L’'INQUIÉTUDE MÉTAPHYSIQUE LXXIII
l'Univers tel qu’il nous est donné; il était déterminé de toute éternité; 1] ne pouvait pas ne pas être.
Toutes les sciences astronomiques, mécaniques, physiques et chimiques sont basées sur ce principe de la causalité ou, comme nous préférons le dire en science, du déterminisme, commun à toutes les philosophies. Tout phénomène a des causes qui peuvent être très simples et itelligibles quand elles sont proches de l’effet, et qui se compliquent peu à peu jusqu’à l'infini lorsqu’on s’en éloigne. Le principe est constamment vérifiable par l’observation ou l'expérience : quand nous avons remonté d’un effet à ses causes, nous pouvons suivre la marche inverse et reproduire l’effet ou le prévoir en partant des causes. L’astronome calcule avec exactitude l’orbite d’une planète, Le Verrier, frappé des anomalies de l’orbite d’Uraaus, avait indiqué comme cause l'existence d’une planète inconnue, qui fut effectivement découverte par un autre astronome à la place que la théorie avait prévue.
Les manières dont l'Homme a envisagé les causes ont varié avec le temps; pour l'Homme primitif, les événements de la nature s’expliquaient par l'intervention d’innombrables démons ou déités aux capricieuses volontés; dans les hurlements de la tempête, dans les grondements du tonnerre, dans le fracas des éruptions volcaniques, il entendait les terribles voix des esprits de l’air et de la krre. Mais ces personnages mythiques ont perdu peu à peu leurs pouvoirs pour le bien et le mal, et toutes les fois que l'Homme, dans le domaine de la nature, a substitué une explication positive à l’explication mythique, il n’est jamais revenu en arrière: aussi, est-il maintenant assuré que tout phénomène, quelque étrange et rare qu’il soit (1), relève de causes naturelles. L'Astronome, le Physicien et le Chimiste n’ont aucune inquiétude métaphysique devant les phénomènes qu'ils observent; ils en étudient la causalité mécanique qui, lorsqu'elle a été pénétrée, rend parfaitement compte de tout ce qui se passe. Il n’y à pas d’indéterminé; ce qu’on appelle souvent le hasard
(1) Ceci dit pour les thaumaturges, spirites, médiums, fakirs et autres prestidigitateurs.