COMPTE RENDU
DE L'EXERCICE 1927-1928 Par M. Charles BERLET
MEMBRK TITULAIRE
C'est vers la fin de ce mois de mai dont les terriens assurent qu’il renferme dans ses jours et ses nuits, suivant l’alternance favorable du soleil et de la pluie, tout le devenir de l’année agricole que votre compagnie a décidé d’arrèêter un instant le cours de ses études et de recueillir pour les méditer les joies et les tristesses, les travaux et les honneurs quise sont succédé au cours de l’année académique.
Les anciens cherchaient une consolation dans cette pensée que de la mort naît une vie nouvelle et que la floraison jaillie de terre sous le baiser du soleil n’est que l'épanouissement des forces qu’a décomposées la mort; s’il en était ainsi, nous devrions — plus fortement que les autres années — nous attacher à cette pensée, car c’est un long cortège de deuils que déroulent les douze derniers mois écoulés; mais je doute que la superbe indifférence de la nature puisse apaiser vos cœurs où vibre encore le souvenir de ceux que nous avons perdus.
Votre Compagnie a perdu un membre honoraire, M. Justin Favier, cinq membres titulaires : M. Henri Vogt, M. le Dr Frédéric Gross, M. Léon Germain, maître Henri Mengin, M. Charles Dess z; deux anciens membres titulaires : M. de La Ménardière et M. G. Pariset: un
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membre associé correspondant national, M. Georges Ducrocq, et un membre associé correspondant étranger, M. Gorski.
M. Justin FAVIER était l’un de vos confrères les plus anciens et les plus fidèles. Associé correspondant et bibliothécaire archiviste le 7 décembre 1883, membre titulaire le 2 mai 1884, membre honoraire le 3 novembre 1922, M. Favier a pendant quarante-cinq ans appartenu à votre Compagnie et pendant trente-neuf ans collaboré à vos travaux. Il y a collaboré d’une façon d’autant plus précieuse que, conservateur de la bibliothèque de la ville, il était le gardien de cette cité des livres qu’aiment visiter les bibliophiles, les érudits, les savants, les lettrés que vous êtes, et je suis certain qu’il n’est pas un seul d'entre vous qui n’ait eu l’occasion d’apprécier sa courtoisie, son obligeance infinie et sa vaste érudition.
Curieux du passé, M. Favier a fouillé nos archives et décrit les mœurs et les usages des étudiants de l’Université de Pont-à-Mousson, publié une notice sur Nicolas Durival, raconté l’histoire de l’école militaire de Pontà-Mousson et donné à la Revue historique, à la Revue rétrospective, aux Annales de l'Est, à la Société d’Archéologie des études sur les sujets les plus divers. Mais notre confrère n’était pas seulement un esprit fin séduit par les mystères de l’histoire, c'était aussi un savant consciencieux, ayant le souci de faire participer les autres à son immense savoir. C’est ainsi qu’il dressa le catalogue des incunables de la bibliothèque de Nancy, celui des manuscrits, celui des livres et imprimés du fonds lorrain et la table alphabétique des publications de l’Académie de Stanislas; notre éminent confrère, M. Pfister, disait que là était condensé, «sous forme d’index et par des chiffres, un siècle et demi de travaux qui font honneur à la Compagnie et à la Ville de Nancy ».
M. Favier laisse derrière lui des travaux dont profiteront des générations de chercheurs. Son œuvre accomplie, modestement et simplement, il s’est retiré de la vie du monde, renonçant même à votre Compagnie, et s'est réfugié au milieu de ses livres et de ses souvenirs; c'est à que la mort est venu le prendre, au déclin d’une