RÉPONSE DU PRÉSIDENT AUX RÉCIPIENDAIRES XCIX
révélez poète et c’est en alexandrins que vous avez eu un jour l’insigne honneur de complimenter Mer Turinaz, évêque de Nancy, visitant le collège; vos classes terminées, vous suivez les cours de la Faculté des Lettres et passez avec succès l'examen de licence de philosophie; puis vous commencez les études du droit; c’est alors qu’un séjour à Rome de quelques semaines détermine votre vocation; de retour à Nancy, vous entrez en 1903 au grand Séminaire, dont, deux ans après, la loi de séparation ferme les portes; Rome vous attire et vous y partez pour y préparer votre licence de théologie et ensuite le doctorat.
Cependant vos supérieurs ne vous avaient pas oublié et sur leurs sollicitations pressantes vous quittez Rome, non sans quelque déchirement sans doute et revenez en 1909 à Nancy pour occuper la chaire de 4e à l’École Saint-Sigisbert où vous êtes aujourd'hui chargé de la 1re et un des maitres les plus distingués.
C’est à votre long séjour à Rome que nous devons votre premier livre, livre d’enthousiasme, de jeunesse et de foi où vous chantez en une prose vibrante et poétique les souvenirs et les beautés de la ville éternelle. C’est sous le titre « Dans la lumière de Rome»et le sous-titre « Pêlerinages et flâneries » que vous l’avez publié en 1910, Vous aviez vingt-cinq ans. Quel guide attrayant et sûr que ce livre pour les pélerins à venir! Car vous n'êtes pas de ces visiteurs pressés, de ces touristes embrigadés qui admirent de confiance, sur la foi de leur Bædeker qui leur signale ce qu’ils doivent voir,commeilleur indique les hôtels où il faut descendre; pour vous émouvoir, dites-vous, « il faut que ce qui vous est offert fasse subitement prier tout votre esprit et tout votre cœur », C'est pourquoi, aux vierges trop parfaites de Raphaël, vous préférez les exquises madones de l’Angelico et de Filippo Lippi; les œuvres contournées du Bernin vous hornpilent et si certains chants exécutés à la perfection par des maïtrises disciplinées, si un oratorio de Perozi vous transportent, d’autres chants massacrés par des chantres d'occasion vous font fuir; les mêmes émotions vous saisissent quand, à différentes heures, en diverses
C SÉANCE PUBLIQUE DU 16 Mai 1929
saisons, vous contemplez de l’une des sept collines la ville de Rome et sa campagne; en lisant les descriptions que vous en faites dans votre livre et qu’on sent si exactes. je pensais à celles des mêmes paysages que l’on trouve dans la Rome de Zola et qui, elles aussi, sont rigoureusement exactes; mais celles-ci, malgré tout le talent du romancier naturaliste, font songer à de très belles photographies; les vôtres sont des tableaux où la lumière est répandue à flots. Tous les lieux rappelant les premiers âges de la chrétienté, tous les sanctuaires célèbres depuis l'immense Saint-Pierre jusqu’à la plus modeste chapelle. ont reçu le pèlerin passionné que vous étiez. Vous avez à diverses reprises exploré les catacombes et failli même vous y perdre comme Île peintre Hubert Robert dont l’aventure fut mise en vers par l’abbé Delille dans son poème « de lImagination », vers bien oubliés aujourd’hui, mais que, dans mon enfance, on apprenait en frissonnant. Que d’autres parties seraient à citer dans votre livre! Si vous le revoyiez aujourd’hui peut-être lui donneriezvous une forme encore plus parfaite, mais ce serait peut-être lui enlever ce duvet de jeunesse qui lui confert tant de charme.
Son succès fut immédiat : l’Académie de Stanislas lui attribua le prix Stanislas de Guaïta et l’Académie française un des prix Montyon.
A Nancy et jusqu’en 1914, vos devoirs de professeur, le fonctionnement du cercle des externes de Saint- Sigisbert organisé à « La Foucotte » et auquel vous vous intéressiez vivement, absorbent presque tout votre temps; la guerre éclate; réformé deux fois, il vous faut servir et chercher de nouveaux devoirs à remplir; sur votre demande, la Place vous envoie comme aumônier à l'hôpital du Bon-Pasteur où vous restez trois ans, toujours présent, toujours prêt à secourir, à encourager, à consoler les nombreux blessés qui remplissent l’hôpital et qui trouvent en vous le bon pasteur en personne; en février 1918, Nancy paraissant menacée, l’hôpital est fermé; mais l'inactivité n’est pas votre fait; vous allez à l’École des Roches comme second aumônier et professeur de philosophie et vous y restez jusqu’à l'armistice.
= en nn
RÉPONSE DU PRÉSIDENT AUX RÉCIPIENDAIRES ct
Mais là, ne s’est pas borné votre rôle pendant la guerre; tout en prodiguant vos soins aux blessés vous songiez aux anciens élèves de Saint-Sigisbert qui, dans la boue des tranchées, pouvaient être en proie au cafard plus démoralisant que le feu de l'ennemi; pour eux, sans interruption, vous avez rédigé ce bulletin de guerre de la Foucotte qui, paraissant à dates fixes, leur apportait les nouvelles, les réconfortait en faisant appel à tous les sentiments qui devaient animer le cœur de ceux qui combattaient pour la bonne cause. Qui pourrait dire tout le bien qu’on fait ces pages, que celui de nos confrères chargé du rapport sur votre candidature au titre d’associé correspondant estimait les plus belles que vous eussiez écrites en émettant le vœu « qu’après les avoir revues et remaniées vous en fassiez un livre de direction qui serait hautement apprécié de ceux qui le prendraient pour guide de leur vie spirituelle ». Ce vœu, formulé en 1922. a été réalisé cinq ans plus tard, et le volume a paru sous le titre « La voie étroite ».
Après la tourmente, vous avez repris votre enseignement et vos études littéraires et biographiques. En 1925 l’Académie de Stanislas eut la primeur d’un commentaire des derniers chapitres du livre premier de la vie de Gargantua, dans lequel Rabelais raconte comment le bon géant fonda l’abbaye de Thélème et les règles qu’il institua pour ceux et celles qui étaient reçus dans cette aimable retraite. Vous êtes, Monsieur l’Abbé, de ceux qui, suivant le conseil du curé de Meudon, savent « par curieuse leçon et méditation fréquente rompre l’os et sugcer la substantifique moelle » renfermée dans ce qu'il appelle les « Symboles pythagoriques » et votre commentaire montre que cette abbaye n’était pas un lieu de débauche et de perdition, mais une sorte de cour d’amour où la politesse, les bonnes mœurs, le respect des dames, en un mot, les sentiments les plus délicats étaient enseignés. Que d’autres chapitres pourraient utilement être étudiés par vous, ne serait-ce que ceux où il est dit « Comment Gargantua fut institué par Ponocrates en telle discipline qu'il ne perdoit heure du jour » et qui doivent intéresser tout particulièrement tous ceux qui
CI! £SÉANCE PUBLIQUE DU 16 mar 1929
se préoccupent de la formation de l'esprit et du corps des jeunes gens.
Cette étude était suivie d’un essai sur Gilbert, poète lorrain trop oublié, et dans lequel vous voyiez un précurseur du René de Chateaubriand et le premier des romantiques.
En 1925, parut votre biographie du cardinal Mathieu, dont le portrait plein de vie se trouve dans la salle où l’Académie de Stanislas, dont il fit partie, tient ses séances. Vous l’aviez connu à Rome et, comme tous ceux qui l’approchaient, été attiré par son caractère essentiellement français, oserais-je dire gaulois? Un de vos anciens professeurs de seconde, M. le chanoine Marin, avait entrepris une vie du cardinal. C’est sur un plan nouveau et plus développé que vous avez repris cette biographie du prélat lorrain, le suivant à toutes les étapes de sa carrière sacerdotale, depuis son enfance à Einville jusqu’à ses épiscopats à Angers et à Toulouse et son élévation au cardinalat en 1899. Votre livre est un véritable monument élevé à ce Lorrain dont les dernières années furent attristées par la crise de l’Église concordataire. Cardinal de Curie, la loi de séparation affaiblissait son prestige et son crédit. Sa seule consolation était la fidélité que lui gardaient plusieurs cardinaux et notamment le cardinal Rampolla et le futur pape Benoît XV. Il avait été élu en 1906 membre de l’Académie française. Tous les honneurs, vous insistez sur ce point, sont venus à lui sans qu'il les ait cherchés, si même il les a désirés; c’est une grande figure de l’épiscopat français et c’est à juste titre que le mérite de votre ouvrage a été reconnu par l'Académie française.
En 1926, et à l’occasion du centenaire du cardinal Lavigerie, vous faisiez à la salle Poirel une conférence sur ce grand Français, conférence qui ne fut que le prélude de votre livre sur Lavigerie, l’homme, l’évêque et le
missionnaire, À cette occasion, vous avez été nommé :
chanoine honoraire par Monseigneur l’évêque de Nancy.
Enfin, tout récemment,vous venez de faire paraitre une étude sur Renan et les étapes de sa pensée, livre écrit sans acrimonie, sans parti pris, sans rancune, où