‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 62 sur 109 · ÉLOGE DU CARDINAL DE LORRAINE LXXVII · texte numérisé non relu

ÉLOGE DU CARDINAL DE LORRAINE LXXVII

sait subitement sa mère, l’astucieuse Catherine, le cardinal comprit que son rôle officiel était fin. Les hommes qui se cramponnent sont des hommes perdus. Il se retira donc dans son archevêché. Mais, voulant garder, du moins secrètement, la haute main sur la politique, ils’allia à deux personnages très puissants, le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André. Il avait pour eux une médiocre sympathie et moins d’estime encore. Il n’avait rien négligé jusque-là pour les écarter des hautes charges, mais il savait qu’à eux trois ils seraient écoutés. Ils formèrent un triumvirat, dans lequel le duc de Guise prenait parfois la place de son frère le cardinal, et ce triumvirat dicta ses volontés au gouvernement de Catherine et du Roi.

C'est par ce moyen que tenacement, inlassablement, tantôt se retirant et tantôt s’avançant, avec une obstination calculée de Lorrain, le cardinal se rendit redoutable à ceux qui à Paris menaient la politique. Non, la politique on ne la fera pas sans lui! Tous ces gens qui sucent la France et qui vont l’épuiser compteront avec lui. I faudra bien qu’on entende ses doléances, ses remontrances, ses reproches. Il faudra bien qu’on subisse ses sévères observations, ses terribles colères et même ses silences plus inquiétants encore. On saura qu’on ne peut rien entreprendre sans son bon plaisir. On apprendra qu’il est une violence toujours prête à éclater. Devant lui on tremblera. Avec lui on composera. En définitive, la politique à laquelle on devra se résoudre, ce sera la sienne. C'est qu’aussi bien il avait le sentiment que, derrière lui, se tenaient l'immense force du clergé, une notable partie de la noblesse, mais surtout le peuple et principalement le bon peuple de Paris dont la crânerie des Guise avait conquis à tout jamais le cœur.

En vain Catherine, qui n’osait toucher à la personne du prélat, verra-t-elle avec satisfaction assassiner à Orléans François, son frère, le beau duc de Guise. Ce coup, qui lui fut rude, n’amoindrit ni la volonté ni la vigilance du cardinal. Au contraire, il se montra plus farouche et plus effrayant encore. Il ne parut plus qu'entouré d'une garde d’arquebusiers. Il remua l’opi-

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