LX SÉANCE PUBLIQUE DJ 24% MAI
d'ornement d’un travail souvent magnifique. Ces objets, ces jolies pierres faussesentrent dans la décoration des édifices et du culte, servent aux mosaïques, deviennent des articles de piété et leurs fabricants s'appellent patenotriers en Normandie, où ils ont subsisté longtemps. Mais ce n’est qu’au xi® siècle, après l’an mil, que s'installent des usines et de vrais fours à fondre et travailler le verre.
Le bon moine Théophile, « prêtre et moine » comme il s'intitule, nous en fait la description minutieuse dans cette Diversarum Artium Schedula qui est une bible des métiers au Moyen Age, à laquelle il n’y a rien à reprendre. C’est à ce moment qu’apparait aux fenêtres des églises l’usage pratique de la vitre blanche et de couleur; que les tables de certains seigneurs et grands bourgeois admettent à côté des vaisselles d’or, des verres ouvragés. C’est l’époque aussi où la vie renaissant de partout, les possesseurs de biens forestiers se préoccupent d’enrayer la végétation surabondante de leurs domaines et créent pour tous les consommateurs de bois des privilèges princiers. Les fours de verrerie, gros consommateurs s’il en est, se multiplient entre tous : les verriers sont désormais maîtres chez eux en forêt : ils v ont le vivre et le couvert, de quoi se bâtir un logis, droit de chasse et de pèche, droit de glandée allant jusqu’à 25 pores pour une famille, exemption de taille et d'aides, du droit d’ost et de gite. Ils vont vivre plusieurs siècles dans cette retraite aisée, encore que sauvage et loin du monde, avec des habitudes, un genre de vie, des allures un peu rogues et dédaigneuses qui ne les feront pas aimer des hameaux voisins, mais observateurs de sévères traditions, et so1gneux à perfectionner sans cesse leurs produits qui se repandront ensuite de plus en plus loin dans le monde.
En 1448, Jean de Calabre, régent du duché, confirme en faveur des verriers lorrains une charte dont l’original avait disparu. Les avantages matériels qui viennent d’être énumérés sont ratifiés en d’infinis détails: les concessions forestières sont précisées moyennant un très léger cens; et 1l s’y ajoute enfin les soi-disant titres de noblesse dont l'interprétation a fait couler tant d’encre et sur lesquels
VBRRIERS D’AUTREFOIS LXI
feu M. Beaupré s’est expliqué avec une autorité définitive. La Charte lorraine ne confère pas la noblesse: elle assimile tout au plus aux nobles de race ses bénéficiaires, en leur accordant les privilèges attachés à l’état de noblesse. «comme seraient gens extraits de noble lignée » dit-elle. C'était beaucoup, c'était plus que n’en demandaient les quatre groupes de verriers, aux noms bien roturiers : Mangin (Jacob) et son fils; Jehan Hendel ou Henezel; Claude Bysenal et Chelisot; Guillaume du Tyson ou Tyzal, ses fils et frères; et Colin fils, qui avec leurs hoirs et successeurs « ouvrant dudit métier èsdites verreries du bois de Darney » sont nommément désignés dans l'acte. Le titre de « gentilzhommes », l’épée et le chapeau un peu ridicules dont leurs descendants s’affublaient encore à la veille de la Révolution, ne sont venus que plus tard hanter leur imagination. Personne ne leur reprochera d'ailleurs cette innocente vanité, à commencer par ces vrais nobles de race, presque teujours cadets de familles Pauvres, qui, par privilège aussi, pouvaient sans déroger, s'embaucher dans leurs rangs et partager leur ingénieux et rude gagne-pain.
Ces faveurs portent des fruits :
En 1530, Volcyr de Sérouville, secrétaire et historien du duc Antoine, publie une Chronique abrégée des Empereurs-rois et ducs d’Austrasie, avec les singularités du Parc d'Honneur. Ce Parc d'Honneur, si joliment désigné, est le duché de Lorraine. Il y est question dans tout un chapitre des « forges à faire mirouers, voirres fins et communs, avec verres de gros voirres, qui se transportent par toute la Chrestienté ».
Et Volcyr cite, parmi les plus cèlèbres, des fabriques en Argonne, à Raon, et au pays de Vosges, à Saint-Quirin, à Bainville, surnommé aux « Mirouers assis sur les rives de Mezelle entre Bayon et Charmes, où se font oùtre les verres en la fournaise ardente tant d’autres Srtes avec apposition divers et images, pourtraicts, figures et blazons, que bien long serait à racompter... Sans oublier les verrières de gros verre près de Darney où l’art et fabrique est exécuté si abondamment que toutes autres nations, territoires et pays en sont pourvus et recouverts ».