‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 78 sur 109 · MONSIEUR L’ABBÉ · texte numérisé non relu

MONSIEUR L’ABBÉ

La façon d’écrire l’histoire s’est profondément modifiée depuis le siècle dernier. Pendant longtemps, les historiens se sont contentés de reprendre, en donnant à leur forme un cachet personnel, les récits de leurs devanciers ou bien, s'appuyant sur des légendes, sur des pamphlets tendancieux, ont attribué aux événements qu’ils rapportaient des causes qu'ils se gardaient de vérifier ou transformaient, suivant leurs passions, leur idéal politique ou même religieux; il n’en est plus ainsi aujourd’hui; les archives nationales, communales, sont minutieusement fouillées; les archives particulières s'ouvrent bien souvent aux chercheurs ou même sont publiées par les descendants de personnages célèbres au bénéfice de la vérité et de l’impartialité qui doivent être les premiers soucis de l'historien digne de ce nom. C’est ainsi que

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XCVIII SÉANCE PUBLIQUE DU 16 Mai 1929

Louis XI qui trop longtemps fut considéré surtout comme un fourbe cruel, est reconnu maintenant pour un des plus grands rois qu’ait eus la France; que Richelieu n’est plus seulement l’homme rouge qui passait au dernier acte de Marion Delorme; que d’autres, au contraire, ont dù descendre du piédestal trop élevé où leurs partisans les avaient placés.

L'étude si attachante que vous venez de nous lire remet en place un homme qui eut à cœur d’assurer la prospérité, la sécurité de la France et qui aurait été heureux de réaliser l'union de tous les Français. Si ses projets n’ont pas toujours connu le succès, on doit lui savoir gré de les avoir conçus et des efforts qu'il a faits pour les faire accepter. La documentation qui vous a servi pour cette étude eût été plus complète, dites-vous, si vous aviez pu consulter les archives des pays avec lesquels le cardinal de Lorraine a été amené à négocier; peut-être ces archives vous auraient-elles permis d’ajouter de nouveaux traits à la figure de votre héros; il est douteux qu’elles eussent modifié bien sensiblement son caractère, que vous avez dépeint d’une façon si magistrale; sans doute quelques points d’histoire restent obscurs. L’amiral de Coligny a-t-il soudoyé Poltrot de Méré, l'assassin du frère du cardinal, d'accord avec Catherine de Médicis qui aurait été l’instigatrice de ce meurtre? Coligny y est-il resté étranger comme lassurent d’autres historiens? Zs fecut cui prodest, et la disparition du duc de Guise faisait l'affaire de l’Amiral tout autant que de Catherine. Quoi qu'il en soit, vous avez apporté une contribution d’une haute valeur à l’histoire d’une époque particulièrement troublée et on doit vous en être profondément reconnaissant.

Vous êtes Lorrain et bon Lorrain, Monsieur l'Abbé, puisque né à Baccarat en 1884, et c’est sans doute dans cette riante vallée de la Meurthe que s’est éveillé en vous l’amour de la nature, le sentiment du beau qui, développé par de fortes études, se manifeste dans vos moindres écrits, joint à l’horreur de tout ce qui est bas, banal ou vulgaire.

Brillant élève du collège de la Malgrange, vous vous y

nn. LS

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