LXXII SÉANCE PUBLIQUE DU 16 MAI
que j'avais jeté mon dévolu, et toute mon ambition était de retracer l’histoire de Charles de Guise, cardinal de Lorraine et ministre d'État du roi François Il.
Depuis longtemps j'ai dû me persuader, hélas! que, ce beau dessein, je ne l’accomplirais pas, l'impossibilité où je me trouve de dépouiller les nombreuses archives de France, d'Italie, d'Autriche, d'Angleterre et d’Espagne où subsistent les témoignages abondants de l’activité de ce personnage considérable m’interdisant de rien entreprendre de définitif sur son compte. Du moins, grâce à vous, la satisfaction me sera donnée d’esquisser en sa faveur les grandes lignes de la défense dont sa mémoire n’est pas sans avoir besoin.
I] n’est peut-être pas, en effet, dans l’histoire d'homme plus déconsidéré que lui. Comme tous ceux qui essaient de faire quelque chose et qui ont la fortune d’y montrer du talent, voire celle d’y réussir, il a suscité des envieux, des jaloux et des mécontents. D’autre part, sa politique, qui fut sévère, a soulevé des haines. Aussi, peu d’écrivains ont osé rendre hommage à ses mérites, au lieu que pullulent les pamphlets et les diatribes dans lesquels il est dénoncé comme un monstre abominable, un fourbe, un cruel, un dresseur de potences, un ambitieux, bref ua des pires scélérats que la terre ait portés.
I] faut en rabattre beaucoup. Les passions, surtout les passions politiques, ont vite fait de noircir un homme. Loin d’être trainé dans la boue, le cardinal de Lorraine aurait dù en bonne justice être mis sur un pinacle et je me réjouis grandement, Messieurs, d’avoir, pour écouter et sanctionner ce que j'ai l'intention d’articuler à sa louange, cette aimable assemblée dans laquelle vous savez réunir avec harmonie la grâce de l’esprit et l’érudition, la compétence et la sagesse, l’impartialité et la sérénité, comme il convient d’ailleurs à ceux qui ont le privilège d’habiter le Parnasse sous le signe d’Apollon.
Des trois personnages qui sont entrés dans l’histoire avec le nom de cardinal de Lorraine, celui qui nous occupe