‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 68 sur 115 · L’INQUIÉTUDE MÉTAPHYSIQUE LXXV · texte numérisé non relu

L’INQUIÉTUDE MÉTAPHYSIQUE LXXV

quérir l’espace et la matière, la variation, la sélection, etc. Déterminées aussi, les manifestations des êtres vivants, déterminées les actions de l'Homme, ses œuvres, ses paroles. Rien ne peut déranger le déroulement des causes, génératrices d'effets qui seront eux-mêmes les causes d’autres effets et ainsi de suite.

Et tout était inclus potentiellement dans la constitution de la nébuleuse primitive, si nébuleuse il y a, d’où sont sortis le système solaire et la Terre. Comme le dit le héros déterministe d’un roman célèbre (1) : « Si nous connaïissions vraiment la position relative de tous les phénomènes qui constituent l’Univers actuel, nous pourrions, dès à présent, calculer avec une certitude égale à celle des astronomes, le jour, l’heure, la minute où l'Angleterre, par exemple, évacuera les Indes, où l’Europe aura brûlé son dernier morceau de houille, où tel criminel encore à naître, assassinera son père, où tel poème, encore à concevoir, sera composé. Tout l’avenir tient dans le présent, comme toutes les propriétés du triangle tiennent dans sa définition. » Anatole France, dans une page d’une ironie cinglante et désespérée (2), a repris le même thème, et bien d’autres avec lui.

Cette conception, qualifiée de déterminisme trtégral, de monisme mécaniste, de positivisme radical, peut se résumer en cette phrase : dans aucun cas, il n’y a de commencement absolu. L'Univers est incréé, nécessaire, éternel, en perpétuelle évolution; il épand le flot inépuisable de ses phénomènes dont le cours fatal ne peut être interrompu; son état présent est l’effet de son état antérieur et la cause de ce qui va suivre; la Vie est incréée, en perpétuel changement, sans but ni fin dernière; ce n’est qu'une humble moisissure poussée un jour sur la croûte terrestre, sans autre importance que le blanc panarhe d'une vague, soulevée un moment à la surface des mers el qui s'évanouit aussitôt. L'Homme, simple pièce du déterminireme universel, n’est rien de plus nirien de moins qu'un végétal ou un animal, produit de causes agissant

(1) Le Disciple, de P. Bouncer.

(2) Le Mannequin d'osier, édition Calmann Levy, p: 11.

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