CHARLES
Dis ma fille hardiment : la Justice des Rovs Aux grands et aux petitz garde en égal leurs droictz.
La PUCELLE
Je ne viens point vers vous pour suyvre par Justice Les droictz de mes parentz: ou bien par avarice
Série VE, t xx vi, 190 2
La ruine avancer de mes poures debteurs; Ou d’un pupil destruict accuser les tuteurs : C'est pour vous seulement, pour vos propres affaires, Que je viens, pour froisser vos puissantz adversaires.
Ensuite elle donne au Roi des preuves de sa mission, et le premier acte s'achève, laissant Charles perplexe et Jeanne en suspens.
Au début du second acte, une discussion s’engage au Conseil : Jeanne est-elle vraiment une envoyée de Dieu? Le duc d’Alençon, le duc de Chartres et un docteur en théologie se déclarent pour elle; le chancelier de France est d'avis contraire: Charles VII termine le débat en affirmant qu’une voix intérieure le pousse à croire en la Pucelle; aussitôt il la fait appeler et lui fait donner dix-huit cents hommes.
Jeanne, au comble de ses vœux, excite le courage de ses soldats : ce n’est pas elle qui les commande, c’est Dieu; elle n’est que son faible instrument et le Tout- Puissant se plaît à révéler sa grandeur dans les créatures les plus indignes. Ensuite, elle se concerte avec les maréchaux de Boussac et de Rays et l’amiral de France, et marche sur Orléans. |
Les Anglais ont appris qu’une folle sorcière veut les expulser de leurs murailles, et tandis que la libératrice de la France avance vers eux à grands pas, ils conversent joyeusement et se rient des vaincus.
Jeanne arriye, l'attaque commence, les Anglais sont vaincus : et Jeanne termine le second acte par la levée du siège d'Orléans.
Quand le troisième acte commence, Jeanne a fait sacrer le roi à Reims, et sa mission est terminée; mais la noble jeune fille veut encore lutter avec les Anglais : elle ne sera contente que lorsque l’ennemi aura été chassé de France; et tandis que, dans un long monologue, Charles VII se félicite du succes de ses armes, survient René, duc d'Anjou, que par un léger anachronisme, l’auteur nomme duc de Lorraine : René ne reçut ce titre qu’en 1451.
René vient de battre les Anglais et les Bourguignons en Champagne :
Et des lasches fuyarz les troupçes poursuyvies Rapportèrent aux leurs, escrit dessus leur dos Que le fer des Lorrains n’épargnoit point leurs os.
Pendant que les deux princes s’entretiennent de la délivrance prochaine de la patrie, La Hire entre et annonce de nouveaux succès, mais, aussi, un grand malheur est arrivé : Jeanne, l’héroïque Jeanne, est... non pas morte, mais calamité tout aussi cruelle, prisonnière.
Le Roi, à cette foudroyante nouvelle, tombe, anéanti de stupeur; il entrevoit déjà la mort de la Pucelle et, Jeanne partie, c’en est fait de la France.
Le chœur termine l'acte par le récit de la prise de Jeanne d'Arc.
La Pucelle, au quatrième acte, est enfermée dans la prison; elle est chargée de chaines et prévoit son trépas prochain; elle appelle les consolations du ciel; saint Michel, sainte Catherine, sainte Marguerite apparaissent et raniment son courage :
Sois assurée donc (dit l’archange) que ta pudicité Demeurera sans tache à ton adversité,
Gardée jusques au jour que seras appellée
Au plus heureux séjour de la voulte estoilée.
La seconde scène se passe entre Talbot et le duc de Sommerset : les deux seigneurs préparant la mort de la Pucelle; ils chargent Jean d’Estivet et Cauchon de préparer des arguments. L’évêque de Beauvais expose dans un monologue toutes les accusations que la prévention, Ja haine et la cupidité peuvent accumuler contre l’accusée : Jeanne est une sorcière, elle méprise les lois divines et humaines; et puis, surtout, elle a porté des habits d'homme. Toutes ces affreuses imputations, le misérable évêque les dissimule sous des dehors hvpocrites de zèle religieux.
Enfin, les juges sont assemblés; Talbot leur a payé la mort de la Pucelle: il est certain du succès de son entreprise et fier de perdre la libératrice de la France.
Cauchon pose à l’accusée de nombreuses questions, et Jeanne de répondre :
J’ay souvent respondu à telles questions,
Mais jamais vous n’oyez mes appellations.
J’appelle le Pasteur de Rome pour refuge :
C'est luy seul que je veux estre mon juste Juge. Car vous ne pouvés pas selon droict me juger, Estant Juge et partie, et vous voulans venger.
Finalement, [a Pucelle, livrée aux juges séculiers est condamnée à la prison perpétuelle.
L'acte se termine par des imprécations contre les Anglais, et contre Cauchon que le chœur « des enfants et filles de France » compare à Judas.
IHeureux celuy qui, constant, Ne faict broncher sa justice...
Un seigneur de Rouen commence le dernier acte en
déplorant la barbarie anglaise, et dans ses paroles, se
lisent l’admiration la plus profonde pour Jeanne et la haine la plus envenimée pour Talbot.
Sommerset est en rage : c’est la mort de la Pucelle et non l’emprisonnement qu'il voulait, et, bien que les juges lui montrent qu'un supplice qui ne se terminera qu'avec la vie est plus digne d’une telle sorcière qu’une mort qui l’enlèverait en une heure, le cruel seigneur, fou de colère, réclame qu'on la fasse brûler à petits feux.
Sous ses ordres, le tribunal la condamne au supplice du bücher; et tandis que le seigneur de Rouen qui tout à l'heure protestait contre l’emprisonnement s’indigne à la vue d’une telle injustice, un messager vient lui raconter la mort de la Pucelle :
liée en la charette On la mine : en allant une foulle s’arreste A entourner ce char, et les propos ouyr Qu'elle tenoit tousjours sans de rien s’esbahyr : Alors vous eussiez veu des personnes oyantes, Les esprits attristés, les faces larmoyantes ;
Mais elle, sans pleurer, poursuivoit en allant
Ses propos avec soy le peuple consolant.
Ha! ne me pleurez point, mes amys, disoit-elle,
Mais plustost loués Dieu d’une bonne nouvelle
Que vous donne ma mort : car avant que les Cieux
Ayent faict au Soleil son cercle spatieux
Recomme cer sept fois, de la Françoise terre,
Vous verrez deschassé le peuple d'Angleterre.
Non, poursuit le messager, je ne pourrois pas dire tous ses propos;
Plustost de l’Océan je nombrerois les flots.
Mais voici les derniers qu’arrivée à la place
Du suplice ella a dict : Seigneur, je te rens grace,
Que, benin, jusque icy garder tu m'as voulu.
De ma virginité le gage non pollu.
A peine elle achevoit, quand le boureau farouche
Luy a d'ung fer tortu bridé toute la bouche.
Après on luy a leu sa sentence donnée
En la mesme façon qu’on fit derni rement,
Car elle avoit encor ung tel habillement,
Ung sac qui la couvroit du pied jusqu à la teste,
Auquel on avoit peint mai te figure infecte
De serpentz venimeux, et horribles crapaux;
Et des corps très hydeux des diables infernaux.
Sur la teste elle avoit une mitre poinctue
De papier, où un diable avec sa main crochue
Estoit peint tirassant ung miserable corps,
Et ung aultre sembloit luy donner mille mors
Avec u ie tenaille.
Suit tout le récit du supplice :
Tantost on la haussoit tirant de la fornaise,
Comme la voulant mettre un peu mieulx à son ayse : Mais, à pitié! c’estoit pour d'aultant alonger
Sa douleur; car après on la venoit plonger
En ce piteux enfer.
Après le supplice, les Anglais retrouvent le cœur de Jeanne et le font jeter dans la Seine avec les cendres du bûcher.
Ainsi se termine la tragédie de la Pucelle de Dom Remy.