nuire à son commerce et à sa navigation. Il sut , conjointement avec son collègue , faire sortir des ports de France plusieurs corsaires américains ; et ce fut sans doute aussi par ses instructions qu’il se trouva un si grand nombre de corsaires de la nouvelle Angleterre partout où l’on pouvoit intercepter nos vaisseaux. Les marchands anglois firent des pertes immenses ; et la France , quoique nous ne fussions pas en guerre avec elle ^ aidoit les Américains de tout son pouvoir. Lord Stormont écrivit à cette occasion le mémoire suivant aux ministres de France.
cc Indépendamment de ce que les puis- 33 sancesse doivent réciproquement, d’après 33 les loix sacrées de la nature et des nations , » lorsque quelques-unes de leurs provinces 33 se préparent à la rébellion , et sans parler » des désavantages qui résuiteroient peut-être pour d’autres ‘ états du succès des Amé- >3 ricains dans leurs tentatives , puisque les » provinces appartenantes à ces autres puis- » sances pourraient être tentées d’imiter leur exemple , le soussigné est instruit à
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« représenter aux ministres éclairés de la » France que nos colonies se sont tout ré- 55 Gemment formées en un empire indépen- 25 dant et formidable ; si elles n’étoient pré- >5 venues à temps , il ne leur seroit nulle- » ment difficile 7 vu leurs immenses res- 55 sources en tout genre , d’entreprendre la » conquête d’autres provinces américaines 55 plus riches et mieux situées. La France et » TEspagne auroient donc tout à craindre 55 pour leurs colonies , si celles de la Grande- >5 Bretagne réussissoient dans leur entre- 55 prise.
55 Le soussigné espère que ces réflexions 55 induiront sa majesté très-chrétienne non- » seulement à continuer , en cette conjonc- » tare > ses pacifiques intentions , mais aussi 55 qu’elle portera la neutralité et l’amitie 55 jusqu’à défendre aux marchands François >5 de fournir à ceux d’Amérique ( avec 55 lesquels ils commercent aujourd’hui ou- >5 vertement) des secours aussi étendus qu’ils 55 en ont jusqu’à présent fourni. Il espère >5 sur-tout que les mesures de MM. Dean© 55 et Franklin seront réprimées : mesures 55 qu’ils ont manifestées graduellement , en 5» sorte qu’elles ne sont plus équivoques*
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« Les papiers annexés à ce mémoire déve- » lopperont si clairement la nature et le » progrès des négociations de M. Deane , „ qu’on peut raisonnablement espérer que , » lecture faite de ces pièces , les démarches » de M. Déane seront à l’avenir sans effet ».
Stormont.
Après la lecture de ce mémoire , le ministre François, comte de Vergennes, affecta de paroître pins réservé à 1 egard de MM. Franklin et Déane. Ils furent même rarement honorés d’une audience ; mais cette indifférence ne dura pas long-temps ^ et un événement inattendu fit bientôt tomber le voile. Les nouvelles de la reddition de l’armée Britannique , commandée par Burgoyne , au général Gates à Saratoga le 17 octobre 1777 , arriva en France * comme le conseil étoit indécis sur le parti qu’il devoit prendre dans les affaires américaines. Mais l’éclat de ce succès fit pencher la balance , et fixa les François dans leur attachement pour 1a. république nais» santé. En France les Américains étoient en si haute réputation , qu’un Anglois qui
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venoit d’y voyager observa que depuis Dunkerque jusqu’à Paris , en passant par Brest , Bordeaux , Bayonne , Marseille , Toulouse , Lyon et Dijon , il n’avoit ren* contré dans toutes les classes du peuple hommes ni femmes qui ne fussent cordialement dévoués aux Américains.
Les nouvelles de la défaite et de la prise du général Burgoyne fut reçue en France avec autautde joie que si ç’eûtété une victoire de leurs propres troupes. Franklin sut avec son. adresse ordinaire saisir L’occasion. Présentant alors sous le point de vue le plus avantageux les ressources , le commerce et la population de son pays , il sut si bien attirer l’attention de la cour de France sur V objet de sa mission , qu’au 1 6 Décembre M. Girard , secrétaire du conseil tl’état du roi , se rendit près des plénipotentiaires américains , et les informa, par ordre du roi , <c qu’après une longue et mûre déli- >5 bération sur leurs affaires et leurs pro- >> positions , S. M. étoit déterminée à re- :» connaître leur indép en dance , et à faire » avec eux un traité d’alliance et de cornmerce ; qu’il vouloit non-seulement rea? connoître leur indépendance , mais la
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» soutenir de tout son pouvoir ; que peut- » être il alloit , ce faisant , se trouver en- » gagé dans une guerre dispendieuse , mais ai qu’il n’attendoit d’eux, aucun dédomma- » gement pour cet objet ; qu’enfîn les Amé- 35 ricains ne dévoient pas croire que ce fût » dans la seule vue de les servir qu’il » prenoit cette résolution , puisqu’indé- » pendamment de sa bienveillance réelle » pour eux et pour leur cause , il étoit » évidemment de l’intérêt de la France de 33 diminuer la puissance de l’Angleterre , 33 en la séparant de ses colonies 33.
Le traité lut conclu et signé à Paris le 3o janvier 1778. Cette époque est digne de remarque, et l’événement mémorable , puisque cette résolution du roi de France mit seule les colonies insurgentes en état de résister à la mère-patrie.
Ainsi il paroît que l’homme qui avoit publié ses règles pour faire un petit empire d’un grand étoit en état d’en faire l’application. Il est à remarquer que ces négociations demandoient des talens extraordinaiïes ; et son succès dans cette grande entreprise prouve que^ durant une longue vie 7 il avoit étudié et pratiqué les hommes.
Après s’être si formellement déclarée en faveur de l’Amérique , la France devoit s’attendre à avoir bientôt guerre avec l’Angleterre. La déclaration envoyée à Londres par son ambassadeur , et les préparatifs qui se faisoient dans toutes les parties du royaume annonçoient assez l’intention des François. M. Girard fut nommé ambassadeur aux nouveaux états ; mais , avant son départ , le docteur avoit concerté un plan excellent , qui consistait à surprendre la flotte et l’armée Britannique dans la Delaware ou aux environs. Le comted’Estaing fut employé pour cette expédition , et il l’auroit certainement effectuée , s’il n’eût été retenu par le mauvais temps et les vents contraires.
L’amiral françois arriva trop tard. L armée angloise avoit déjà évacué Pniladelphie , et la flotte étoit en sûreté à Sandy- Hook. M. d’Estaing avoit affaire à un des plus habiles officiers de la marine angloise , et qui lui donna assez d occupation pendant tout le reste de la saison.
Nos réflexions sur les étranges vicissitudes de la vie humaine nous conduisent fort naturellement à contempler ici un contraste bien
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Frappant. Nous ayons vunaguèresles Anglois et les Américains , faisant cause commune et se nommant frères , chercher et employer avec ardeur tous les moyens de limiter , d’anéantir la puissance de la France dans toutes les parties du globe. Quelle révolution inattendue ! aujourd’hui nous voyons ces mêmes hommes , qui sont le sang de notre sang , les os de nos os , s’unir avec nos éternels rivaux 9 nos ennemis jurés , pour détruire , de concert avec eux , cette tendre mère à laquelle ils doivent leur existence et leur prospérité ; et cette révolution est en grande partie l’ouvrage d’un politico- philosophe , qu’on vit dans sa jeunesse, apprentif imprimeur, rouler dans les rues de Philadelphie une brouette chargée de papiers imprimés qu'il tâchoit de vendre. Ainsi Dieu permet souvent que les grands effets naissent des petites causes , et qu’un, souffle détruise les plans les mieux concertés , pour nous apprendre sans doute que F homme , quelles que soient sa gloire et sa puissance , ne doit jamais s’enorgueillir.
L’affection de la nation Françoise pour les Américains monta alors au plus haut degré
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d’enthousiasme. Les principaux pèrsonnageâ de la révolution américaine occupoient le burin ou l e pinceau de leurs plus fameux artistes , ou la plume de leurs écrivains. Mais parmi ces grands caractères > le docteur Franklin étoit particulièrement distingué. De tous les hommages offerts sans cesse à son mérite , le plus flatteur pour lui fut sans doute de voir plusieurs provinces de France se disputer l’honneur d’avoir donné naissance à quelqu’un de ses ancêtres , et prouver, par la similitude du nom., qu’il étoit un de leurs descendans. L’extrait suivant % tiré de la gazette d’Amiens,, capitale de Picardie , est une preuve de ce que nous avançons.
» Le peintre du roi , dit l’éditeur , a déployé tout son talent dans un tableau dédié au génie de Franklin. On y voitle philosophe tenant d’une main l’égide de Minerve qu’il oppose à un coup de foudre , et de l’autre , commandant au Dieu de la guerre de combattre l’avarice et la tyrannie , tandis que l’Amérique , se reposant sur lui dans une attitude noble, et tenant en sa main les faisceaux , emblème fidèle des Etats -Unis, regarde tranquillement ses ennemis abattus.
Dans.