LXIV SÉANCE PUBLIQUE DU 24 MAI
teur de 6 pieds et on allume par dedans ». On se sert enfin d’herbacés, et là les préférences les plus inattendues se recommandent : plantes à pointes et à épines; plantes amères, houblon, centaurée, chardon bénit, tabac; les cosses de fèves et le chou; mais enfin et surtout la grande et inépuisable végétation de nos fougères qui, vertes en juillet, donnent 250 kilos de cendre à la tonne; sèches en septembre en fournissent 500 et laissent un rendement
appréciable de 65 kilos de sel. Le verre à la fougère, dit
« le fougère » tout court, cité par bien des auteurs, dont Boileau, avait de singulières vertus : il dégageait le fumet du vin et quand on y versait « de la poison, dit grossièrement l’un d'eux, il se cassait et se distinguait ainsi des femmes ».
C'est avec ces humbles matériaux que se font par soufflage ces grandes tables de verre, ces grands disques plats de 1 mètre à 1 m. 50 de diamètre qui, débités en diverses figures et fragments, composent depuis le xu1e siècle le vitrage blanc des maisons et surtout le vitrage coloré des églises. Le verrier ne concourt pas à la composition de ces vitraux merveilleux; mais c’est lui qui en fournit la matière; c’est lui qui, avec de modestes ingrédients préparés sur place et qui n’ont à la base que du fer, du cuivre, du soufre, du manganèse, compose des mélanges, provoque des réactions qui produiront en rouge, bleu, jaune, vert, et violet, les uniques, les prodigieuses colorations du x111°! De quels frémissements ne dut-il pas trembler, mon vieil ancêtre, à la découverte de ces joyaux de lumière!
La fabrication de la bouteille et de la gobeletterie — celle des menus verres — s’efface devant ces énormes productions de verres en plateau qui, servant aussi à la confection de miroirs étamés et de glaces de carrosses, ne suffisaient pas à la consommation et dont la Lorraine au xvi® siècle a la spécialité. La fabrication et les usines essaiment. Les privilèges s'étendent à de nouvelles familles qui, elles-mèmes, croissent et multiplient. En 1517, le duc Antoine agrée une supplique de Nicolas et Guillaume Hennezel, frères verriers des verreries auprès de Darney, à l'effet d'ouvrir une nouvelle verrerie, attendu « qu'ils sont 5 frères tous ouvriers de l’art de gros verre