‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 72 sur 109 · ÉLOGE DU CARDINAL DE: LORRAINE LXXXIX · texte numérisé non relu

ÉLOGE DU CARDINAL DE: LORRAINE LXXXIX

poètes et d’érudits. Mais, jouissant pour lui-même du bienfait des lettres, il eût été inférieur à sa propre nature, s’il n'avait eu l’ambition d'appeler au banquet de Platon le plus possible d’esprits.

C'est pourquoi, tout jeune archevêque, arrivant à Reims, il jugea insuffisant le collège des « Bons Enfants » qui cependant faisait honneur à cette noble ville. Tout aussitôt, il s’occupa de l’agrandir et de le compléter par une Université. Puis 1l songea à sa Lorraine et, principalement à Metz, dont il avait l’évêché en commende.

Entre temps, il avait eu, à Rome, l’inattendue visite d’un homme qu’on avait vu, vingt-deux ans plus tôt, arriver de Salamanque à Paris à pied poussant devant lui un ânon chargé de livres. Il s'appelait Ignace de Loyola et venait de fonder la Compagnie de Jésus. Le cardinal s’était épris d'enthousiasme pour ce nouvel institut qui lui paraissait porter les signes de l’avenir. Il mit donc son zèle à l’implanter en France malgré les répugnances et les résistances du Parlement, et il venait de confier à l’un de ses plus illustres représentants, le P. Auger, prédicateur en renom et spécialiste dans les questions scolaires, le soin d’établir un collège à Metz, quand le Roi de France s’opposa à cette fondation.

Le cardinal, qui ne voulait jamais être battu, se tourna alors vers son neveu, le duc de Lorraine Charles III, et il fut convenu que ce collège, on le créerait dans ses États, à Pont-à-Mousson, même qu'on le doublerait d’une Université. La grâce du pays qu’arrose une des pius belles rivières du monde, la fertilité des campagnes environnantes, la richesse de cette plantureuse région agricole ne favorisaient-elles pas un tel établissement ? Les Jésuites y mettraient soixante-dix des leurs et gouverneraient le collège, tandis que deux sur quatre des Facultés de l’Université seraient réservées aux séculiers. Pour que tout fût digne de son nom, le cardinal n’épargna rien et il est touchant de lire les recommandations qu’il multipliait pour que les professeurs pussent, dans ce milieu d'effort de l'esprit, « vivre doucement en repos et tranquillité ».

Pour ouvrir, comme il l’exigeait. le 1er octobre 1574,

XC SÉANCE PUBLIQUE DU 16 mar 1929

il fut nécessaire de déployer une dévorante activité. Quoi qu’on fit et bien que, de Reims, le prélat stimulât sans arrêt ses bons ouvriers, le père recteur n’arriva que le 27 octobre accompagné de treize religieux et l’on ne put inaugurer l’enseignement que le 22 novembre, avec soixante étudiants, parmi lesquels le jeune fils du duc de Lorraine et son cousin le fils du comte de Vaudémont.

Malheureusement, 1l ne fut pas donné à l’illustre prélat de voir le splendide épanouissement de son œuvre. On regrette toujours que certaines vies fécondes soient si courtes et que leurs héros ne contemplent qu’une faible partie des fruits de leur travail. Courte, la vie du cardinal de Lorraine le fut particulièrement. Cinq semaines après l'ouverture des cours à Pont-à-Mousson, il expirait.

Il fut promptement enlevé. Le 8 décembre au matin, il suivait avec le roi Henri III, qui arrivait de Pologne, une longue procession dans les rues d'Avignon. Il y fut pris de violentes douleurs de tête, On le porta sur son lit. On lui prodigua les soins. Rien n’y fit. Quant à lui, …l ne douta pas que la mort ne fût proche. Il s’y prépara avec une piété profonde. Le 13, il reçut les derniers sacrements. Après la cérémonie, à laquelle le roi assistait, il pria celui-ci d'écouter ses suprêmes recommandations, puis il Pembrassa.

Le 26, à 4 heures de la nuit, il rendait l’âme entre les bras du P. Auger qui lui ferma les yeux et glissa une croix dans ses mains inanimées. Îl avait quarante-neuf ans et dix mois. Son corps, ramené à Reims, fut traîné à travers la ville sur un char de deuil attelé de quatre chevaux blancs et noirs et enseveli, derrière le maître-autel de la cathédrale, dans un caveau de marbre. Un peu partout, on prononça des oraisons funèbres dans lesquelles on le célébra comme le miroir des évêques, la colonne de l'Église, la perle des prélats de la chrétienté et le gardien de l'honneur de la France.

Il n’y eut pour se réjouir de son trépas que les mauvais Français que sa poigne de fer avait maintenus avec rudesse. À ceux-là son nom même semblait un objet d’épouvante et d'horreur. C’est l’infortune qui, dans toutes les époques troublées, attend ceux en qui s’incarnent le

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