ÉLOGE FUNÈBRE DE M. ANTONIN DAUM XIII
‘ l'homme à ses origines joint à cet effort héroïque pour soulever son labeur jusqu'aux cimes où 1l rallie les plus hautes spéculations de l'intelligence. Il fut de ceux qui, suivant le beau mot d'Emerson, voient leur charrue accrochée à une étoile.
Nul ne comprit donc mieux que cet idéaliste la dignité du travail manuel.
De tout temps, il nourrit cette conviction que l’ascension sociale de la classe ouvrière ou, selon le mot de Lucien Romier, la « déprolétarisation des masses » ne s’accomplira pas en le désertant pour aller aux professions libé- - rales, mais en lui conquérant ses titres de noblesse, en le haussant à sa vraie valeur humaine, en lui donnant une âme, comme les verriers d'aujourd'hui, semblables à ceux d'autrefois, animent d’un souffle humain la pâte inerte dont ils font des chefs-d'œuvre,... comme le Créateur, suivant le symbole de la Genèse, anima de son propre souflle le limon pétri de ses mains : alors l’homme se dressa.…
Ainsi ses méditations s’achevaient dans une sociologie pratique, où son grand cœur trouva de très doux apaisements.
L'amour de la tâche noue entre les collaborateurs de celle-ci à tous les degrés des liens plus forts que les rivahitées d'intérêts.
Maître-verrier et ouvriers-verrkrs, ils sont verriers d’abord, de père en fils; et ce mot représente pour eux toute la mystique de « l'esprit de famille qui se transmet » avec « l’amour du sol et du métier ».
À quelle hauteur, Messieurs, nous élevait notre confrère lorsqu'il nous tenait ce beau langage! et comme il se montrait digne de présider aux destinées de cette Académie, dont la plus haute mission est de constituer une forteresse de l'idéal en plein milieu des luttes économiques et des spécialisations scientifiques de notre temps — l'idéal qui reste, quoiqu’on fasse, le lieu de convergence de toutes les grandes âmes et l’espoir suprême de la paix sociale!