RAPPORT SUR LE PRIX DU SOUVENIR X
de France, dans lequel des Français de toutes professions, de toutes conditions sociales racontent ce qu’ils ont vu, ce qu'ils ont éprouvé pendant la grande guerre à laquelle ils ont pris part dans nos armées.
Ces lettres sont adressées pour la plupart aux parents, si désireux d’avoir des nouvelles de leurs enfants combattant sur le front. Trop souvent, hélas! elles sont accompagnées d’ordres du jour annonçant que ces soldats français sont morts, de la mort des braves. C’est ainsi que Roland de Brassac, dont la mère publie les lettres, engagé volontaire en août 1914, est mort « en beauté » à Craonne, le 16 avril 1917, après avoir gagné sur le champ de bataille son grade de sous-lieutenant et la croix de la Légion d'honneur.
Toutes ces correspondances, insérées au Bulletin après avoir été recueillies par Mme de Saint-Vincent-Brassac, peuvent être classées en deux catégories, suivant que leurs auteurs sont des soldats de carrière, ou bien des « civils » de professions très diverses, volontaires ou appelés par la mobilisation. Pour les premiers, la guerre est leur élément; on ne doit pas s'attendre à trouver dans leurs lettres le récit des horreurs dont ils ont pu voir les traces; ils parlent surtout de leurs hommes; ce qui leur importe surtout, c’est de communiquer à ces hommes l’ardeur dont ils sont. enflammés.
Ainsi, le capitaine Antoine de Joybert : c’est un Lorrain d’origine, il a fait ses études à Nancy avant de s’engager dans l'artillerie; après avoir quitté l’armée lors de son mariage, il a repris du service en 1914. Dans ses lettres, c’est de ses soldats qu’il est le plus souvent question : « Ma compagnie marche très bien; nos petits jeunes de la classe 15, 16, 17, et les engagés sont « épatants.…. Il n’y a pas eu de frousse au baptême du feu... Je suis enchanté de ma compagnie. »
Le capitaine de Monspey, un cavalier qui a été affecté à un régiment de cuirassiers à pied, écrit de la tranchée : « Ce qui fait plaisir à voir, c’est le sang-froid, le calme des hommes. On sent la confiance qu’ils ont dans le commandement... Si, pour ma part, j'ai pu gagner leur confiance, je me considérerai comme très heureux. »