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« Le Moniteur donne la relation de nos succès avec autant de détail et de vérité qu’il est possible. La division des Gorges et celle de Saint Cvr à laquelle je suis attaché sont celles qui ont agi le plus vigoureusement et j'ai été à même de bien voir la besogne, ça allait ferme.
« Nous sommes encore arrivé assez à temps dans ce pays pour faire la moisson. La vendange sera on ne peut plus agréable et promet beaucoup, nous la ferons j'espère vers Mayence et j'attends que nous soyons à Francfort pour me faire faire une capote dont j'ai besoin. L’ennemi fui devant les Républicains et la victoire est à l'ordre du jour...
« L’ennemi s’est retiré sur les hauteurs d’Oppenheim. … les habitants nous font accueil, surtout depuis qu'ils scavent qu'il n’y a plus de commission; les dr les qui l'ont composé ont fait leurs coups mais ont fait peu le bénéfice de la République, c’est une horreur que de penser aux Ravages et aux vexations qu'ils ont fait inutilement dans ce pays, à présent l’armée y est nourrie, nous ne manquont pas et les habitants sont contents. »
Grandjean servit pendant un an sous les ordres de Gouvion Saint-Cyr qui le notait ainsi : « patriote ardent et éclairé, officier intelligent et d’une activité rare « (1). Mais son dossier politique n’était pas aussi favorable que son dossier militaire, car le 25 prairial an III (13 juin 4795), la commission de l’organisation et du mouvement des armées de terre l’informait qu’en exécution du décret du 11 prairial, le Comité de Salut Public ayant «procédé à l’organisation des officiers généraux et des adjudants généraux qui doivent être employés près des troupes de la République » ne l'avait pas compris dans cette organisation. Il était invité à se conformer aux ordres du général Pichegru rommandant en chef de l’armée « sur la cessation de ses fonctions et à se retirer dans le lieu ordinaire de son domicile, »
Sur cette nouvelle disgräce, ladjudant général Grandjean note simplement, avec une voncision toute romaine :
(1) Archives Jacques de Mont.
« Comme adjudant général, j’ai rempli les fonctions de chef d'État Major d’une division jusqu’au moment où j'ai quitté l’armée en suite d’une réforme faite par M. Aubry (1). » Il s’agit sans doute de François Aubry, capitaine d'artillerie sous l’ancien régime, qui, après le 9 thermidor, remplaca Lazare Carnot au Comité de Salut public et fut chargé de la guerre.
A LA RECHERCHE D'UNE SITUATION ADJUDANT GÉNÉRAL A L'ARMÉE DU RHIN ET MOSELLE CAMPAGNE DE 1796
Charles Grandjean se retira à Nancy. Pendant son séjour à Phalsbourg, il avait épousé Madeleine Mouton, sœur du futur maréchal de France, comte de Lobau. Il en avait un fils. Les ressources du ménage étaient modestes. Au moment du mariage, son père François Grandjean avait vendu le domaine d’Amance qui s’étendait sur 300 jours de terre et comportait un train de culture important. Il en avait partagé le prix de vente entre ses deux enfants, faisant à l’aîné la plus large part. Mais les assignats reçus en échange de cette valeur or qu'est la terre ne valaient plus rien. « À la chute des assignats, déclare dans ses notes, François Grandjean, avec un accent où s’affirme le particularisme lorrain, ma confiance en la loyauté française fut bien déçue. »
L'ancien adjudant général dut se mettre en quête d’un métier pour gagner le pain de sa famille. Il aimait les chevaux, il était bon cavalier, il décida de solliciter un emploi dans les remontes et le 27 messidor (15 juillet), un mois après son retour en Lorraine, il écrivait à la Commission de l’organisation et du mouvement des armées : « J'aurais désiré continuer mes fonctions si le Comité avait cru que mes services aient pu être utiles à ma patrie. Arrivé chez moi j'ai trouvé ma fortune presque annulée par l’affreux discrédit de la monnaie nationale...
(1) Notes de famille. Archives J. de Mont.
Sénim VI, t xxXvir, 1030 à
mue —-
S'il était possible que le Comité put trouver moyer de m'employer utilement à la tête des dépots de eavalerie où mes connaissances dans l’hippiatrique pourraient me rendre utile, soit dans les fonctions que je viens de qurtter, je lui prouverais par l’activité que je mettrais à remplir mes devoirs que dans tous les temps, j’ai fait de la chose publique ma première occupation. »
A cette requête, 1l joignait un certificat du général de division (u{/isible) et du général en chef Pichegru, commandant l'armée du Rhin et de la Moselle attestant qu'il avait servi avec «un zèle, une activité et une intelligence qui lui avaient concilié l’estime des généraux et des troupes » (1).
A cette requête appuyée par des attestations si favorabl2s sur la valeur de l’homme, la Commission répondait un mois après par cette fin de non-recevoir : « La Commission qui a reçu, citoyen, votre lettre du 15 Messidor par laquelle vous demandez à être employé à la tête d'un dépôt de cavalerie, vous observe qu'il n’y a dans ce moment aucune de ces places vacante, qu’au surplus, elles sont civiles et vont être supprimées incessamment. — Salut et Fraternité » (2).
Pas un mot d'espoir au sujet d’un emploi de son grade dans l’armée où sa bravoure et sa science militaire étaient attestées par tous.
Rebuté dans son dessein de reprendre du service, l’adjudant général Grandjean se retira à la campagne. Il accepta l'offre que lui avait faite son oncle à la mode de Bretagne, Bernard (rrandjean, de venir l'aider dans l’exploitation de son domaine de Réméréville.
Bernard Grandjean se trouvait alors dans la délrcate situation du citadin qui se fait agriculteur. Avocat au Parlement de Lorraine, ami des belles-lettres comme son cousin Francois, il avait acheté en 1787 à la famille de Schacken le fief dit de Beaufort qui comprenait les terres ct la maison franche de Réméréville et s’étendait sur Hoéville, Courhesseaux et Hincourt. Au moment de la
1) Archives Jacques de Mont, {21 Archives Jacques de Mont,
Révolution il était resté dans son domaine.et s'était fait inscrire comme cultivateur sur la liste des électeurs de la commune.
Une grande partie des terres du fief dit de Beaufort avaient été «-ascensées » aux laboureurs du. pays pour le prix d’ailleurs fort: modique d'un demi-chapon (1) par jour de terre à payer le jour de la Saint-Étienne. Mais les habitants de Réméréville et des autres villages dépendant du fief dit de Beaufort, prétendaient que c’étaient là des droits féodaux abolis par les décrets de la Constituante et s’abstenaient d’acquitter leurs redevances. Ce ne fut qu’en 1797, que Bernard Grandjean, ayant fait appel à la garantie des vendeurs représentés par M. de France, put toucher ces redevances telles qu’elles étaient fixées dans les contrats de cens.
La Révolution avait ébranlé la fortune de St Grandjean. Une partie importante des revenus de son domaine lui échappait. C'est alors qu'il s'était décidé à exploiter lui-même les terres qui n'étaient pas « ascensées ». Son neveu Charles étant en réforme, il fit appel à ses services pour l'aider et lui confia la direction de l'exploitation des terres d’'Hoëéville et d'Hincourt.
L’adjudant général Grandjean raconte qu'il réalisa ce qu’il possédait, c’est-à-dire ses:chevaux, fit un emprunt à son beau-père Mouton et acheta le château d'Hoëéville. 1] y passa seulement l’automne et l’hiver car le 24 germinal an IV (13 avril 17%) 1l était réintégré dans l’armée et le 1er prairial (20 mai) il recevait l’ordre de rejoindre à Deux-Ponts un de ses anciens chefs, le général Gouvion Saint-Cvr.
Le général Moreau, commandant l’Armée du Rhin et Moselle, conformément aux directives de Carnot, préparait alors le passage du Rhin pour attaquer et refouler sur le Danube les armées impériales, que l'Armée de Sambre-et-Meuse sous les ordres de Jourdan, débouc hant de Dusseldorf, devait déborder par le nord.
(1) Un arrèté du directoire du district de Nancy du 12 decembre 1591 avait fixé la valeur du chapon à 15 sous 6 deniers. — Registre des délibérations du directoire du district, séance du 12 décembre 1791. Arch. départ. de Meurthe-et-Moselle, L. 1. 385-2-B.
Nommé adjudant général chef de brigade le 4 messidor an IV (22 juin 179,6), Grandjean, prit part, comme chef d'état-major de la 5€ division, à cette mémorable campagne de 1796 que Moreau, secondé par des chefs tels que Desaix et Gouvion Saint-Cyr, mena à travers l’Allemagne jusqu'aux portes de Munich. Ayant franchi le Rhin à Strasbourg, Moreau repoussa les armées autrichiennes et s’avança en vainqueur vers le Danube.
Le 15 thermidor (2 août), l’adjudant général Grandjean écrivait de Weisenstein (1) :
« Le plus beau moment pour voir une armée est lorsqu'elle est victorieuse, notre marche est à présent un voyage en Allemagne, nous suivons l’ennemi que nous avons bien battu et qui se retire derrière le Danube duquel nous ne sommes éloignés que de six lieux. A présent la grande armée de M. Charles est à trois lieux de nous et nous sommes arrivé aujourd’hui où elle était hier matin et d’où par prudence elle s’est retirée.
« Je cause souvent avec Messieurs les-baillis allemands qui me témoignent tous un grand désir de nous voir en possession de la rive gauche du Rhin par la paix à condition que nous y retournerons et que nous les Jaisserons tranquiles.
« Rien n’est comparable à la bravoure de notre armée; c’est pour elle le plus grand plaisir que l’annonce de la bataille; ils y courrent, cela étonne fort les habitants de ce. pays qui ne peuvent pas s’imaginer qu’on peut se faire tuer en chantant.
« La seule chose qui serait à désirer serait que nos Romains (sinonime de volontaire) pillassent moins. Cette manie est poussée à un point qui m'a fait faire plusieurs fois de tristes reflections. Nous faisons notre possible pour éloigner des environs de nos camps les horreurs de la guerre, mais nous avons peine à y réussir. On a beau consigner le camp entier, les lurons trouvent toujours moyen de s'échapper et travaillent le pauvre paysan à la mode du diable. C’est cela qui me fait croire la paix
(1) Archives Ch. Berlet.
prochaine bien nécessaire pour le rétablissement de la discipline et de l’ordre...
« Tachez de venir nous voir, je suis assuré que vous serez content d’avoir une idée de l’armée... que. vous verrez dans le plus grand état de splendeur puisque probablement alors nous serons réunis avec l’armée de Sambre-et-Meuse. »
Cette espérance ne se réalisa pas. Le 24 thermidor (11 août), Moreau brisait à Neresheim une violente attaque de l’archiduc Charles et l’obligeait à repasser le Danube:; battu en Bavière, l’archiduc conçut et exécuta un plan qui devait forcer les armées françaises à la retraite. Laissant le général Latour sur le Danube, avec mission de masquer son mouvement, il se porta avec toutes ses forces contre l’armée de Sambre et Meuse qui était la plus faible et la contraignit à reculer vers le Rhin.
Moreau, dans l'espoir d'attirer l’archiduc Charles marcha sur Munich, mais Jourdan reculant toujours, Moreau craignit d’être coupé et accomplit à travers la Bavière cette retraite qui rendit son nom célèbre. Il rentra en Alsace à la fin d'octobre par Huningue et Brisach.
En décembre, Grandjean servait sous les ordres de Desaix qui défendait la tête de pont de Kehl contre l’archiduc Charles. Des bruits malveillants ayant été colportés sur l’état de l’armée, il écrivait (1) d’Illkirch près de Strasbourg, à la date du 27 frimaire an V (17 décembre 1796) :
« J'ai été on ne peut plus aise de voir combien à travers les bruits répandus par la malveillance ou l'ignorance, vous avez pu découvrir les vrais motifs des désordres dont on a accusé nos armées. Un fait très constant c'est que nos privations des objets accordés par la loi aux militaires ont toutes été la cause que pour exister le soldat sortit des premières bornes de la discipline. Cependant ne pensez pas que jamais lorsqu'il s’est agi de service ou de combattre les ennemis de la patrie, ils ayent été sourds à la voix de leurs chefs et l’esprit de
(1) Archives Ch. Berlet.
pillage était retenu par l’envie de faire leur devoir... Vous avez pu remarquer que ceux qui ont le plus crié contre les généraux'et l’armée en général sont des membres des administrations qui tous sont revenus fort gras du voyage d'outre Rhin et qui émportant une bonne bourse criaient au voleur.
« Kehl est toujours l’objet de la querelle ; on secanonne journellement et on ne se repose pas, même pendant la nuit... Cela fait malgré tout plus de bruit que de besogne: nôtre perte journalière ne passe pas 25 à 30 nee par jour tant tués que blessés pour notre part.
. Le 9 janvier 1797, Kehl capitulait et Crandieas était envoyé à Sarrebruck ‘à la réserve de cavalerie de l’aile gauche de l’armée du Rhin et Moselle. Les préliminaires de Leoben (18 avril 1797) arrétèrent l'offensive de cette armée et le traité de Campo Formio (17 octobre 1797) en cédant à la France la rive gauche du Rhin donnait à no re patrie sa frontière naturelle sans laquelle il n’est pas de sécurité pour nos foyers. « Vous saurez sans doute par les journaux, écrivait Gtandjean (1) le 17 nivôse an VI (6 janvier 1798), que nous avons pris possession de Mayence et qu’enfin votre souhaït pour la limite naturelle de la France est rempli. » IH ajoutait : « Nous ignorons encor quelle sera la déstination au printemps prochain, mais si nous étions obligé de donner sur le continent un coup de collier à nos camarades de l’armée d'Angleterre, cela irait rondement. Comme il serait possible que je fusse employé à cette armée je me suis provisoirement remis à l’étude de l’anglais... »
Mais ce ne fut pas à l’armée d'Angleterre que fut affecté Grandjean, car le 4 floréal an VI (23 avril 1798) une lettre de service du ministre de la guerre le nommait à l’ärmée d'Italie et lui enjoignait de se mettre en route sans délai (2). Grandjean était alors attaché à la division de eavalerie du eorps commandé par le général Ambert à l'armée de Mayence; pour se rendre plus rapidement à Milan où il devait prendre les ordres du’ général Brune
(1) Archives Ch. Berlet.
(21 Archives Jacques de Mont,
LH GRNÉRAL GOMTE GRANDJEAN (1768-1828) 71
il traversa la Suisse et, dans une lettre (1) datée de Lugerne 8 prairial an VI (22 mai 1/98), il donne ses impressions de voyageur et d'hcmme politique où se révèle le socrologue qu'avait formé l’Université de Gœttinguen.
« Dans ma traversée en ce pays, j'ai eu l’occasion de passer par (illisible), j'y ai vu le corps législatif et le directoire Elvétique composé. comme vous le savez, de 5 membres, chéris et estimés de tous leurs concitoyens. c'est encor en ce pays, surtout dans les petits cantons de Schwiltz, Uri et Unterwald que l’on trouve des âmes énergiques qui sentent toute la dignitée de l’homme et qui étatent (2) réellement libres avant la capitulation qu’ils viennent de faire pour se réunir à la République helvétique. Sans doute, ils y gagneront de la force pour l’ensemble de l’administration, ils pourront jouer un rôle dans les affaires del’Furope. mais cette brillante perspective peut-elle contribuer au bonheur d’un peuple qui était uniquement occupé du soin de ses troupeaux dans des montagnes inaccessibles qui étaient ainsi que le clima un garent de leurs libertée…
« Les Elvétiens sont en général bien meilleurs que les Allemands, ils ont plus de franchise et de fierté dans le caractère. :
« Écrivez-moi à Milan. C’est encor un nouveau peuple pour moi dont je vais étudier le caractère et les mœurs. »
GÉNÉRAL DE BRIGADE -- GÉNÉRAL DE DIVISION LES CAMPAGNES DE L'EMPIRE — LA RETRAITE
L’adjudant général Grandjean rejoignit à Mantoue la diviaon du général Delmas et y recut un commandement. Comme à l’armée du Rhin il se signala par son entrain, son intrépidité et sa science militaire. Le 26 mars 1749 Grandjean commande la brigade d’avant-garde de la division Delmas. Le camp retranché de Pastrengo près
(1) Archives Cb. Berlet.
(2) Souligné dans le texte.
de Rivoli est l’objectif de la journée. Il l'attaque avec résolution et s’en empare. Il avait fait 1.200 prisonniers, pris 3 pièces de canon et 2 équipages de pont. Il eut trois chevaux tués sous lui. Le général Schérer, commandant
en chef de l’Armée d'Italie, le soir même de la bataille,
le nomma général de brigade.
En lui adressant l’arrêté du ministre de la Guerre confirmant la promotion, Schérer ajoutait (1) : « Vous continuerez à être employé en cette qualité à la division d'avant-garde dont le commandement vous est confié par intérim... Cette récompense de vos services... sera pour vous un souvenir qu’il n’est point de difficultés qu’on ne puisse surmonter avec la valeur et les talents militaires que vous avez déployés dans cette attaque où les Autrichiens, après avoir fait une vigoureuse résistance, ont été forcés dans une position formidable et poussés au delà de l’Adige. »
Le général Grandjean prit part à la hataille de la Trebbia (17-19 juin) où il est blessé à la tête par un éclat d’obus. Il servit à l’armée d'Italie jusqu’au début de l’année 1800. Appelé à l’armée du Rhin par Moreau il fut affecté à la 1'€ division de réserve commandée par le général Delmas.
A la bataille d’Engen, le 3 mai 1800, à la tête d’un détachement il tourne un bois occupé fortement par les Autrichiens et les contraint à la retraite, puis prend à revers l’importante position de Hohenhevven et décide de Ja victoire. Le 28 juin, à Oberhausen, il mérite du général en chef Moreau ce beau témoignage (2) daté du 10 messidor an VIII (29 juin 1890) :
« Recevez mon compliment, mon cher général, sur le combat brillant et opiniâtre que vous avez livré à Oberausen en soutient de la division du général Montrichard. Je vous prie de témoigner aux braves que vous commandez combien j'ai de plus en plus à me louer de leur conduite. A la suite d’un succès aussi brillant, il est bien malheureux d'avoir à regretter des officiers tels que le
(1) Lettre 21 germinal an VIL Archives Jacques de Mont. (21 Archives Jacques de Mont.
<ommandant Forti et la Tour d'Auvergne. » Et en post scriptum cette bonne nouvelle : « Nos troupes sont entrées hier à Munich. » :
De Munich, Grandjean écrit le 22 messidor an VIII (11 juillet 1800) : « Nous voici chez MT l'électeur palatin, le pauvre diable est entre l’enclume et le marteau; les autrichiens occupent partie de ses états et nous avons l'autre. Je crois pourtant que nous ne tarderons pas à avoir le tout.
« Munich est une fort belle ville; les usages n’y sont aussi guindés que dans beaucoup d’autres villes de l’AlÏlemagne, les femmes qui généralement sont belles, me paraissent très galantes, mais où ne le sont-elles pas? La mise, le ton y est français; doit on cela à la quantité d’émigrés qui sont en cette ville ou au genre aisé du duc? peut être bien aussi à la galanterie de la douarière partie avec un musicien, elle reconnaissait les principes de l'égalité quoiqu 'autrichiene.
« Les environs de cette ville sont peu fertiles; il y a de belles maisons de campagne, de beaux parcs et de très pauvres paysans; le pays n’en payera pas moins une brillante contribution qui servira à payer à la troupe 7 mois d’arriéré de solde. Nous recueillons en Allemagne l'argent que l’Angleterre y sème... »
Le 3 décembre, à Hohenlinden, Grandjean commande une division. Au début de la journée il charge à la tête de ses bataillons et culbute huit bataillons de grenadiers hongrois après une lutte sanglante au milieu d’un bois de sapins. À la fin de la journée il charge de nouveau avec Ney et Grouchy et met en déroute les Aurichiens. Dans une lettre en date du 13 frimaire an IX (4 décembre 1800) Grandjean fait ainsi le récit de la bataille:
« Nous venons de remporter une victoire complète lParchiduc Jean avait attaqué avec toute son armée une faible partie de l’aile gauche. L'armée n'était pas réunie. Le général Moreau fit retirer les divisions qui s'étaient déjà portées sur l’Inn, et attendit l'ennemi derrière le défilé de Matenpet (1) près le village de Hohenlinden.
(1) Mattenbaætt.
L’ennemi qui croyait nous faire reculer comme les jours précédents vint sur différents points et fit sa principale ‘attaque sur Hohenlinden où était notre division et celk de Ney. Nous avions ordre de tenir ferme et jusqu’à la dernière extrémité. D'abord M. de (ullisible) qui commandait sous l’archiduc fit attaquer notre droite par trois bataillons de grenadiers et successivement par dix qui étaient employés à tâcher de forcer ce point. Nous Îles culbutâmes avec une force bien inférieure. Ils se disposaient à renouveller cette attaque lorsque deux divisions de l’armée arrivèrent par un grand détour, en passant par Saint Christophe, derrière le défilé. Nous pressâmes en tête, tandis qu'on attaquait la queue. Enfin nous primes 80 pièces de canon. 150 caissons et 7 à 8.000 hommes, trois généraux, le prince de ligne, etc... L’achiduc Jean a failli être pris lui-même, il doit son salut à un fort bon cheval... »
Le caractère modeste et consciencieux du général Grandjean se révèle dans cette relation si simplement contée d'une victoire où sa valeur personnelle et celle de sa division méritérent l’honneur d'une citation à l’ordre du jour de l’armée.
Cette lettre est la dernière dans laquelle Grandjean s'occupe des événements militaires. À partir de ce moment. les instructions pour l’éducation de son fils ou la gestion de ses'biens sont l’objet principal de sa correspondance. Peut-être aussi l'importance des commandements qui lui étaient confiés l’incitaient à une discrétion plus grande. Bien que simple général de brigade, il exerça le plus souvent des commandements de divisionnaire. Il ne fut promu général de division que le 8 février 1804. Sans doute l'estime en laquelle le tenait Moreau avait-elle nui à son avancement. .
En 1807. le général Grandjean lutte contre les Suédois en Poméramie, en ISOK 1l est en Espagne et prend une part importante au siège de Saragosse, en 1509 1l est à Wagram où il est blessé et a deux chevaux tués sous lui, pendant la campagne de Russie il commande une division composée de Prussiens, de Westphaliens et de Polonais. Après la retraite de Moscou il défend Dantzig sous
les ordres du général gouverneur Rapp, qui le cite r'lusieurs fois dans son rapport officiel. Fait prisonnier à la capitulation, c’est de Kiew qu'il envoya son adhésion à la Restauration.
A son retour en France, le général Grandjean se retira en Lorraine. Il résidait tantôt dans son domaine d’Hellocourt, tantôt chez son fils au château d’Alteville près de Tarquinpol. Il s’intéressait aux travaux des champs et s’occupait d'économie politique. Il fut député de Ja Meurthe de 1821 à 1823, élu par l'arrondissement de Château-Salins. Il reçut de Louis XVIII le titre de comte. Il mourut en 1828. |
Le général Grandjean n’a pas exercé les commandements importants auxquels sa vaillance et sa science militaire semblaient le destiner. Les débuts de sa carrière furent entravés par la politique et le souvenir de l'amitié que lui portait Moreau le tint éloigné des postes où, sous les yeux de l'Empereur, il aurait pu se distinguer. Grandjean était d’ailleurs un modeste, ennemi de l'intrigue.
Sous la Restauration, bien que jeune encore — en 1815, n'avait que 47 ans — il n’accepta aucun commandement. Comme tant d’autres vieux soldats, il gardait intacte sa fidélité à l'Empereur. Au Roi, il donnait en toute sincérité son loyalisme de sujet, respectueux du gouvernement légal, mais à Napoléon, il conservait — comme Drouot — une admiration jalouse et passionnée qui ne se partage pas.
Dans le pays des étangs lorrains que dominaient ses résidences habituelles, Hellocourt et Alteville, le général Grandjean a laissé un souvenir qui n’est pas effacé et les anciens se rappellent encore ce que disaient leurs pères de ce vaillant soldat, compagnon d'armes de Drouot, Ney, Lobau, Gouvion Saint-Cyr. Simple et accueillant, il était aimé de tous pour sa modestie, sa générosité et sa grande courtoisie.
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