‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 82 sur 109 · PARLES DE VOS HAPPLAICOVRT · texte numérisé non relu

PARLES DE VOS HAPPLAICOVRT

« Faut-il lire : Parlez-de-vous ? Et quel est le sens? « À Boisleux-au-Mont, on voit la date 1601 et ces deux inscriptions qui constituent une double devise conjugale :

Vertu vairiera (1) Desir na repos Anthoinette de gogn Louis de Beauffort iès

« Les écus de Beauffort (aux jumelles) et parti de Beauffort et de Gongniès (une croix ancrée) séparent les deux textes.

« Ïl est bien évident qu’il faut substituer vertu varncra

(1) Sans doute vaincra.

à Vertu vairiera; ce dernier mot est cependant lisible — ou du moins l'était, car l’église de Boisleux, comme celle du Translot, a été anéantie en 1917.

« Ces inscriptions disparues sont inédites. Les auteurs de l’Épigraphie de l'arrondissement d'Arras n’ont pas su les déchiffrer. Ils citent, en revanche, plusieurs devises sculptées sur grès et probablement personnelles (et non familiales), mais il n’est pas certain qu’elles aient, comme celle de Boisleux, un caractère conjugal.

« Ainsi, à Bretencourt (p. 207) :

TOVT A VOVS DE WARLVZEL « À Applincourt (p. 215) :

A MOI NE TIEN HABARCQ « À Neuville-Bourjonval (p. 223) :

CHANGER NE VOEVLT DE BOVFFLERS (1662).

« Sur la cloche d’Haucourt (1611), on voyait (p. 397) l’écu de Baillencourt--Courcol avec cette devise : Pour plaire à joie seray Courcol ; et un écusson de femme indéterminé, accompagné de la devise : J’auray pardon a mavertit (?) — Cette dernière devise peut être conjugale. »

À quoi M. Rodière ajoutait, dans une autre lettre (oct. 1919) : « Les textes de la cloche d'Haucourt sont peu intelligibles.. » |

Malheureusement, aucune vérification n’est plus possible, car Haucourt est en pays dévasté et la cloche a été détruite.

Il me paraît évident que dans ces inscriptions, les noms de familles sont mis pour mémoire et ne font point partie des devises, qu'ils suivent. Nous retrouvons dans l’avant-dernière le désir de « plaire », déjà exprimé par d’autres fiancés; et, cette fois, s’y joint une idée de joie. Le caractère conjugal des devises de Boisleux n’a pas échappé à mon obligeant correspondant, et il est

NOUVELLE ENQUÊTE SUR LES DEVISES CONJUGALES g

tout au moins permis de soupçonner des déclarations d'amour dans les autres devises : Parler (parlez ou parler?) de vous ; tout à vous ; Changer ne veult; À moi ne tien (1).

Ce dernier texte, avec des variantes, se rencontre ailleurs, ainsi que j'ai eu occasion de le montrer assez récemment.

C’est encore M. Rodière qui, parlant de l’église de Boubers-sur-Canche. dit, d’après un ancien manuscrit : « À la deuxième verrière, y sont pourtraict un gentilhomme et une damoiselle... aiant le gentilhomme pour » dictum Patience vainquera Dupont. Et la damoiseller femme dudit Dupont : Espoir me contente, Desterées (2). , Ici, de nouveau, les noms doivent être séparés de la devise; le mari, dont l'attente fut sans doute longue, dut, à cette époque, choisir les mots Patience vaincra et sa future femme Espoir me contente, sous-entendu : en attendant mieux.

I] faut évidemment voir aussi une idée amoureuse dans la fameuse devise de Nicolas Rolin, chancelier de Bourgogne, fondateur du célèbre Hôtel-Dieu de Beaune (xve siècle) : c’est le mot Seule, ordinairement suivi d’une étoile; il paraît lavoir prise lorsqu'il épousa, en troisièmes noces, Guigonne de Salins. Cette devise, dont la bibliographie serait longue à dresser, a été souvent attribuée à Guigonne; mais le doute n’est plus permis. Nicolas Rolin dut promettre à cette dame qu’elle serait son étoile, la seule femme qu’il aimerait désormais.

On a beaucoup disserté sur la célèbre devise de Gaillot de Genouillac, devise que l’on remarque notamment sur la facade du château d’Assier (3), avec la date 1524 : J AIME FORT VNE. II y a là évidemment un jeu de mots : Gaillot recherche la fortune; mais, en outre, il aime fort une. Était-elle une maîtresse de ses penstes? N’aurait-ce pas été, plus simplement, la femme qu'il

(1) Sur un étendard bourguignon pris en 1467, dans le Pays lorrain 1922, p. 277-279.

(2) Épigraphie du Pas-de-Calais : Roger RoDtÈRE, Épigraphie de l’arrond. de Saint-Pol, canton d’ Auxy-le-Chäteau, 1924, p. 547.

(3) Lot, arrond. Figeac, cant. Livernon.

désirait en mariage? Je ne connais pas tout ce qui a été dit sur ce sujet et ne puis faire les vérifications nécessaires de dates; je crois seulement ne pas devoir manquer de poser la question.

La Revue numismatique de 1910 (p. 395) offre un jeton d’un membre de la famille Danet et de sa femme, de la famille Regnault; au droit est l’écu du mari, avec la légende T'aire ou bien dire ; au revers, l’écu de lafemme et, en légende, Sans varier. Cette dernière devise peut très bien être une réponse de fiancée; il est plus difficile de voir une intention de mariage dans la première : c'était peut-être une devise de famille dont le futur époux a fait usage à ce sujet; il a voulu manifester la crainte de mal exprimer l'intensité de son amour. En tout cas, nous avons là deux devises, l’une du mari, l’autre de la femme.

Très curieuses sont celles qui nous ramènent vers la Bourgogne, de Jean de Plaisance et de sa femme, Antoinette de Fontette (xvi® siècle). Jean dit : Luy fauldray. Que désirait-il donc? Sans doute celle qu’il épousa. A quoi Antoinette répond avec une franchise qui manquerait de réserve, si elle ne procurait un heureux jeu de mots : Auwmer doit-on Plaisance (1).

Les devises attribuées à la célèbre famille de Croy sont très nombreuses; je suis convaincu que certaines se rapportent à des mariages; et, lorsque deux devises sont données ensemble à un même personnage, la seconde doit parfois être restituée à sa femme.

Je consulterai à ce sujet, sans chercher dans d’autres recueils, un travail que M. D. A. Van Bastelaer a publié en 1900 et où il rappelle, sur cette famille, quantité de jetons ou médailles, dont plusieurs offrent des devises (2). Toutefois, je veux commencer par citer une inscription qui existait en Lorraine.

(1) Chanoïine MoriLLoT, Antoinette de Fontelte et sa statue, Dijon, Jobard, 1903, in-8°ill., p. 39.

(2) D. A. VAN BASTELAER, Hist. métallique de Charlero*, dans les Documents et rapports de la Soc. paléontologique et archéologique de Charleroi, t. X XIV (1900).

Charles Charton, parlant de Fontenoy en Vosges (1), écrivait en 1873 : « Sur une cheminée du château, on lisait cette devise : J'aime qui m'aime, Vive Croy. La belle main de Diane (de Dommartin) avait tracé cette phrase de tendresse (2). »

Diane, héritière de Fontenoy, était la femme de Charles-Philippe de Croy, marquis d'Havré (1590), prince du Saint-Empire (1598), qu'elle avait épousé en 1570. N'est-il pas évident que J'aime qui m'aime est la déclaration de Charles-Philippe? Nous la verrons, elle fut reprise par Charles-Alexandre, leur fils. Vive Croy forme la réponse vibrante de Diane, et j'ai tout lieu de croire qu'il y a là un jeu de mots : de nos jours, C'roy se prononce ordinairement Crou-i (3); mais, anciennement, oy, oi, ots, oix sonnaient plutôt oe, et c'est de la sorte que, à ce qu'il semble, on prononçait généralement croix (4). Diane acclamait, du même coup, la famille de son mari et le signe glorieux, triomphant, de la religion chrétienne (5). Ce qui achève de m'en persuader, c’est un jeton d'Anne de Lorraine (fille du duc Antoine), veuve de Philippe II de Croy, duc d’ Arschot, les père et mère de Charles-Philippe, jeton daté de 1555 et qui porte au revers : À chacun sa croix (3).

Comment pourrait-on nier cette homophonie et un

(1) Fontenoy-le-Château, Vosges, arrond. Épinal, cant. Bains.

(2) Charles CRHARTON, Les Vosges pittoresques et historiques, p. 152. — Cf. Henri LezpaAGe et Ch. CHARTON, Le Département des Vosges, 1845, t. 1], p. 218.

(3) C’est ce que me confirme mon excellent confrère M. Roger Rodière, de Montreuil-sur-Mer, qui, dans ses répertoires des inscriptions du Pas-de-Calais, rappelle souvent la célèbre famille en question. Cependant j'ai entendu ailleurs prononcer oy comme on le fait dans le vieux mot oyez ou dans envoyer. La prononciation de beaucoup de noms est d’ailleurs variable suivant les contrées; le nom de la famille de Castries, par”exemple, est prononcé Castri par nombre de personnes, tandis qu’à Paris, on dit Castre et dans le Midi Castriës.

(4) Van BaAsTeLAER, loc. cit., p. 162.

(5) 11 y a bien là deux devises : la première, paraît-il, existait seule sur le manteau de la cheminée du château de la Cote, à Grandseille ; là «se gravaitla devise rassurante des Croy : J’aime qui m'aime» dit M. Georges MancEeorT, Autour d'un foyer, la famille de Saint-Lambert, 1596-1795. Paris, 1913, gr. in-8°, p. 9.

jeu de mots analogue, en présence de ce que M. Van Bas, telaer dit de Jacques de Croy, archevêque de Cambrai- 1502, puis duc des Cambraisis, 1510, et prince du Saint- Empire, 1516; il « avait pour devise : Je le Croy (1). »

Peut-être en est-il de même sur une médaille de son neveu et second successeur, Robert de Croy, archevèque de Cambrai en 1519 : on y lit au revers : À jamais Croy, 1510 (2).

Charles-Alexandre de Croy, comte de Fontenoy, marquis d’Havré, puis duc de Croy, fils aîné de Charles-Philippe et de Diane de Dommartin, naquit en 1581 et fut tué accidentellement en 1624; il épousa successivement Yolande de Ligne et, en 1617, Geneviève d’Urfé. Il paraît avoir repris, pour son second mariage, la devise de son père. En effet, à lui se rapporte un jeton sans date « qui semble avoir été frappé lorsqu'il fut convoqué à la Cour de France (3) ». M. Van Bastelaer en décrit ainsi le revers : « Deux mains entrelacées au dessus d’un petit écu fascé, portant sur le tout un petit écu (4) et les deux devises du comte.

« Autour, vers le dessus :

IAIME. QUI. MAIME

et en dessous :

IE. SVSTENLERAY. CROY.

(1) Zdem, p. 143.

(2) Idem, p. 143; cf. d’autres médailles du même, p. 145, 146. L'auteur renvoie à Ch. RoBERT, N'umismatique de Cambrai, p. 148. — M. Van Bastelaer parle (p. 163-164) aussi d’une médaille de Philippe de Croy qui porte au revers Sans fin Croy, et l’on pourrait voir dans Sans fin une devise de fiancé; il aimera sans fin celle qu’il va épouser; mais l’auteur ajoute qu’elle fut frappée à l’occasion de la mort du prince. Il est donc possible que l’on y ait mis une devise qui ne se rapportait pas à lui, du moins directement.

(3) VAN BASTELAER, loc. cit., p. 165.

(4) Cette description est très vague. Geneviève d’Urfé a fait usage d’armoiries plus ou moins compliquées; l’écu de sa famille était : vairé d'argent et d'azur, au chef de gueules.

(Cabinet de l’État à Bruxelles. — Van Loon, t. II p. 54) (1) ».

N’est-il point apparent que les deux mains entrelacées font allusion à un mariage et que la seconde devise est celle de l’une des deux femmes de Charles-Alexandre ? Et, là encore, je vois un jeu de mots : cette dame soutiendra l'honneur de la famille où elle est entrée et glorifiera le symbole de sa religion.

Le comte de Marsy a lu sur le château d’'Havré, reconstruit en 1603, ces devises : Je soustiendray Croy. — J'y ayderai Ligne (2). Quant à la seconde, on peut admettre que le dernier mot est là pour nommer la famille d’une femme; or nous avons vu que Charles-Alexandre épousa en premières noces Yolande de Ligne. La devise dont il s’agit semble être de l’année 1603, ce qui vient à l'appui de l'attribution. Cela restituerait à la seconde femme, Geneviève d’Urfé, la devise : Je soutiendray Croy (3).

Cette devise n’était pas, ce semble, chose bien nouvelle. Van Bastelaer parle d’un jeton d'Antoine de Croy, comte de Seneghem ou Seninghem, puis comte de Porcéan, prince de Porcéan et baron de Montcornet, mort à l’âge de 26 ans, en 1567. Il avait épousé Catherine de Clèves, comtesse d'Eu, qui se remaria à Henri de Lorraine, duc de Guise. Ce jeton, daté de 1550, porte en légendes, au droit : Pour soustenir croi; au revers : sil advenoit (4). Ïl ne parait nullement douteux que la première devise concerne Antoine, et j'y vois l'intention ferme du jeu de mots que j'ai mentionné, d'autant plus qu’Antoine se fit protestant : 1l voulait apparemment déclarer qu’en

(1) VAN BASTELAER, loc. cit., p. 165. Il indique une variété portant soviiendray au lieu de svstenleray (p. 166).

(2) En Belgique, Le Congrès historique et archéologique de Mons dans le Bull. Monumental de 1906. Voir p. 384, L'auteur y signale aussi la devise : « Sans Pin CRoY 1603 », qui pourrait avoir un sens conjugal, la promesse d’un amour sans fin.

(3) La question est obscure, car la présence des noms de famille à la fin des devises semble attribuer. Je soustiendray à Charle-Alexandre et J'y aideray à Yolande de Ligne. Ce serait à examiner de près.

(4) Van BasTELAER, loc. cit., p. 151.

cela, il entendait soutenir la vraie doctrine chrétienne, en même temps que la gloire de sa maison. Et il est difficile de refuser la seconde, si énigmatique qu’elle soit, à Catherine de Clèves.

M. Van Bastelaer attribue, sans référence. à Guillaume de Croy, archevêque de Cambrai, 1516, puis cardinal. archevêque de Tolède et chancelier de Castille, la devise Où que sois Croy; on pourrait y voir un jeu de mots: Croy et Croix, étant donnée la prononciation ancienne, identique de ces deux mots. Mais le même auteur mentionne d'autre part un jeton daté de 1527 aux armes de Philippe Il, seigneur de Croy, qui épousa sa cousine Anne de Croy, princesse de Chimay. fl porte au revers : OV QUE SOIT PENSER Y FAULT (1). Ne convient-il point de partager cette inscription et d’y voir des idées de fiançailles, conservées dans la suite? Où que soit l’objet de son amour. Philippe s’y tiendra sans cesse en l'esprit; Penser y fault, lui répond, avec une réserve empreinte de tendresse, celle qui devint sa femme.

Ces deux devises, suivies chacune du mot Croy, se retrouvent, en légendes, l’une au droit, l’autre au revers, de jetons plus récents, et cette division me semble prouver la double attribution que je propose.

Le troisième duc d’Arschot, Philippe III de Crovy, épousa Jeanne-Henriette d’Halwin. De lui est une médaille de 1554 qui porte : J'y parviendray Croy. Un jeton de 1562 offre, d’un côté, ses armoiries avec la même légende; au revers, l’écu de sa femme et la légende : Raison le veul Hallewin (2). Les deux noms ne font point partie des devises, qui se rapportent incontestablement aux deux époux, comme fiancés, et à leur futur mariage. Philippe entend bien y parvenir, et sa femme reconnait modestement que la raison le veut.

D'une date un peu antérieure, 1532, est un jeton où l’on voit, au droit, les armes de Jacques de Luxembourg,

(1) VAN BASTELAER, loc. cit., p. 155, d’après Dugniolle, n° 1209, et Van Miéris, p. 156, et d’autres, p. 158.

(1) VAN BASTELAER, loc. cit., p. 173.

(2) Idem, p. 176-177.

comte de Gâvre, et au revers celles de sa femme, Hélène de Croy, fille de Henri, comte de Porcéan. Les légendes sont, d’un côté, Ainsi sera Luzxembvrg; de l’autre Povr vng mievlx Croy (1). Cela encore, les noms mis à part, me parait clair : Jacques affirme son intention de mariage et, sans doute, d'amour durable; Hélène répond, ce me semble, que, jeune fille, elle vivait contente auprès de ses parents, mais elle le sera davantage avec celui à qui elle a donné son cœur; et, à l'égard de tous deux, ainsi sera pour un mieux.

De la famille de Croy, je citerai enfin un jeton d’environ 1560, qui offre au droit les armes de Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres, marquis de Renty, avec la légende Sovffrir vaincra Croy et, au revers, les armes de sa femme. Anne de Renesse, encadrées de ce texte : Doubter nen fault Renesse (2). Les deux noms écartés, on a bien là des devises indiquant des intentions matrimoniales : tourmenté par ses amoureux désirs, Guil- Jaume s'attend à des obstacles, à des difficultés; cependant il est convaincu qu'il en triomphera; il sait qu'il aura à souffrir; mais 1] compte bien vaincre et, par une hardie concentration de cette idée, il fait, du mot souffrir, le sujet du verbe, mis au temps futur. Combien ingénieuse est la devise d'Anne pour lui répondre qu’elle comprend ses sentiments, qu’elle est certaine de son succès et qu'elle en est joyeuse : Douter n’en faut!

C'est, je pense, par partage entre conjoints que l’on peut expliquer certains textes à deux parties attribufs comme devises aux ancêtres de René IT, duc de Lorraine; leur authenticité est fort problématique; mais l'idée qui s’y trouve ne mérite pas moins d’être signalée Ce sont : pour le duc Ferry II, époux d'Agnès de Bar, Ou là. Ou non. — Non plus ; pour Ferry Ier de Lorraine, comte de Vaudémont, époux de Marguerite de Joinville, Je l’auray, mais au droit; pour son fils aîné, Antoine, époux de Marie d'Harcourt, C’est mon espoir, pour parvenir; pour Ferry Il, époux d’Yolande d'Anjou, fille

(1) Idem, p. 149-150.

(2) Idem, p. 171-172.

et héritière du roi René, Toutes pour une, sans reproches (1).

La première proposition de chacun de ces textes convient bien à un fiancé : Ou là, ou non; Je l'auray; Cest mon espoir : Toutes pour une. Quant à la seconde proposition, comme devise d’une fiancée, je m'explique peu Pour parvenir, tandis qu'Agnès de Bar a pu dire : Non plus (davantage); Marguerite de Joinville, la riche héritière de la terre de ce nom et du comté de Vaudémont, a pu répondre Mais au droit, c’est-à-dire : en loyal mariage, et Yolande d'Anjou, Sans reproches, indiquant de même un sentiment de sincérité et de franchise.

Ces devises, je le répète, ne paraissent nullement authentiques, surtout les plus anciennes; elles ont dû être imaginées par un auteur de la fin du xv® siècle, qui, sans doute, a voulu les composer comme se rapportant à des mariages. [l y a là, ce me semble, une preuve curieuse d’une habitude qui existait alors. Cet usage des devises conjugales était donc en vogue dans la seconde moitié du xve siècle; il a continué pendant le xvi® et l’on en trouve encore des traces plus tardivement (2).

(1) Voir mon travail Ferry I°t de Lorraine, comte de Vaudémont Nancy, 1881, p. 28, note, et Vicomte L.-F. DE ViILLENEUVE-BARGz- MONT, Histoire de René d'Anjou. Paris, 1825, t. III, p. 516. — D’après « un auteur manuscrit » qu'il n’indique pas amplement, Dom Calmet (Hist. de Lorr., 1re édit., Dissert., col. xl) donne avec les mêmes attributions la première proposition de quelques-unes de ces devises: cela dispose à croire que la seconde lui paraissait devoir en ètre séparée. D'après cette source. il met pour le duc Charles II : Un seu/, ce qui semblerait plutôt être une réponse de sa fiancée.

(2) Depuis la rédaction de ces pages, une intéressante communication de M. André Philippe, archiviste des Vosges, m'a permis de retrouver les devises du duc François Ier (fils du duc Antoine), Mieux que jamais, et de sa femme, Christine de Danemark : De mieux er mieux. Elles sont évidemment correspondantes, mais non plus dans le goût des devises conjugales, et si elles avaient un sens amoureux, celle de la duchesse ne serait pas flatteur pour son premier mari. J'ai le désir de publier une note spéciale sur ces deux devises.

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