‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 17 sur 115 · XX SÉANCE PUBLIQUE DU 18 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

XX SÉANCE PUBLIQUE DU 18 DÉCEMBRE

un encerclement et pour prévenir une agression, imminente prétendent-ils.

Personne, bien entendu, n’ajoute foi à leurs dires audacieux. Néanmoins, M. Florent-Matter a précisément écrit son livre pour prouver, irréfutablement, combien leur crime a été voulu, prémédité et préparé de longue main; combien, au contraire, les autres nations, la France en particulier, étaient pacifiques; combien enfin celle-ci a supporté d’affronts pour rendre évident à tous son amour de la paix. Si bien que, désespérant de se faire déclarer la guerre, comme en 1870, et la voulant à tout prix, l’Allemagne s’est décidée à la déclarer elle-même. C’est ce que l’auteur établit à l’aide d’une foule de documents authentiques et d’actes diplomatiques. Le nombre de ceux-ci, joint à leur enchaiîinement chronologique, est tel qu’il serait embarrassant de choisir pour vous”en présenter un, ce qui, d’ailleurs, allongerait singulièrement ce. rapport.

M. Florent-Matter, remontant à 1866 (Sadowa) et à 1870, fait bien voir que la politique de l’Allemagne, faite surtout de duplicité, s’est toujours et dans tous les cas montré la même.

Cette fois, Guillaume IT en voulait particulièrement à l'Angleterre : Gott strafe England! On se rappelle avec quelle âpre ténacité 1l créa une puissante flotte de guerre, qu'il voulait capable de se mesurer avantageusement avec la marine britannique; en même temps, il obtenait de la Turquie la permission de construire le chemin de fer de Bagdad, dirigé contre l'Inde.

Cette terrible armada teutonne, étant sortie pour balayer la mer du Nord, fut attaquée bravement, mais non sans pertes cruelles, par les croiseurs d'avant-garde de l'amiral Beatty, et prit à toute vapeur la fuite vers ses ports dès qu’elle aperçut les fumées de la Home Fleet monter à l'horizon. Jamais dans l’histoire des peuples on ne vit panique aussi honteuse! Qu'enseignent donc les tant fameuses universités allemandes? On y apprend sans doute que Léonidas est un sot. — C’en est fait. La flotte allemande ne se montrera plus que pour être livrée à l'Angleterre lors de la conclusion de la paix. Et n’osant

RAPPORT SUR LE PRIX DU SOUVENIR XxT

affronter le combat naval au grand jour, l'Allemagne pratiquera l'assassinat sous-marin des non-combattants, se mettant ainsi au ban de la grande famille maritime.

Mais n’anticipons pas sur les événements. L’Angleterre, quoique se sentant directement visée, laissa faire par amour pour la paix, seulement elle se rapprocha de la France qui s'était déjà ménagé l’amitié de la Russie. Alors, pour disloquer cette triple entente uniquement défensive, Guillaume se mit, d’une part, à cajoler, non sans quelque succès, le faible Nicolas IT, tandis qu’il cherchait à tromper ou à endormir la France par des flatteries cousues de fil blanc. |

Nous touchons ici au chapitre peut-être le plus émou-vant du livre : je veux dire à l’exposé des résultats inespérés dus à la science diplomatique de M. Delcassé, accusé pourtant d’anglophilie, tandis qu’il cherchait simplement et partout des alliés pour le conflit qu'il entrevoyait prochain. Ce ministre, à jamais regretté, employa sept laborieuses années, c’est-à-dire la durée de plusieurs ministères, à renouer pour la France les relations que la fourberie bismarkienne lui avait fait perdre dans le monde. Et, au moment où après avoir calmé l'Angleterre froissée du succès de la mission Marchand à Fachoda, sur le Nil, et de la sympathie témoignée au président Kruger; au moment où 1l avait réussi à opérer un rapprochement avec l'Italie et obtenu de l'Espagne les mains libres au Maroc; alors qu’enfin l'Angleterre était prête à nous garantir, par un traité écrit, son intervention armée à nos côtés en cas de conflit et à transformer ainsi en une alliance positive l'entente jusqu'alors simplement cordiale; c'est à ce moment, dis-je, que les intrigues allemandes auprès d’un chef de cabinet qui négociait secrètement avec nos ennemis le renvoi du ministre des Affaires étrangères, réussirent à faire démissionner M. Delcassé. Ce clairvoyant patriote se retira les larmes aux yeux. Sa chute fut accueillie par des cris de triomphe de l'autre côté du Rhin et considérée en Angleterre comme un succès allemand; à ce point qu’on a pu dire : « La Fe de la guerre de 1914 est la chute de M. Delcassé en

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