LXXIV SÉANCE PUBLIQUE DU 22 MAI
dans L’Austrasie Revue de Metz et de Lorraine (1) une aimable poésie c'était je crois bien la première, qui fut imprimée de lui. Elle était intitulée Le Sotret : il y disait notamment :
Hélas! ta place est vide, Esprit de ma Lorraine, Où donc es-tu, Sotret, à lutin familier,
Toi qu’on voyait jadis pendant la nuit sereine Scintiller à travers les branches du hallier?
Le néant t’a donc pris comme nos vieilles gloires,
Nos comtes et nos ducs et nos preux batailleurs,
Les femmes aux doux noms gravés dans nos histoires : Iseult, Berthe aux grands pieds, Jeanne de Vaucouleurs?
Hé non! petit sotret vivait encore au temps de la jeunesse de Theuriet comme au temps de la mienne, j'espère vous l’avoir montré.
On m'a dit qu’il s’asseyait toujours auprès des derniers âtres qui jettent leurs dernières lueurs. Cependant, quoique né un vendredi à midi, ce qui, vous le savez, donne le privilège d’apercevoir les esprits, je dois vous avouer que je n'ai jamais vu de sotret. M'a-t-il cru, bien à tort, sceptique et incrédule? ou, vieux de trop de millénaires, a-t-il eu honte de sa décrépitude? Quoi qu’il en soit, il sent bien qu'il n’y a plus de place pour lui en ce monde, menacé d’une ennuyeuse et uniforme banalité, et que, s’il se manifestait, 1l ne ferait peur à personne ou paraitrait l’ilusion d’un songe.
Avant que, sylphe léger, le dernier sotret se soit envolé vers la retraite lointaine où danse Ariel, avec les Sylvains et les Faunes sous l’œil placide des vieux Lares, vous me pardonnerez d’avoir tenté de redire l’histoire de ces «esprits de notre Lorraine ».
(1) L'Austrasie, 2° année, 185%, p. 270.
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