‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 66 sur 101 · LE MAGISTRAT D’'AUTREFOIS ET CELUI D'AUJOURD'HUI LXXXV · texte numérisé non relu

LE MAGISTRAT D’'AUTREFOIS ET CELUI D'AUJOURD'HUI LXXXV

dant quatre audiences, donnerait son avis sur un procès qui vient d’être plaidé?

Dans la nature des affaires soumises à la justice, les différences sont essentielles. Voilà cent ans, les codes de Napoléon, si bien rédigés qu'ils fussent, n’en soulevaient pas moins d'innombrables et épineuses difficultés.

Si le Code civil reste un modèle de clarté et de précision, il fallut cependant des années, de longues années pour que la jurisprudence en dégageât dans la pratique tous les principes. Nombreux alors étaient les procès que soulevatent les régimès matrimoniaux, les privilèges, les hypothèques, la propriété foncière, les murs mitoyens, les servitudes, que sais-je encore.

Ces procès ne sont plus guère que des souvenirs, et quand, de temps à autre, l’un d’eux apparait à nos audiences, 1l semble surgir d’un très lointain passé.

Tout autres sont les difficultés d’aujourd’hui. Au rôle, que voit-on? Des contestations à propos de marchés commerciaux, des comptes d’architectes et d'entrepreneurs, des accidents de travail, quelques divorces — moins qu’on ne le croit, — des difficultés à propos de dommages de guerre, de la variation de la monnaie, les conflits souvent douloureux qu’ont amené entre propriétaires et locataires les innombrables lois sur les loyers.

Et je n’aurais garde d'oublier les accidents d’automobile si fréquents qu'on se demande parfois ce que pouvaient bien faire les magistrats qui ne les connaissaient pas. |

Les procès portent toujours la marque de leur époque.

L’habitude, le goût même des longues et subtiles discussions juridiques s’est perdu: on a pour elles trop de dédain peut-être. Le plus souvent, l’avocat plaide en fait et le magistrat se résigne mal à l'application brutale d’un principe, n’ayant pour consolation que de murmurer, à la sortie de son audience, le viel adage : Summum jus, summa injuria.

Le magistrat d'aujourd'hui, plus humain, pénétrant davantage les réalités de la vie, entend, mieux qu’autrelois, faire prévaloir l'équité. faire passer avant les distinctions subtiles la bonne foi et la loyauté,

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