‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 69 sur 109 · ÉLOGE DU CARDINAL DE LORRAINE LXXXV · texte numérisé non relu

ÉLOGE DU CARDINAL DE LORRAINE LXXXV

en repasser le seuil que pour subir la peine de mort, à laquelle le condamna un arrêt de justice, quand le soudain trépas de François IT lui sauva la vie. Il périt neuf ans plus tard, en 1569, à Jarnac. Son frère Antoine ayant fait sa soumission, Coligny devenait le chef de l’opposition.

Sans tarder le cardinal le fit condamner à mort à son tour, comme rebelle, par le Parlement de Paris et sa tête fut mise à prix pour cinquante mille écus d’or. Il se tira d’affaire. Mais, profitant de ce que son oncle se trouvait à Rome, le jeune Henri de Guise, dont le père était tombé sous les balles d’un homme que l'opinion accusait Coligny d’avoir payé (1), décida de hâter une exécution qu'il jugeait indispensable à la paix et à l’ordre. Un coup monté par ses soins ayant été manqué, il arracha au faible Charles IX l’ordre affreux de la Saint-Barthélemy, et lui-même s’en alla faire poignarder l'amiral presque sous ses yeux. Ainsi se trouva décapitée l'opposition que les néo-féodaux tentaient de soutenir contre la royauté.

Nécessairement, en même temps qu'on essayait de contraindre les grands, on menait la lutte contre les huguenots leurs alliés. On reprit les villes dont ils s’étaient emparés. On livra les batailles qui devaient les réduire à merci. On finit par les acculer à La Rochelle, dont le siège, suspendu un moment, allait être repris quand le cardinal succomba à la tâche.

Sa politique, Messieurs, n'avait pas été vaine. Dès 1563, elle permettait à Catherine de Médicis d'entreprendre, avec ses enfants, un voyage de deux années au travers de la France et de s’y faire écouter quand il lui plut de parler en souveraine. Surtout elle ouvrait les voies à Richelieu, dont le programme, quarante ans plus tard, ressemblera singulièrement à celui du cardinal de Lorraine.

(1) M. Pierre de Vaissière établit qu’il y eut au moirs entre Coligny et l'assassin Poltrot de Méré une sorte de complicité tacite (Revue des etudes historiques, 1910, p. 640 cet sq).

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