‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 56 sur 115 · VERRIERS D’AUTREFOIS | LXIII · texte numérisé non relu

VERRIERS D’AUTREFOIS | LXIII

sage l’ardent rayonnement du foyer. Il sonde d’abord du regard la masse incandescente, puis sa belle tête et son torse légèrement renversés, de son bras allongé, il plonge lentement dans la cornue étincelante jusqu’au bord, la canne cinq ou six fois millénaire qui va puiser et épanouir sous son souffle la matière embrasée.

Ïls sont 4, 6 ou 8, autant qu'il y a de creusets, en cercle: autour du four, patrons et ouvriers confondus, d’une même famille ou associés, chacun souvent propriétaire de son creuset, à la tête chacun d’une équipe de 3 ou 4 servants, apprentis ou manœuvres, parmi lesquels trottient les petits tiseurs chargés de bûches, porteurs d’eau fraiche, trieurs de verre cassé. Viennent ensuite les services accessoires : ceux qui préparent les mélanges, ceux qui préparent les terres pour le four et les creusets, ceux qui rentrent le bois, le débitent, le font sécher. Cela fait encore bien 8 ou 10 hommes qui gravitent autour de la butte. Tout le monde est embauché pour la réveillée, c’està-dire pour toute la campagne du four. Celle-ci n’est jamais de très longue durée : les matériaux réfractaires qui composent l’appareil ne sont pas fameux : on se sert sur place de terre à brique qui n’est que de la mouillasse, ou de blocs de grès qui fendent au feu. Au bout de trois ou quatre mois, gercé, crachant la flamme de partout, le four tombe en morceaux; il faut le refaire. et subir un chômage. Souvent d’ailleurs le canton défriché exige qu’on se rapproche de nouvelles coupes : alors tout le monde déménage et l’on rebâtit plus loin les baraques et leur contenu !

Tout sert, tout s’exploite dans la forêt : voici la sili,ce principe du verre, sous forme de sable fin, ou plus pure encore à l'état de cailloux de rivière que l’on porphyrise pour les écraser, ou mieux encore les grès calcaires qui sont déjà des verres; voici les soudes ou potasses extraites de cendres végétales que l’on fait sur place. Elles se recueillent d’abord dans les déchets du four, et les meilleures proviennent de l’orme, du chène, puis du hètre, surtout à l’état de menues branches prises en mai. Mais on incinérait aussi sur pied les vieux arbres. « On creuse, dit l'Art de la verrerie de NEri. en 1612, le tronc à la hau-

SériKk VI, t. xXV, 1998 E

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