‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 73 sur 101 · RÉPONSE DU PRÉSIDENT AUX RÉCIPIENDAIRES XCIII · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU PRÉSIDENT AUX RÉCIPIENDAIRES XCIII

La nature l’a dotée de sa douce parure forestière; l’industrie l’a enrichie de nouveaux trésors, sans attenter aux dons de la nature : en quoi elle a fait preuve de goût. Vous lui avez donné, vous-mêmes, un nouveau relief en manifestant les ressources intellectuelles qui en sont issues, et en conquérant à Nancy, dans le monde des lettres, le rang particulièrement enviable que confirme d’un sceau définitif votre réception à l’Académie.

Hier, Monsieur, c’est des mains d’un maréchal de France, notre confrère, que vous receviez une croix dont le prix doublait à vos yeux et aux yeux de l’opinion, pour avoir été épinglée sur votre poitrine par celui dont le génie organisateur a gagné à la France l’un des plus beaux domaines de son empire colonial. Que pourraient ajouter mes pauvres paroles à cette démonstration de vos immenses et glorieuses amitiés? J’entre à coup sûr dans votre pensée en affirmant que, de vous, cet hommage insigne rebondit sur la Cause que vous servez. Elle méritait d’être glonifiée en votre personne, notre Lorraine héroïque; et il revenait à un grand soldat de la grande patrie de lui donner l’accolade que vous avez - reçue pour elle.

Et puisqu'il en fallait un, nul, Monsieur, n’était plus désigné que vous, puisque entre vos innombrables labeurs, vous vous êtes attaché avec une touchante prédilection à relier les efforts dispersés de vos contemporains et de vos aînés, comme autour d’un drapeau s’ordonne un régiment. |

De vos ainés, vous avez recensé les publications en deux grosses tables alphabétiques, dont l’une (celle de la Société d'Archéologie lorraine) embrasse un demi-siècle, et l’autre (celle de la Société philomatique vosgienne) trente années. Votre patience n’y aurait point sufli, si elle ne s'était sentie soutenue par trois nobles passions : la passion de sauver de l’oubli tant de richesses cachées, la passion d’immortaliser la mémoire de tant de solides travailleurs qui n’atteignirent point tous à la renommée de vos grands amis, les Barrès et les Moselly, les Perrout et les Marot; la passion de venir en aide aux vivants dans leurs explorations à la conquête d’un passé dont la

XCIV SÉANCE PUBLIQUE DU 22 Mat 1930

reconstitution fidèle, amoureusement poursuivie, est le tourment de votre âme éprise du vieux temps. J’estime fort vos multiples études d'histoire lorraine; mais nulle ne me semble mériter autant d’éloges que cette entremise désintéressée entre les ouvriers d'hier et ceux d’aujourd’hui et de demain, pour le service de la Cause aimée.

Et pour ces derniers, vous avez fondé une Association des Écrivains lorrains. Elle a vu le jour dans votre cabinet, après avoir été longtemps portée dans vos rêves : ce cabinet, dont vous avez fait un chaud et lumineux foyer, un centre intellectuel accueillant à toutes les bonnes volontés courageuses, — le berceau d’une grande femille qui vous a pris pour chef et quis’enorgueillit elle-même de votre croix d'honneur.

Sur votre robe, Monsieur, la même croix récompense une longue carrière dans laquelle vous relevez un nom particulièrement respecté à notre prétoire souverain de Lorraine.

Vous êtes magistrat dans l’âme. |

Apres la terre natale, les archives judiciaires sont la source la plus féconde de votre inspiration. Avec les Crimes des Cardinaux et l’Assassinat de la Présidente, elles vous ont fourni l’occasion de faire apprécier l'éléganee où peut se hausser une plume dressée à l’austère discipline des « considérants ». Ce n’est pas tout. A l'honneur de la magistrature française, vous avez dressé le tableau de La Vie judiciaire dans les pays envahis. Et de nouvelles œuvres sont en route...

Mais quel que soit le prix de son activité littéraire, c'est au Palais que le magistrat donne sa mesure.

Dans les hautes fonctions que vous remplissez à la Cour, vous mettez une sorte de coquetterie — qui est bien plutôt modestie — à dissimuler une science tres avertie sous les dehors d'une bonhomie plus sensible aux intuitions du bon sens et de l'équité qu'aux raisons sévères du « droit pur », Je m'nnagine que vous méditez parfois la lévende de saint Louis, et que vous vous dites

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