‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 67 sur 109 · ÉLOGE DU CARDINAL DE LORRAINE LXXXIII · texte numérisé non relu

ÉLOGE DU CARDINAL DE LORRAINE LXXXIII

qu'avec quelques doigts il caresse sa barbe. L’attitude est celle d’un homme songeur dont les pensées sont graves.

Comment ne l’eussent-elles pas été? L’heure était décisive. La route de Paris ouverte, le vainqueur était maître de la France. C’est l’art du diplomate et du politique de saisir ce moment fugitif où, chez l’ennemi, l'espoir de vaincre demeure encore inférieur à la crainte de perdre. En livrant à Philippe un tiers du territoire et cent cinquante forteresses, on sauvait le pays, son indépendance et, par surcroît, sa dignité, puisque les belles terres qu’on cédait, on les livrait en apanage, les unes, celles du sud-est, à la sœur du roi qui allait épouser le duc de Savoie, les autres à la fille du même roi, Élisabeth, qui s’apprêtait à devenir la femme du roi d’Es-

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Il restait à guérir la France de ses maux intérieurs. Là cet homme qui fut miséricordieux envers tous ceux qui souffraient dut se montrer terrible.

Le désordre engendré dans les mœurs par les trop longues campagnes d'Italie avait rendu les grands légers et factieux. Le roi n’était plus respecté ni obéi. Une féodalité renaissait. A la tête de tous, et les plus turbulents, se rencontraient les Bourbon, Antoine, roi de Navarre, et, principalement, le prince de Condé, nature valeureuse, tête échauffée, petit homme contrefait que certains appelaient déjà malicieusement Louis le Treizième. Derrière eux, une autre figure inquiétante se dessine, celle d’un Châtillon, devenu, depuis 1552, l’amiral de Coligny. De beaucoup il était le plus redoutable. Ame stoique et héroïque, patriote enflammé, cœur concentré et froid calculateur, conscience rigide, Coligny était capable de haïnes formidables et de desseins soutenus. L’opposition n'avait pas de chef plus intraitable (1).

(1) On lira avec intérêt dans Sainte-Beuve, d’après d’Aubigné, le récit de la nuit tragique au cours de laquelle l’amiral se laissa décider par sa femme à se jeter dans l’opposition active (Lundi, X, p. 321).

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