‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 59 sur 101 · DISCOURS DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

DISCOURS DE RÉCEPTION

Si je cherche, Messieurs, les raisons qui m'ont valu la bienveillance de vos suffrages, je me persuade volontiers que vous avez entendu, en m’accueillant, resserrer les liens qui, depuis bientôt deux siècles, unissent et votre Académie et la magistrature de Lorraine.

Un choix plus récent a honoré notre Cour, désormais je ne puis plus douter que cette pensée fût bien la vôtre, et alors ma gratitude s’en fait plus vive et son expression plus émue.

La tradition que vous avez entendu maintenir remonte au jour où le roi Stanislas, créant la bibliothèque, établit aussi cinq censeurs qui furent le noyau de votre Académie. Les hauts magistrats de la Cour souveraine et du Parlement de Lorraine y prirent place aussitôt. Le premier président Labbé, le procureur général Mathieu de Moulon, le jeune Esprit Pierre, qui devait devenir le président de Sivry. furent des vôtres et le premier

LXX VI SÉANCE PUBIIQUE DU 22 MAi 1930

président Michel de Cœurderoy, en 1774, présida vostravaux. | |

La Révolution fit disparaître à la fois les parlements et les académies, mais quand la vôtre revint à la vie, le 1er thermidor an X (20 juillet 1802), tout de suite, elle appela Arnould Henry, président du Tribunal d’appel, bientôt premier président de la Cour impériale; Mengin, le président du Tribunal criminel; Saladin, juge au Tribunal d'appel; Vigneron, juge au Tribunal de Nancy.

Je deviendrais monotone et lasserais votre patience en épuisant la liste des magistrats que vous avez accueillis : le procureur général Paillard, le premier président Leclerc; plus tard, un grand magistrat, le premier président Ballot-Beaupré; plus près encore, les conseillers Lucien Adam, Edgard Audiat et Gabriel Thomas.

Notre premier président, René Martz, était associé correspondant; la mort brutale qui l’a enlevé à notre respectueuse affection vous a seule empêché de l’accueillir comme membre titulaire.

Cette longue liste de magistrats qui ont siégé parmi vous, que signifie-t-elle donc?

Ne marque-t-elle point à l'évidence que le goût des belles-lettres et l'amour des études désintéressées ont toujours été à l'honneur dans les Palais de Justice, qu'ils n’ont point perdu de leur prestige et c’est là, Messieurs, une réconfortante constatation.

La culture littéraire pour un magistrat est essentielle; je ne la placerai point au-dessous des études juridiques . et j'aurai l'audace d’associer à cette pensée ceux d’entre vous qui appartiennent à notre Faculté de Droit. Les lettres développent les qualités essentielles de notre race : la clarté, la netteté, Ja simplicité, elles assurent l'élégance et le souci de la forme, elles rendent plus sûr le jugement et fortifient le raisonnement. Est-il auxiliaire meilleur pour l'application des règles juridiques? La justice ne gagne-t-elle pas à voir large et haut plutôt qu'à s’abaisser aux interprétations byzantines d’un cerveau mesquin et rétrécl.

Et si j'essaie, Messieurs, de tracer une esquisse de ce que fut jadis le magistrat et ee qu'est devenu aujour-

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