‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 55 sur 115 · LXII SÉANCE PUBLIQUE DU 24 MAI · texte numérisé non relu

LXII SÉANCE PUBLIQUE DU 24 MAI

En 1594, c’est la Description des Duchés de Lorraine, comtés et seigneuries dépendantes, par Thierry Alix, conseiller d’État et président des Comptes de Lorraine. Il y est écrit, entre autres richesses du pays : « Ne sont aussi à omettre les grandes tables de verre de toute couleur qui se font ez haultes forêts de Vosges ezquelles se trouvent à propos les herbes et autres choses nécessaires à cet art qui ne se rencontrent que rarement ez autres pays, dont une bonne partie de l’Europe est servie par le transport et traffic continuel qui s’en fait ez Pays-Bas et Angleterre, puis de la aux autres régions plus remottes et éloignées sans autrement faire état d’une quantité et nombre infinis de petits et menus verres, les grands mirouers et basins, et toutes autres façons qui ne se font ailleurs en tout l’univers ».

Puis suit l’énumération des verreries : « 1° de grands verres (verres à vitre blancs et de couleurs) sous la recette de Darney au nombre de 13 et de 3 sous la recette de Dompaire; 20 celles de menus verres (gobeletterie et bouteilles } au nombre de 6 sous Darney et 1 sous Dompaire ». |

Nous voilà fixés sur l’importance, la variété et la belle réputation de la verrerie lorraine au xvi® siècle. L’art n’en est pas exclu avec la peinture sur verre dont parle Voleyr : mais la qualité du produit industriel, le seul qui me retient et que produise le verrier à son four, est d’une perfection qui nous fait envie!

Que ne puis-je, Messieurs, m’étendre sur les conditions du travail, les matières premières, l’outillage et les produits de cette belle fabrication.

Voici dans la friche, près d’une source ou d’un ruisseau, la hutte où rougeoie et ronfle le four. La nuit, les creusets remplis de composition fraîche bouillonnent sourdement; le tiseur surveille la fonte en silence; des petits garçons à demi-endormis, faisant la chaine, lancent à jet continu des billes de bois sec au foyer. Mais voici l’aube: un appel retentit et réveille le canton; et voici les verriers. Grave, chacun s’approche du creuset qui lui est réservé. Il tâte en piquant par une fente l’état de son verre, puis fait sauter le couvercle et reçoit en plein vi-

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