DE B. F R A N K L I K
Dans ce tableau le peintre a fort heureusement rendu l’idée de ce vers latin , si fréquemment appliqué au docteur Franklin » :
u Eripuit cœlo fulmen fceptrumque tyrannis
a» Le nom de Franklin est assez célèbre pour qu'on puisse tirer vanité de le porter. Il est de même permis à une nation de ré clamer l’iionneur d’avoir donné naissance à un homme si renommé , et nous nous croyons en droit de disputer à la nation angloise cet honneur dont elle s’est rendue indigne.
Franklin, par son nom même, paroît appartenir plutôt aux François qu’a leurs voisins. Il est certain que le nom de Franklin ou Franquelin est fort commun en Picardie , spécialement: dans les districts de Yimeüec de Pontliieu.|Ii est très-probable qu’un des ancêtres du docteur a habité cette contrée, d’où il est passé en Angleterre avec la flotte de J ean de Biencourt , ou celle qui fut équipée par la noblesse de cette province. En matières généalogiques il y a des conjectures plus hardies que celle-là. Il existoit à Abbeville > dans les quinzième et seizième siècles , une famille du nom de Franklin, Parti e IL D
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Nous trouvons dans les registres publics de la ville qu'en i52i un Jean et un Thomas Franquelin étoient drapiers à Abbeville.
,Cette famille y demeura jusqu’à l’année 1 600. Elle se dispersa ensuite dans la campagne , et il se trouve encore quelques-uns de leurs descendans ïx Aix-le-Châtean. Ces observations sont un nouvel hommage que nous offrons au génie de Franklin».
Ce fut en cette année queS. M. très-chrétienne constitua en France , par lettres-patentes , la société royale de médecine. Elle lut composée de trente membres , tous docteurs médecins et résiclans à Paris , dont vingt de la faculté ; de soixante autres résidans dans les diverses parties de la France > et de soixante étrangers. De plus , la société pouvoit honorer du titre de correspondans autant d’hommes éclairés qu’elle le jugeroit à propos , soit François , soit étrangers ; le roi se fit un plaisir de distinguer le docteur Franklin 3 en plaçant son nom à la tête de la liste des membres étrangers.
Ainsi le docteur se vit généralement honoré et célébré en France. Son influence s’étendit jusqu’à la cour d’Espagne , et sema dans plusieurs autres contrées l’opinion la
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plus favorable aux Américains. Tout alors se réunissoit, en ce qui le concernoit, pour animer et soutenir leur courage , et ses lettres à ses nombreux correspondais tendoient toutes à ce but désiré. « L’Europe entière est pour vous , disoit-il dans une de ses épitres ; on traduit ici., et l’on publie les constitutions de vos divers états , ce qui donne aux politiques de l’Europe matière à réflexions et à spéculations . L’opinion générale est que si vous réussissez à établir votre liberté , vous recevrez de l’Europe , aussi-tôt que la paix sera faite , une addition immense de numéraire et de richesse , par les familles qui , emportant avec eux leur fortune , iront participer à vos privilèges. La tyrannie est si généralement établie dans le reste de l’Europe, que la seule perspective d’un asyle en Amérique cause une joie universelle à ceux qui aiment la liberté , et votre cause est estimée la cause du genre humain ».
Le docteur sut tirer de ses nouveaux alliés toute espece de secours pour ses compatriotes , et en matière de finance le congrès a plus d’une fois eu recours à ses talens. Voici comment son ami M. Silas Déane , dans une lettre de Paris au colonel William Duer de
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New-York , représente les services xinportans rendus par Franklin auprès de la cour de France.
*> Le congrès tire des lettres de change sur M. le président Laurens, comme étant en Hollande , plusieurs mois avant qu’il parte d’Amérique ; il tire sur M. Jay long-temps avant son arrivée enEspagne.il a été fait honneur à toutes ces lettres. Vous ayez cru en Amérique que c’étoit avec de l’argent reçu en Espagne et en Hollande : point du tout. Ces traites ont été constamment envoyées au docteur Franklin pour être acquittées; même les salaires de M. Jay , de M. Adams et de leur suite , ont été tirés sur M. le docteur Franklin, qui les a payés des fonds reçus en France. Les agens des états particuliers ont eu les sommes qui leur étoàent nécessaires 9 prises sur celles qui nous sont accordées pour fë soutien de notre armée. Nos ambassadeurs et agens nous ont coûté pendant quelque temps au moins vingt mille livres sterling par an , le rachat des prisonniers autant et plus. Tout cela a été pris sur l’argent à nous fourni par la France pour notre armée. Le congrès , quoique averti maintes fois par le docteur Franklin de ne pas tirer sur lui , a
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toujours continué de tirer , et le plus souvent sans avis .
D’après ce simple exposé , il est évident que l’adresse et l’habileté du philosophe étoient de la plus grande importance pour le crédit du congrès , et que probablement ils n’auroient jamais pu sans lui , ni soutenir la guerre au-dedans y ni envoyer des agens et commissionnaires au-dehors. Il est plus que probable que tous leurs projets eussent avortés faute de ressources. Que l’Ainérique se glorifie tant qu’elle voudra dans ses idées de victoire et d’indépendance , nous n’en tenons pas moins pour assuré que , sans la France , tous ses efforts eussent été vains.
C’est ainsi que le docteur Franklin , comme ministre plénipotentiaire des Etats-Unis à la cour de France, s’est vu engagé pendant près de neuf ans dans les scènes les plus importantes ; et après avoir rendu à son pays des services durables et essentiels , if repassa en Amérique au mois de septembre 1785 sur le vaisseau London - Faeket , capitaine Truxton.
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