XXXVIII SÉANCE PUBLIQUE DU 23 DÉCEMBRE
ment maternel et le culte du foyer. Avec émotion, l’Académie de Stanislas s’associe au respect porté à Mme Lebrun par ceux qui la voient à l’œuvre. Et c’est avec joie qu’elle lui décerne aujourd’hui le prix Goussaincourt pour 1928.
Des onze enfants qu’a élevés Mme Toussaint (1), de Va rangéville, veuve de guerre elle aussi, neuf vivent encore dont six demeurent à sa charge. Seules, deux filles, employées dans un tissage voisin, contribuent par leur mince salaire à l’entretien d’un ménage où les soucis, parfois, sont accablants. Mme Toussaint elle-même, quoique impotente d’une jambe, doit partir chaque matin à l’hôpital Solvay pour sa besogne quotidienne (elle y est cuisinière), et lorsque, le soir, elle rentre chez elle, elle y trouve, malgré sa fatigue, tant de nouvelles causes de préoccupations, que « bien souvent, dit-elle, avec simplicité, quand je m'en retourne le lendemain à mon travail, je n’ai pas beaucoup dormi ». Six enfants à la charge d’une femme d’âge, et infirme, c’est, en effet, pour chaque journée, bien des tourments qui, du haut en bas, s’étagent et qui ne laisseraient, à d’autres, guère de place... Si, pourtant. En se serrant, on a logé encore et par surcroit, deux berceaux, ceux de toutes petites — quatre mois et dix-huit mois — qui, en 1925, ont été laissées là toutes deux par leur père disparu, un fils de Mme Toussaint. Qu'on ait, à ce moment, pu penser à les mettre à l’Assistance : le vieux sang de la grand’mère n’a fait qu’un tour! Elle a pris avec elle, elle gardera les deux petites filles, qui sont devenues, dit-elle avec fierté, « fortes et toutes bonnes ». Et elle ne regrette rien. Mais, pour nourrir tout ce monde, la tâche est lourde, à Varangéville comme ailleurs... L'Académie a décerné à Mme Toussaint, veuve de guerre, sur qui abondent les meilleurs renseignements, le prix Pitoy, institué pour récompenser, dans les familles nombreuses, le dévouement.
(11 6, rue Gambetta, Varangéville.
RAPPORT SUR LES PRIX DE VERTU XXXIX + & *% III. — Dévouement.
La place qu’elles tiennent ici, les veuves de guerre, sur vos listes de récompenses, n’évoque-t-elle pas directement celles que tenaient ailleurs, sur les listes de citations, les défenseurs jadis tombés pour nous? Ici, comme là-bas, hélas! voici que, de nécessité, les mêmes termes limités devront traduire les mêmes actes qu’engendraient — qu’engendrent sans cesse — la même constance et les mêmes renoncements. Continuité plus glorieuse par sa répétition même, et que, seule, l’injuste motononie d’un insuffisant exposé est impuissante à mettre chaque fois, comme il faudrait, dans un nouveau et magnifique relief. Que d’autres formes, cependant, dans un pays comme le nôtre, le dévouement ne revêt-il pas quotidiennement, vivantes, générales, multiples, et que les mots ne devraient point trahir. Pour correspondre à celles-là, cinq prix ont été institués par de clairvoyants et généreux donateurs : vous y avez appliqué les noms de Mme Humbert, de Mile Sidonie Brière, de M. André Schoeffer, de M1: Colmé, de Me Schoenhens.
C’est le dévouement fraternel que vous avez voulu tout d’abord honorer dans la personne de Mme Humbert (1) aujourd’hui plus que septuagénaire. Voici vingt-six ans qu’elle hospitalise chez elle sa sœur et son beau-frère, celui-ci presque totalement impotent. Mme Humbert, ouvrière à la maison Picard et déjà titulaire de la Médaille d’honneur du travail, s’est dépensée toute sa vie et se dépense encore, jusqu’au bout de ses forces. Mais les gains de deux femmes, à l’âge où elle et sa sœur sont arrivées, sont bien insuffisants pour les besoins journaliers, pour l'entretien d’un infirme, pour l’imprévu aussi, dont on devine, hélas! ce qu’il peut être, pour trois vieillards, par les temps actuels. Mme Humbert, pourtant, fait face avec vaillance aux difficultés qui se multiplient : l’ordre et la tenue du milieu familial dont elle reste l’animatrice
(1) 19, ruelle Saint-Lambert, Nancy