LXXVI SÉANCE PUBLIQUE DU 24 MAI
sans direction. Il n’y a rien en dehors des existences de fait; 1] n'existe ni bien ni mal moral, ni mérite, ni péché, ni responsabilité, puisque tout est déterminé; la liberté est une illusion, due à l’extrême complexité du déterminisme de nos pensées; la conscience, un épiphénomène qui pourrait faire défaut sans que les fonctions psychologiques fussent aucunement modifiées. L'Homme, animal grégaire comme les Fourmis et les Abeilles, a canonisé sous le nom de morale ce qui a réussi, dans les diverses cultures, à maintenir dans le clan et la cité l’accord social, et a permis à l’individu de jouir aussi paisiblement que possible de sa destinée finie; d’où une pédagogie appropriée pour faire passer dans les mœurs les prescriptions utiles de discipline, de solidarité, de devoir, et l'établissement de sanctions afllictives pour qui enfreint les règles. C’est une petite morale peu consolante (mais pourquoi un système du Monde serait-il consolant?), à la portée de la moyenne, en quelque manière une morale municipale et fiscale qui pèse avec une balance variable le tort fait à l'Homme vivant en société : ainsi le vol de petites sommes, par des procédés brutaux, est défendu, tandis que celui de grosses quantités d'argent, réparties sur un grand nombre de personnes, est autorisé et même honoré : c’est alors de la spéculation. L’assassinat pratiqué pour prendre de l'argent, ce qui est en somme logique puisque celui-ci est l'équivalent pratique du plaisir et que le plaisir est l’unité de valeur matérialiste, est sévèrement puni, mais le meurtre pour le meurtre, comme dans le crime dit passionnel, est généralement autorisé, au moins dans le département de la Seine.
Et puis, l’fistoire, qui n’est au fond que le récit des luttes économiques et des conflits nés des différences de natalité, se déroule dans la Nature hostile ou indifférente, sans aucune intervention visible d’une puissance extéricure, la Terre buvant le sans du juste comme le sang du méchant. Enfin, comme les phénomènes naturels sont irréversibles, et que l'énergie utilisable va toujours en diminuant, il arrivera fatalement un jour, dans quelques millions d'années, où la Terre, cette vieille et minuscule planète, toute couverte de poussière humaine, périra de
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