‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 71 sur 109 · ÉLOGE DU CARDINAL DE LORRAINE LXXXVH · texte numérisé non relu

ÉLOGE DU CARDINAL DE LORRAINE LXXXVH

Poissy. Néanmoins, il aimait mieux Trente que rien du tout. Or Rome se raidissait. Rome considérait l’hérésie comme jugée et prétendait s’en tenir là. S'en tenir là! Mais non, Très Saint-Père, l'essentiel n’est pas fait. L'essentiel, c’est les réformes. Des réformes, des réformes! sans elles l’Église s’étiolera!

Rome continuant de se dérober, il menace. Ah! le pape refuse un concile universel. Eh bien! lui, il tiendra en France un concile national. La date en fut même fixée au 10 septembre 1560. Mais la perspective d’un concile nationalétait pour Rome plus alarmante encore, car un concile national menait la France au schisme. Alors le pape céda et la réouverture du concile de Trente fut décidée pour les premiers jours de 1562.

Le pape toutefois aurait bien désiré que le cardinal s’abstint d’y paraître. [1 lui faisait peur avec son autorité, le prestige de sa personne, l’éloquence de sa parole et son intransigeance aveugle à réclamer des réformes radicales. De plus ne professait-il pas la théorie que le concile est supérieur au pape? Enfin chacun savait qu'il était armé d'un programme redoutable où l’on voyait notamment inscrites la communion sous les deux espèces et l’abolition du célibat ecclésiastique.

Lorsqu'il apprit qu’il était en route avec tout un cortège d’évêques et de théologiens de la Faculté de Paris, Pie IV ne songea plus qu’à l’endormir à force de cajoleries. Sur son ordre, on le reçut avec une pompe magnifique. Il entra à Trente comme un triomphateur. Le discours qu’il prononça, quand, remis des fatigues d’un si pénible voyage, il put assister aux séances, fut couvert d’applaudissements. Les légats pontificaux se précipitaient chez lur pour solliciter ses avis, qu'ils s’empressaient d’ailleurs de ne pas suivre.

Il ne fut pas dupe de ces flatteries. A la tête de la délégation française, il parla haut, il parla fort, il parla avec la volonté d’être écouté. Faisait-on du tumulte ou de l’obstruction, il menaçait de s’en retourner en France et d'y tenir le fameux concile national. Toujours ce concile nationall Le spectre en pesä sur l’assemblée. Finalement, le bouillant cardinal se démena si bien qu'il

LXXXVIII SÉANCE PUBLIQUE DU 16 Mar 1929

parvint à imposer plus d’une de ses vues, notamment en ce qui regarde la formation des clercs et l’organisation des séminaires. Il préparait ainsi à saint Vincent de Paul sa magnifique tâche.

Soudain sa rigueur mollit. La fatigue, les contrariétés et surtout la nouvelle de l’assassinat de son frère à Orléans, l’avaient abattu. Il ne parlait plus que de se retirer et de vivre obscur dans son diocèse. Mais un voyage à Venise, où le doge lui fit fête, et surtout un séjour de deux mois à Rome, au cours duquel le pape le combla d'honneurs, lui rendirent son entrain. Néanmoins, de retour à Trente, il se montra plus pressé d'achever le travail que d'engager de nouvelles discussions. Il renonça au reste de son programme de réformes et hâta la rédaction des décrets. Le 4 décembre 1563, il clôturait le concile par des vivats et des acclamations solennelles. Il n’y eut plus alors qu’un dernier incident. Il tenta de s’opposer à ce qu'on prononçât un suprême anathème contre les grands hérésiarques. A quoi bon? N'’était-ce pas compromettre l’avenir? On passa outre. Ici la modération lorraine avait eu le dessous. Cependant le cardinal quittait la petite ville de Trente en vainqueur.

Ce concile, c'était son œuvre. L'Église le devait à son obstination et, ce qu’on y avait décidé de meilleur, il en avait pris l'initiative. Il venait de réouvrir les routes du salut sur lesquelles se précipitera la pléiade de saints et d’âmes ardentes que verra éclore le siècle suivant.

Messieurs, cet homme d’État et cet homme d'Église avait encore du temps à consacrer aux lettres. Ou plutôt il n’estimait pas que ce fût du temps perdu celui que l’homme destine à parfaire et à élargir sa culture intellectuelle.

Humaniste consommé, le cardinal de Lorraine, sous le toit de qui vivait Ronsard et à qui Rabelais devait sa nomination à la cure de Meudon, recevait, dans ce même Meudon, dans lä belle résidence qu'il s'y était ménagée, tout ce que cette époque comptait de philosophes, de

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