LE MAGISTRAT D'AUTREFOIS ET CELUI D'AUJOURD'HUI LXXXIII
uns et des autres. La personnalité de chacun semblait se dessiner dans un relief plus vrai et parfois plus brutal. À côté de remarquables magistrats, et 1ls étaient nombreux, il y en avait de singuliers.
C'était alors qu’un conseiller de la Cour polémiquait dans la presse avec le procureur général à propos des élections de 1829 et ne reculait pas devant des expressions si vives qu'il fut obligé par ses collègues de faire des excuses publiques au Chef du Parquet. Était-ce une exception que cet autre conseiller dont le testament débutait ainsi : « On me fera sonner, chanter et enterrer comme un homme qui a le moyen de bien payer. Mes chers anciens collègues seront dispensés de la corvée d’assister en corps à mon enterrement; je ne veux même pas qu’on les invite mdividuellement. » Puis il léguait 2.000 francs à un commis greffier ct il ajoutait, parlant de la Cour : « C'est le seul homme de cette boutique qui ait su, sans y penser sans doute, gagner mon affection et mériter mes regrets. »
Suivaient enfin, sur certains de ses collègues, quelques réflexions trop désobligeantes pour que je les répète. J'en ai assez dit.
Oublierai-je un troisième conseiller? Il avait une manie, la plus étrange qui soit chez un magistrat : il était un plaideur acharné, et à tout propos, aux uns et aux autres, il faisait des procès, on dit même qu'il les perdait à peu près tous. ;
Voilà un état d'esprit que je ne me charge certes pas d'expliquer. Quand on a passé sa vie à juger les procès des autres, on se demande, sans comprendre, comment un magistrat peut avoir l’idée déconcertante d’aimer à en faire pour son compte.
Voulez-vous, pénétrant de plus près dans la vie des magistrats d'autrefois, entrer avec moi dans une salle d'audience de l’ancien hôtel Beauvau-Craon où la Cour souveraine a pris séance en-l’année 1751? L'installation matérielle y est fort rudimentaire; est-elle beauconp plus confortable aujourd’hui? il serait téméraire de l’aflirmer trop haut. Sur des bancs et non point sur des fauteuils, n'ayant devant eux ni table, ni pupitre, vous verrez en