‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 80 sur 101 · H. TAINE · texte numérisé non relu

H. TAINE

29 janvier 1848.

Tel est ce petit poème qui n'aurait pas mérité de retenir l'attention s’il n'avait été justement écrit à un moment où la pensée de son auteur subissait une crise grave que connaissent bien ceux qui prennent au sérieux leur classe de philosophie, mais qui fut particulièrement douloureuse chez une nature aussi sensible, aussi droite, aussi scrupuleuse que celle de Taine.

Et puis enfin ces quelques vers qui seraient insignifiants par eux-mêmes, sont signés d’un nom qui ne devait pas tarder à conquérir, après la notonété, la célébrité et la gloire.

En effet — en cette même année 1848 — Taine passait ses deux baccalauréats ès lettres et ès sciences, et il était reçu premier à l’École Normale. C'était la fameuse et brillante promotion où furent admis avec lui Edmond About, Francisque Sarcey, Édouard de Suckau, Paul Albert, Gustave Merlet. — Prévost-Paradol ne devait l'y rejoindre que l’année d’après, tandis que l'y avaient précédé d’un an Jean-Jacques Weiss, et le futur cardinal Perraud.

Nous n’avons pas à le suivre dans la carrière magnifique qui s’ouvre alors devant lui. Tout le monde sait qu'après un échec retentissant et injustifié au concours d’agrégation. et deux années de professorat en province, à Nevers et à Poitiers, Taine passe ses thèses de doctorat (c’est l’origine de son livre sur La Fontaine) puis rompt définitivement avec l'Université pour se consacrer à l'étude désintéressée et à la science. Et c'est alors et sans interruption la publication de livres qui font époque et dont l'autorité et l'influence ne cessent de s’affirmer.On ne peut les citer tous : l'Histoire de la Littérature anglaise de 1856 à 1864; le Voyage en Italie (1864-1866); l’Intelligence (1867-1870), enfin et surtout les Origines de la

France contemporaine composé au lendemain de la guerre de 1870 et que la mort, survenue en 1893, l’obligea à laisser inachevé. |

Je ne:cite ces œuvres grandioses que pour ra} peler quel écrivain puissant, original, et vraiment «très gre nd » devint l'élève de dix-neuf ans que nous avons vu, en janvier 1848, accepter humblement, pour se co 1former à l’usage, de composer, pour un banquet de la Saint- Charlemagne, un éloge du Collège Royal de Bourbon.

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