‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 49 sur 109 · LX SÉANCE PUBLIQUE DU 16 MAI · texte numérisé non relu

LX SÉANCE PUBLIQUE DU 16 MAI

et un soldat, et son œuvre, parmi toutes les épopées guerrières du haut Moyen Age, est peut-être celle qui évoque le mieux le chevalier d'alors, batailleur, âpre au gain, querelleur, craignant Dieu et molestant ses prétres, homme d'honneur toutefois, d’une bravoure et d’une loyauté à toute épreuve. L’admirable figure de Roland est une figure idéale : le neveu de Charlemagne est moins un soldat qu’un croisé; il nous apparaît presque comme un saint : la scène de sa mort est une assomption. Les héros des Lorrains sont plus terre à terre, ce sont des exemplaires plus communs d’une humanité plus réelle. Mais cette humanité est pleine de grandeur et de noblesse. Jamais une « vilenie » ne sortit de la bouche du Lorrain Garin; jamais le Lorrain Garin ne connut le péche d’ « outrecuidance ». Et c’est ce héros, l’une des plus nobles et des plus vivantes figures de chevalier que nous ait laissées le Moyen Age, qui « enseigne » ainsi son épouse :

« Dame, la richesse n’est pas dans les fourrures, Ni dans les deniers, les murailles ou les roncins; La vraie richesse, c’est les parents et nos amis : Le cœur d’un homme vaut tout l’or d'un pays (1).»

Paulin Paris avait été justement frappé de ce vers. « l’un des plus beaux vers », disait-il, « que l’on ait jamais faits en aucune langue ».

Cet esprit, plus chevaleresque peut-être que guerrier. au sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot, devait se maintenir en Lorraine au cours des siècles. Le Moyen Age, avec ses querelles locales, ses luttes intestines, s’est singulièrement prolongé dans cette région où la guerre restait l’état habituel à une époque où la France, pacifiée sous l'autorité royale, connaissait déjà les bienfaits d’un pouvoir fort qui soumet les intérêts particuliers à l'intérêt général. À peine sortie de cet état d'insécurité et de trouble, la marche de Lorraine devenait le champ de bataille naturel du royaume de France et de l'Empire. Dès lors, c’est le gendarme lorrain qui, à la frontiére

(1) Li romans de Garin le Loherain, éd. Paulin Paris, t. I], p. 218.

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