‹ Mémoires de la vie privée de Benjamin FranklinChapitre 6 sur 33 · DE B. F P, A N K L I N · texte numérisé non relu

DE B. F P, A N K L I N

embarqué à foison. Dans ce passage , M. Denham contracta 9 pour moi , une amitié qui ne finit qu’avec sa vie. Le voyage ne fut d’ailleurs pas fort agréable , car nous eûmes beaucoup de mauvais temps.

Lorsque nous fûmes arrivés dans le canal , le capitaine me tint parole , et me donna la facilité de chercher, dans le sac, les lettres du gouverneur. Je n’en trouvai aucune sur laquelle mon nom fût écrit , comme devant être rendue par mes soins. J’en choisis six ou sept , qui, à en juger par l’écriture, me parurent pouvoir être celles qui m’étoient promises , d’autant qu’il y en avoit une , dans le nombre , adressée à Basket , imprimeur du toi , et une autre à un marchand de papier, qui fut le premier que je rencontrai sur mon chemin. Je lui rendis sa lettre , comme venant de la part du gouverneur Keith. « Je ne con- ^ nois pas cet homme-là , me dit-il ; 33 niais u l’ayant ouverte : « oh ! s’écria -t-il , elle est 33 çîe Riddîesden : j’ai reconnu depuis peu d que c’est un franc coquin , et je ne veux ni 33 avoir affaire avec lui , ni recevoir des lettres 3) de sa part 33. Il remit aussi-tôt la lettre dans ma main , tourna sur ses talons , et là , me laissa pour servir quelques chaîans.

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Je fus tout étonné de voir que ces lettres n’étoient pas celles du gouverneur. Me rappelant alors , et pesant les circonstances , je commençai à douter de sa sincérité. Je rejoignis mon ami Denham , et lui exposai toute l’affaire. Il me mit au fait du caractère de Keith , me dit qu’il n’y avoit pas la moindre probabilité qu’il eût écrit aucune lettre pour moi ; que tous ceux qui le connoissoient , ne comptoient jamais sur lui ? et il rit de la croyance où j’étois que le gouverneur me donnero t une lettre de crédit , lui qui n’avoit aucun crédit pour lui -même. Comme je mon trois cpielque inquiétude sur le parti que j’avois a prendre , il me conseilla de tâcher de trouver de l’emploi dans ma profession chez quelque imprimeur. « Ici , dit-il , vous pourrez vous perfectionner dans votre état, et ce sera un moyen de vous établir :» plus avantageusement quand vous retourdd nerez en Amérique

Nous savions déjà ? aussi bien que le marchand de papier , que le notaire Riddlesden étoit un grand fripon. Il avoit presque ruiné le père de miss Read , en l’engageant à être sa caution. Nous apprîmes, par sa lettre, qu’il se tramoit une intrigue secrète au pré-

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judice de M. Hamilton, qu’on supposoit avoir passé en Europe avec nous , et que le gouverneur y étoit entré, de concert avec Riddlesden. Denham , qui étoit ami d’ Hamilton , fut d’avis qu’il falloit l’en instruire. En effet, dès qu’il fut arrivé en Angleterre , peu de temps après nous , je fus le voir, et tant par bonne volonté pour lui , cjue par ressentiment contre Keith , je lui remis la lettre en question. Il me fit de vifs remercimens , l information quelle contenoit , étant d’importance pour lui; et depuis cette époque, il m’accorda son amitié , qui , dans la suite , me fut très-avantageuse en bien des occasions.

Mais que faut - il penser d’un gouverneur qui joue de si pitoyables tours , et en impose si grossièrement à un pauvre jeune homme sans expérience ? C étoit chez lui une habitude^ Il vouloit plaire à tout le monde , et ayant peu à donner , il prodiguoit les promesses ; il étoit d’ailleurs sensé et spirituel , assez habile écrivain , et bon gouverneur pour le peuple, quoiqu’il ne fût pas tel pour ses constituans , les propriétaires ,dont il négligeoit souvent les instructions. Plusieurs de nos meilleures loix étoient son ouvrage , et furent établies s eus son administration.

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